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Affichage des articles associés au libellé Don Siegel

Les Siciliens et les Romains

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  Exils # 191 (27/04/2026) Un shérif à New York (1968) faisait la transition entre Pour une poignée de dollars (1964) et L’Inspecteur Harry (1971) ; Le Cercle noir (1973) permet de passer des Collines de la terreur (1972) à Un justicier dans la ville (1974). Derrière le titre opportuniste français, au fond pas mal trouvé, merci à Melville ( Le Cercle rouge , 1970), même maître de cérémonie fatale et macabre, réalisateur de retrouvailles et funérailles, se dissimule ainsi un programme de massacre, anniversaire de cimetière, « dix avril » liquidatif. Pour faire table rase des comparses, il faut attendre plus de quarante ans, patience de Balsam, émule de Luciano. Venger la violente Saint-Valentin des « vêpres siciliennes » nécessite une équipe de « tueurs de pierre », mercenaires au cœur homonyme, vétérans du Vietnam en train de s’entraîner dans le désert avec un ascenseur à l’image de ceux de Malle & Maas. Le gang en blanc, couleur imm...

L’Eau et l’Électricité

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  Exils # 78 (30/01/2025) La prison suprême ? L’esprit, surtout surnaturel. Telle pourrait être en résumé la morale de ce métrage que Monsieur Darmanin devrait visionner. En attendant le huis clos de narcos, voici le Wyoming State Penitentiary, bâtiment abandonné, nouvel avatar de la bonne vieille maison hantée. Après un prologue en POV, en vérité souvenir cauchemardé, exécution d’électrocution, suivi d’une conversation de commission sous tension, ériger un établissement vraiment pertinent prendrait trop de temps et d’argent, les prisonniers rappliquent en autocars et un tandem de rebelles termine à l’humide mitard. Au cœur des écroués, le jeunot et déjà beau Viggo (Mortensen, who else? ), que tout le monde remarque, que « tous les mecs matent », a fortiori le directeur directif, voire expéditif, au sommeil solitaire très tourmenté. Quitte à occuper une épave, illico retapée par les principaux intéressés, autant la confier à un professionnel (r)éprouvé, sen...

Le Chagrin pas la pitié

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  Exils # 34 (29/05/2024) Qui aujourd’hui oserait écrire ceci et l’écrire ainsi ? Quel éditeur débutant sauf jadis l’aguerri François Guérif posséderait le cran de le publier sans le corriger ? Quel confrère enfin sincère se risquerait à en faire un laudatif commentaire ? Peu importe sa place parmi le marché de masse ou dit de niche suivant la perspective le candide (l’inconscient) essuierait aussitôt les crachats de la clique féministe et du lobby gay friendly . Songez(-y) : J’étais Dora Suarez débute par un double « féminicide » comme certaines néologisent perpétré par un « tueur » anonyme – ça sent le sang le sperme et l’urine. Ça empeste aussi la détresse et la vieillesse la furieuse folie et la sordide ironie (l’une des victimes voulait se suicider éviter de voir ses souhaits exaucés ricane Oscar Wilde). L’assassin très malsain et dégueulasse hélas (un « étron » + un souillé pantalon ici puis durant les dernières pages u...

Sitcom

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  Un métrage, une image : Prête-moi ton mari (1964) À visionner cet ancien succès, désormais bel et bien oublié, on comprit le dépit de Romy. On le savait, on s’en doutait, la chère et revêche Schneider ne s’acclimata à l’ America , fissa cassa son contrat avec la Columbia. L’une des lignes narratives nous sert cependant le contraire, histoire sans hasard d’un corps encore en partie étranger in extremis réinséré au sein d’une si WASP microsociété, lestée d’un seul homme et magistrat dit de couleur, quel malheur. Coécrit par un tandem issu de la télé, adapté d’un bouquin de Jack Finney, romancier déjà transposé huit ans avant, via le fameux et moins joyeux L’Invasion des profanateurs de sépultures (Siegel, 1956), appréciez au passage les patronymes des propriétaires, Burke & Hare, clin d’œil adressé à un célèbre duo de britanniques body snatchers , donc private joke de l’auteur de The Body Snatchers , (in)animé par un jadis animateur chez Disney, accessoirement ac...

