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Affichage des articles associés au libellé Mary Shelley

Une (en)vie d’aventure

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  Exils # 175 (03/03/2026) Secte et sacrifices : le script du Secret de la pyramide (Levinson, 1985) recycle en partie celui d’ Indiana Jones et le Temple maudit (Spielberg, 1984). « Présenté » par le précité, mis en scène par un professionnel impersonnel, Rain Man (1988) de mélodrame, Young Sherlock Holmes décrit l’adolescence du détective et « l’aventure d’une vie ». Spéculation affectueuse et hommage admiratif, cf. le carton de conclusion, avec l’aval d’une descendante de Doyle, cette évocation de pure et respectueuse (ré)invention ne revisite le mythe à la manière douce-amère de Wilder ( La Vie privée de Sherlock Holmes , 1970) ou Eberhardt ( Élémentaire, mon cher... Lock Holmes , 1988), préfère l’action à la réflexion, donc à la déduction, ne succombe au psychologisme freudien, en dépit d’un double conflit œdipien, ne sonde à la Nolan un (super-)héros au bout du rouleau. Seize ans avant les Harry Potter produits par la Warner et encore écrits p...

Fast Frankenstein

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  Exils # 161 (27/01/2026) Tandis que sur Netflix le Frankenstein (2025) du très surfait Guillermo del Toro débute sur une banquise glaciale de risibles CGI, voici possible en ligne de revenir aux origines de l’imagerie, d’en souligner plusieurs surprises, avec ces quelques lignes consacrées au Frankenstein (1910) de James Searle Dawley. Ancien comédien, dramaturge méconnu, scénariste et réalisateur pour Edison & Porter, journaliste in extremis , le cinéaste stakhanoviste possédait une vision monoculaire mais son adaptation « libre » indeed demeure nette et claire, belle infidèle dont le chaudron chipé aux sorcières de naguère s’avère en vérité un étonnant creuset, où mélanger le T-1000 de Cameron ( Terminator 2 : Le Jugement dernier , 1991) et Le Cauchemar de Füssli, Cocteau ( Le Sang d’un poète , 1930) & Carpenter ( Prince des ténèbres , 1987), Mary Shelley, probable connaisseuse de la toile précitée, et Robert Louis Stevenson ( L’Étrange Cas du Docteur ...

L’Esprit de la mort : Les Immortels

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  Qui veut vivre toujours ? Pas sans toi, mon amour… Comparé au moralisme de L’Esprit de la mort (Peter Newbrook, 1972), celui de Frankenstein paraît presque permissif : alors que Victor, bon baron, idem adonné aux délices sinistres de l’hubris, donnait certes naissance à sa pauvre et impure créature, perdait pourtant son frangin benjamin, sa servante innocente, son meilleur ami aussi, sa svelte Elizabeth, promise adoptive, je précise, puis presto son père et ensuite décédait, suivi de près par sa némésis suicidaire, polaire, Hugo Cunningham, puisque privilégié depuis cinq cents années, du pouvoir évitons de profiter, soutenons la domesticité, observons le monde en train de changer, aspire à prouver l’existence de l’asphyx du titre d’origine, à capturer sa présence au creux d’un réceptacle aux allures de cercueil raccourci ; hélas pour lui, cette immortalité à domicile, domestiquée, va vite conduire à une accumulation de deuils en série, ceux de sa seconde épouse, fi...

