Couronne ou Caroline
Exils # 181 (17/03/2026)
Un p’tit truc en plus multiplie les « putain » ; Le Voyage fantastique de Sinbad (1973) accumule les « Allah ». Cet islam de nocturne conte oriental arbore des Arabes aux yeux bleus. Le féminisme s’y affiche, affranchissement confiant, traversée partagée du tumulte occulte, in extremis mariage à l’écart du pouvoir, puisqu’un « roi jamais libre » en définitive, a fortiori d’épouser celle qu’il « prend plaisir (réciproque) à regarder ». Il convient d’ajouter que le voyageur et « voleur » conquiert le cœur (et le corps, et quel corps) de Caroline, qui relativise (dévitalise) toutes les connes couronnes. « La magie purge l’âme » mais l’amour aussi, sorcellerie laïque à laquelle le souple couple Law & Munro confère sans forcer un romantisme pragmatique, physique, mâtiné de respect, humoristique « s’il te plaît ». L’œil peint sur la paume de Margiana, trois ans avant Sur le globe d’argent, dessille de manière symbolique le personnage peu porté sur l’outrage, bel objet spirituel, oxymoron d’occasion, de sa quête existentielle. Écrit par l’incontournable Brian Clemens, réalisateur du recommandable Capitaine Kronos, tueur de vampires (1974), revoici Caroline (chérie, style Martine), ce Sinbad possède une scène essentielle, art poétique explicite un brin nietzschéen, renvoi vers sa pratique de scénariste autant que défense très illustrée des effets spéciaux façon Ray, charme démuni d’enfantillages de « l’animation image par image », émerveillement (envoûtement) lié à l’enfance, devant un procédé si sublimé qu’il résume à lui seul une certaine idée du ciné, suite d’images fixes, donc mortes, (re)naissant du mouvement. Le « méchant » du film, sa meilleure réussite, balèze leçon hitchcockienne, y donne vie à une sanguine « racine de mandragore », recette faustienne d’homoncule à demi chauve-souris, davantage évocateur que les innombrables Batman.
Le comparse du mage le met en garde, peut-être aussi épris que Landau de Mason pour La Mort aux trousses, car cette création s’accompagne de sa destruction, écho à Poe (Le Portrait ovale). Le Zarathoustra de Friedrich réclamait d’« écrire avec son sang », l’aventure de Sinbad en fait la démonstration filmée, sa candeur majeure s’abreuve à une foi absolue (bienvenue) dans les puissances blanches d’un « septième art » capable de (re)donner à voir, via un tandem (un duel) de créatures, dont un centaure ravisseur de l’ancienne esclave, les psys apprécient, le conflit intime et au fond nuancé entre la lumière et l’obscurité. Certes ce petit trip épique et métaphorique (dé)pose ses limites, le solide Hessler et l’émérite Miklós ne parviennent à hisser l’ensemble au niveau de l’élan rutilant de Jason et les Argonautes (1962) ou du Choc des Titans (1981), le premier emporté par un Herrmann magistral, le second enrichi d’une familière mythologie. Plus sombre, au propre et au figuré, beau boulot du dirlo photo de plusieurs Bond et du clash précité, le rêve humide en mer en hommage à Binder, moins renommé, ce volontariste voyage « doré » (titre d’origine), à gros succès, revisite vite Le Voleur de Bagdad (1940), retravaille en (« Dynarama ») réalité déjà augmentée, insulaire, l’univers du diptyque iconique de Fritz. Exit le tigre (du Bengale), bye au tombeau (hindou), la grotte de John Stoll (Lawrence d’Arabie), badigeonnée à la Bava, rappelle la (caverne platonicienne) salle de spectacle, les verdâtres « locaux » de la mythique « Lemuria » anticipent les cannibales de The Green Inferno, la statue de Kali de sabres se munit et au sol se détruit, l’adversaire devient invisible, sommet de l’effet (spécial, spectral), les âgés enturbannés, (dé)masqués, rajeunissent, face à une fontaine (de jouvence) phosphorescente, au cours de l’action continue de la dernière demi-heure du divertissement.

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