La Ferme de la terreur

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  Un métrage, une image : Beast No More (2019) À moitié mélodrame, à moitié survival , Beast No More risque ainsi de faire perdre au spectateur domestique le nord, puisqu’on passe presque sans préavis d’une sourde démonstration de misandrie à un petit précis de misogynie. Obscur opus australien le valant assez bien, concocté puis exécuté par une équipe artistique et technique surtout issue de la TV, au vu du résultat, on n’en doutait pas, le premier long métrage en effet longuet du méconnu Aaron Warwick pourtant une poignée de lignes mérite, justement en raison de ce renversement, d’un double discours pétri de schizophrénie, de sa nature impure de psychodrame avec dames, placé sous le signe de notre modernité médiocre qui déprime, qui se délecte de l’abjecte et obsolète guerre des sexes, au ciné, en société, cf. le succès d’été du nuisible et louche La Nuit du 12 (Moll, 2022), pendant que l’unisexe capitalisme, riche en vagins et pénis, insiste et persiste, se frotte les...

Le Choix des armes

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  Un métrage, une image : Section de choc (1976) À Jacqueline « Le Marseillais, rends-toi ! » crie le flic de Bozzuffi, mais moi je ne démissionne, je visionne. De l’action, encore de l’action, toujours de l’action dirait Danton, alors Dallamano n’y vas pas mollo, il décèdera d’ailleurs bientôt, dans un accident d’auto. Pour l’instant, en été, sort en salle une sorte d’instantané, une photographie remplie d’énergie d’une certaine et turinoise Italie. Les années plombées, à main armée, connaîtront un tournant illico , avec l’assassinat d’Aldo Moro, lui-même devenu cadavre retrouvé à Rome au creux du coffre d’une Renault, décroîtront ipso facto , la Démocratie chrétienne, au régime déjà malsain, idem sur le déclin, remplacée par le capitalisme spectaculaire, sens duel, berlusconien, parce qu’il(s) le valai(en)t bien. Pourtant, deux ans auparavant, le spectateur perçoit un changement, comme un renversement, dont témoigne le métrage de son âge. L’idéologie s...

L’Assassinat de Trotsky

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  Un métrage, une image : Le Dernier Jour d’Yitzhak Rabin (2015) Pendant le prologue, une complice Yaël Abecassis ( Mon fils , Riklis, 2014 ou Hatufim ) interroge « Shimon » (Peres), en champ-contrechamp ; durant le dernier mouvement, Leah Rabin s’exprime, rime tardive, interlocutrice invisible. Ni JFK (Stone, 1991), ni Tueurs nés (Stone, 1994), Rabin, the Last Day se soucie aussi de « commission » spécialisée, interrogateurs, interrogés, de « culture sociale et politique », idem homicide. Éclairé en claire obscurité par Éric Gautier ( Irma Vep + Clean , Assayas, 1996 + 2004, Into the Wild , Penn, 2007 ou Les Herbes folles , Resnais, 2008), scandé selon un lancinant pseudo-boléro signé Amit Poznansky, dont la tension progressive fait resurgir le souvenir sonore du Morricone fatidique de The Thing (Carpenter, 1982), co-écrit par la fidèle Marie-Jose Sanselme, le vrai-faux docu-fiction, essai de fusion, fait divers et fiction, archives et reconstitution, possède ...