The Wind : The Wind

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Disons un no woman’s land soigné, cependant languissant...   Une actrice, une réalisatrice, une scénariste, une monteuse : à défaut d’être féministe, voici bel et bien un western (au) féminin. Moins emmerdant mais autant indie que La Dernière Piste (Kelly Reichardt, 2010), The Wind d’Emma Tammi (2018) ne saurait hélas rivaliser avec The Wind de Victor Sjöström (1928), idem écrit par une femme, à savoir Frances Marion, notamment rédactrice pour Mary Pickford, relisez-moi ou pas à propos de Pollyanna (Paul Powell, 1920), alors adaptatrice de la romancière Dorothy Scarborough. En dépit des bourrasques mesurées présentes sur la bande-son, ce portrait en POV par procuration d’une pionnière paranoïaque manque de souffle, de folie, de sens de l’espace, de la surprise. Si le Roman Polanski de Répulsion (1965) empruntait ses mains murales au Jean Cocteau de La Belle et la Bête (1946), le métrage trop sage du jour ensoleillé paraît s’inspirer de REC (Jaume Balagueró...

Gothic : La Villa

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Nuit d’orage remplie d’outrages… Or vivez de venin, sanglante géniture, Je n’ai plus que du sang pour votre nourriture ! Agrippa d’Aubigné   « Seul un Anglais peut être aussi insupportable » plaisante le Shelley de Sands à propos du Byron de Byrne, qui déteste/insulte autant la Suisse que Welles déguisé en mémorable Harry Lime selon Le Troisième Homme (Reed, 1949), mais l’aimable Ken, scandaleux ou non, mérite mieux que le mépris, mérite mon estime, surtout en (dé)raison des titres suivants, souvent inspirés, inspirants : Love (1969), Les Diables (1971), Tommy (1975), Au-delà du réel (1980), Les Jours et les nuits de China Blue (1984), Le Repaire du ver blanc (1988), La Putain (1991). Certes, son segment de Trapped Ashes (Cunningham, Dante, Gaeta, Hellman, 2006) sentait en effet la cendre, et Gothic (1986) ressemble dans l’ensemble au sympathique-anecdotique La Note bleue (Żuławski, 1991), autre huis clos people , psycho, sado-maso, cet...

Dr. Jekyll and Mr. Hyde : Caché

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L’identité comme maladie, la drogue répit, le film expérience réflexive.     Instant troublant, insolite, au bord du risible, annonciateur de The Thing (John Carpenter, 1982) : durant son sommeil très troublé, le docteur meurtrier matérialise sa hantise sous la forme en surimpression d’une araignée démesurée, à tête humaine, la sienne, la malsaine, qui contourne le lit, monte dessus, recouvre son corps ; on pense au Cauchemar de Johann Heinrich Füssli (1781), voire à Ça de Stephen King (1986). Davantage que Robert Louis Stevenson, la transposition de Clara S. Beranger, scénariste stakhanoviste pour Cecil B. DeMille, évoque Oscar Wilde, moralité muette de tentation cédée, assumée, in fine suicidée, bague létale de Renaissance empoisonnée incluse. Elle permet de découvrir John Barrymore, frère de Lionel, grand-père de Drew, acteur-comédien au profil aquilin, surnom de profession. Saluée à l’époque, sa prestation persiste à impressionner presque cent après, va...

Meccano métaphysique

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L’identité en pièces détachées, la puberté sur le point d’être dépassée, l’écriture des ténèbres afin d’illuminer les hommes et les femmes aveuglés… Aujourd’hui, l’hubris ne passe plus par une résurrection bricolée, escamotée, foudroyée, en blasphème puritain délicieusement châtié, cependant, puisque la Créature anonyme, solitaire, philosophe et rageuse de Mrs. Shelley s’exprime comme un lord , même au bout de la banquise. Le « marché du vivant », au croisement de la thérapie génique, de l’eugénisme a-idéologique et d’intérêts financiers (lucratif capitalisme du corps) reformulant une quête humaine antique d’éternité, agit sur la vie, la modifie déjà, au lieu de s’échiner à la recréer. Au cœur révélateur du village global des damnés (Poe, McLuhan, Wolf Rilla & John Carpenter), les angelots aryens nous promettent de merveilleuses atrocités, de magnifiques mutations d’ADN, davantage vertigineuses que les CGI les plus dantesques.    Pris dans la c...