Les Ombres et les Rayons

 Exils # 193 (29/04/2026)

Dans ses mémoires de boire et déboires, « Tony » Hopkins trouvait « anglais » ces récits de ciné, où renoncent les gens de tous les jours, surtout en amour, conformisme clivant, fissa « déchirant ». En ce sens, Guerre et Passion (1979), intitulé français à la Tolstoï, le titre d’origine se limite au topographique, rue du début puis perspective in extremis, se définit film britannique, en sus de la nationalité de l’équipe, du lieu de sa fabrique. Le mélodrame martial évoque davantage Lean intime que le glamour militaire d’Officier et Gentleman (1982). Mélancolique et pudique, il expédie une scène sexuelle en deux plans point malaisants, comme disent les objecteurs de conscience d’aujourd’hui, torses dissimulés, mains enlacées, durant moins longtemps que le londonien bombardement. Après un prologue de « romcom »,  attaque et contre-attaque de simulacres, se tisse en montage alterné, bombes à larguer, infirmière mariée à ne pas larguer, une love story de jadis, en un temps supposé de simplicité, de valeurs à (sur)vivre, précise le petit texte du générique céleste. Les brèves rencontres ne se déroulent plus sur fond de Rachmaninov, de quoi faire vomir François Truffaut, adversaire acharné du David précité, de Brief Encounter (1945) en particulier, mais sur un thème du très estimable John Barry, pas le meilleur ni le moins réussi. La réplique de la gamine Patsy Kensit – « Je trouve ça très sentimental » – au sujet d’une lettre sur l’oreiller de son papounet envolé le qualifie ainsi que l’ensemble du film. En catimini, à l’écart de l’ennemi, fi de feu façon Emily (Brontë) & Ken (Russell, who else ?), plutôt la chaleur de la chair, le « sens de l’existence », les missions séparations. Aussi peu moralisateur que le Malle des Amants (1958), Hyams dévie doucement de l’adultère en pleine guerre vers une réflexion en action(s) sur l’héroïsme parmi le conflit.

L’impeccable époux de la femme infidèle remplace recta un espion à Lyon, prend en photo, gare à la Gestapo, une liste d’agents doubles British, expédition Mission impossible (1996). Plus ironique et pragmatique que Sans pitié (1986), l’ouvrage opère un virage agité, vers le vaudeville et le révisionnisme tragi-comique de La Grande Vadrouille (1966), bise en prime à la fermière vénère, au frère balancé par leur propre père, salaud de collabo « par peur plus que par conviction » résume le diplomate Plummer. Si Harrison sait, Christopher ignore, le tandem de « types bien », d’abord déguisés, ensuite blessés, s’entend bien, ne décède en dépit d’un lent accident, traverse un pont cassé à ravir Indy. L’Américain ne se considère ni ne joue au héros, ne veut que sauver sa peau, a fortiori depuis « Maggie », l’Anglais veut (se) prouver sa virilité, démontrer à sa dame, loin du confort et du calme, qu’il peut être capable d’agir, de prendre des risques, à l’opposé de l’US officier, ordonnateur planqué, moqué. Brillamment éclairé par David Watkin, le DP des Diables (1971), des Chariots de feu (1981) ou Out of Africa (1985), selon le style du cinéaste scénariste, caractéristique clair-obscur de la salle en arche des briefings de défi, Hanover Street s’occupe au carré des ombres et des rayons du cadre et du cœur, évite le triolisme optimiste de Jules et Jim (1962), au détour d’un adieu doux-amer. « Je t’aime assez pour te quitter » dit le pilote de bombardier, qui ne partit cette fois-ci, entendit, esseulé, un bruit suspect, survécut et mal le vécut, sa (mauvaise) conscience entachée de lâcheté. Classique et mesuré, nostalgique et nuancé, tout ceci ne saurait certes rivaliser avec Casablanca (1942), L’Adieu aux armes (1957), Le Temps d’aimer et le Temps de mourir (1958), même si Miss Down ne démérite, ne mérite son échec économique et critique (Ford le répudia), mérite sa (re)découverte en ligne, car adulte et lucide, émouvant et vivant.                

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