Une (en)vie d’aventure
Exils # 175 (03/03/2026)
Secte et sacrifices : le script du Secret de la pyramide (Levinson, 1985) recycle en partie celui d’Indiana Jones et le Temple maudit (Spielberg, 1984). « Présenté » par le précité, mis en scène par un professionnel impersonnel, Rain Man (1988) de mélodrame, Young Sherlock Holmes décrit l’adolescence du détective et « l’aventure d’une vie ». Spéculation affectueuse et hommage admiratif, cf. le carton de conclusion, avec l’aval d’une descendante de Doyle, cette évocation de pure et respectueuse (ré)invention ne revisite le mythe à la manière douce-amère de Wilder (La Vie privée de Sherlock Holmes, 1970) ou Eberhardt (Élémentaire, mon cher... Lock Holmes, 1988), préfère l’action à la réflexion, donc à la déduction, ne succombe au psychologisme freudien, en dépit d’un double conflit œdipien, ne sonde à la Nolan, un (super-)héros au bout du rouleau. Seize ans avant les Harry Potter produits par la Warner et encore écrits par Columbus, certes davantage surnaturels, elle associe l’Angleterre et les États-Unis, les studios d’Elstree et Marin County, siège d’ILM. Si l’ULM rappelle les dessins de Vinci, semblable à un artisanale chauve-souris, le Dark Knight redémarre, le style du film cristallise la célèbre transparence hollywoodienne, mise au service d’une imagerie qui ressuscite et aseptise l’atmosphère pulsionnelle de la Hammer de naguère. En bonne logique symbolique, Anthony Higgins, professeur d’escrime porté sur la discipline, prêtre pervers aux adeptes SDF (« salauds de pauvres » d’Aymé à manipuler) et in extremis Moriarty, possède un faux air de David Oxley, l’aristocrate démoniaque du Chien des Baskerville (Fisher, 1959), son âme damnée de dame au crâne rasé évoque le souvenir de la prostituée décoiffée selon Fuller (Police spéciale, 1964). Le frère et la sœur venus d’ailleurs (Isis & Osiris English) veulent venger un village dévasté, pas vietnamien mais égyptien, orphelins assassins dissimulés au sein jamais malsain d’un ersatz d’Eton, rival vieilli via la chimie, renvoi remis.
Ici muni d’un titre propice à l’interprétation ésotérique ou supposée complotiste, le film se fiche en définitive de la franc-maçonnerie, se soucie d’exploitation coloniale, de spoliation culturelle, culpabilité partagée, « retour du refoulé ». En duel face à un élève qualifié de « précoce et narcissique », vêtu d’un manteau en forme de trophée (retrouvé), pourvu d’une pipe, casquette obsolète et sentimentale sans doute dans ses malles, voici un adversaire froidement vénère, binational bien intégré, tueur en série en rime cinéphile à la malédiction en réunion des Cinq Gentlemen maudits (Duvivier, 1931). La mauvaise conscience capitaliste et raciste, sinon nécrophile, doit désormais payer pour les princesses trépassées, profanées, déportées, trésor de musée, le fils agile, juvénile, perdre la sienne, prénommée Elizabeth, amitiés à Mary Shelley, tandis que l’ennemi au nom réversible se noie (ou pas) parmi une banquise de Tamise, en écho illico à celle de Frankenstein. Les larmes coulent sur les joues du gamin à la loupe, endeuillé au carré, au début d’une vie placée sous le signe de la solitude et de la mélancolie. La raison n’interdit l’émotion, la masculinité ne délaisse la féminité, les trois débutants attachants fonctionnent en belle équipe ludique et tragique. Sauvé par l’aimée, Sherlock (dé)montre une sensibilité délestée de pathos, de ressassement, de ressentiment, gagne à demi « la partie », s’en va vers sa vie, enfant grandi, comme Watson en somme. Conduit par un casting choral et local impeccable, l’opus d’apprentissage, à sarbacane létale, s’avère un divertissement distrayant, clins d’œil à Eraserhead (Lynch, 1977) et Ray Harryhausen au menu et inclus, qui dit non à l’hallucination et oui à l’imagination, opposition à la Poe, Usher en enfer et Dupin au turbin.

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