F for Fake

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  Un métrage, une image : La Grande Combine (1966) Femme fatale (2002) citait un extrait de Assurance sur la mort (1944), pendant un clip, Body Double (1984) en ressuscitait l’escalier, l’actrice encore ; The Fortune Cookie , quant à lui, annonce Snake Eyes (1998), pareil spectacle sportif, réflexif, aux milliers/millions de témoins qui ne voient rien, similaire amitié tourmentée, de l’aveuglement vers le dévoilement. S’il anticipe aussi, de manière douce-amère, le climat local d’espionnage paranoïaque, voire l’inverse, de la décennie suivante, cf. Coppola ( Conversation secrète , 1974) and Co. , il corrige la coda du contemporain Blow-Up (Antonioni, 1966), match de tennis mimé, muet, dont le simulacre assumé, en résumé, enterrait une désormais irréelle réalité : le cadavre, l’image du cadavre, le cadavre de l’image, CQFD. Cinéaste classique, réaliste au risque du cynisme, romantique au risque du sentimentalisme, Wilder préfère, une fois défaites...

La Brigade du suicide + Marché de brutes : Les Infiltrés + Je suis un évadé

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  Man of steel  ? Mann de style… Un métrage, une image : La Brigade du suicide (1947) Premier essai du quatuor en or – le directeur de la photographie John Alton, le scénariste John C. Higgins, le réalisateur Anthony Mann, le producteur Edward Small –, La Brigade du suicide , traduction très approximative, sinon pathétique, du factuel T-Men , dialogue à distance avec Les Incorruptibles (De Palma, 1987). Celui-ci, on s’en souvient, se terminait sur l’homicide de Nitti par Ness peu miséricordieux, frontière morale franchie sur les sommets de Chicago City, comme en écho à la torture sportive infligée par un autre policier à bout poussé à ce salaud de Scorpio ( L’Inspecteur Harry , Siegel, 1971), scène célèbre et superbe de stade désert, d’alternatif théâtre antique surplombé en hélicoptère. La Brigade du suicide ne verse certes vers cette inversion des valeurs, ne possède pas de plaque patraque in fine refusée, de monument mortuaire dédié aux policiers en s...

Marche ou crève

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  Un métrage, une image : Randonnée pour un tueur (1988) En 1958, la question (inter)raciale (re)liait, au propre et au figuré, Curtis & Poitier ( La Chaîne , Kramer). Trente ans après, elle ne se pose presque plus, à peine aperçue au cours d’une réplique – le flic du FBI affirme avoir combattu les cagoulés du KKK, les cocos du KGB – ou d’une scène drolatique, démonstration d’intimidation entre espèces à mettre en parallèle avec le contemporain L’Ours (Annaud, 1988). À la fin des années 80, un homme dit de couleur pouvait donc occuper un poste important parmi la police de Hoover, n’en déplaise à un incrédule pêcheur, ensuite son torse nu être frotté par un homme blanc puisque idem en quête de chaleur, autres temps, autres mœurs. Co-écrit par Petrie Jr. ( Le Flic de Beverly Hills , Brest, 1984, Big Easy : Le Flic de mon cœur , McBride, 1987), fiché en forêt, fini sur un ferry , le récit de Randonnée pour un tueur , aka l’explicite Deadly Pursuit , l’impérat...

L’Invasion des profanateurs : Arnaques, crimes et botanique

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  De la déprime et du speed , de la graine et plus de haine… Car Je est un autre. Rimbaud L’Invasion des profanateurs  (1978) possède déjà les défauts de L’Étoffe des héros (1983), il manque de rythme, de style, il dure deux heures, Seigneur. Viré par Eastwood du plateau de Josey Wales hors-la-loi (1976), qu’il co-écrivit, Kaufman en dépossédé paraissait toutefois la personne idoine pour à nouveau adapter la moralité d’altérité de Jack Finney. Ensuite auteur d’un diptyque pseudo-littéraire de peu de valeur, le décoratif et dispensable L’Insoutenable Légèreté de l’être (1988)/ Henry et June (1990), le Phil cinéphile s’acoquine au sieur Richter ( Dracula , Badham, 1979, Brubaker , Rosenberg, 1980, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin , Carpenter, 1986), afin d’édifier les foules au sujet de leur déshumanisation supposée, de leur aliénation, étrangeté au propre, au figuré, de saison, allons bon. En vérité, sa sienne invasion synthétise et spatialise...