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Affichage des articles associés au libellé Charles Laughton

Un secret à croquer

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  Exils # 182 (19/03/2026) Badalamenti au générique, une Amérique historique et satirique, un placard ajouré piqué à Blue Velvet (1987) et une (a)normalité tourmentée : Parents (1989) ressemble en surface à un film de Lynch, mais il s’apparente en profondeur à Miller ( La Classe de neige , 1998). Prisonnier du célèbre « cauchemar climatisé », ce Petit Poucet made in USA fait les siens, fait des siennes, préfère se coucher que toucher aux repas carnés, cuisinés jusqu’à la nausée, servis à satiété. Si une saucisse paraît s’enrouler autour de son cou tel un serpent, son lit soudain se transforme en mare de sang, tandis que le même liquide dégouline illico d’un frigo. Quant à la cave, espace obscur à la clarté symbolique, les psychanalystes ne le contredisent, elle rappelle celle de La Nuit du chasseur (1955), autre conte d’ Americana , d’enfance en fuite, de survie pervertie. Michael porte le prénom d’un tueur de dragon, terrasse à sa manière incendiaire l’ogre ...

Ivan le Risible

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  Exils # 167 (09/02/2026) Vous souvient-il de « l’américanisation d’Emily », de la britannique Julie (Andrews), titre d’origine des Jeux de l’amour et de la guerre d’Arthur Hiller (1964) ? Voici celle d’Ivan, saisie cinquante-deux années auparavant, par la productrice, scénariste et réalisatrice elle-même « émigrée » de L’Américanisé (1912). Alice (Guy) au pays des merveilles de l’Oncle Sam commet une courte tragi-comédie, un exercice didactique et drolatique de thérapie, comme si la violence conjugale, forcément masculine, s’apparentait à une sorte de maladie d’Europe centrale. Si le sieur Orloff dispose d’une nationalité indéterminée, ses compatriotes à barbe blanche et enthousiasme désarmant annoncent avec leurs visages et leurs vêtements le voyageur à mal au cœur de L’Émigrant (Chaplin, 1917), le casting choral d’ Un violon sur le toit (Jewison, 1971). Alice antisémite ? Pacifions les sophistes : la cinéaste émancipée du patron Léon Ga...

Bodhi et Body

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  Exils # 162 (28/01/2026) Découvrir Pourquoi Bodhi-Dharma est-il parti vers l’orient ? (Bae Yong-kyun, 1989) vingt-sept années après sa sortie s’apparente presque à de l’archéologie, consiste à revenir aux origines de la vague occidentale du cinéma sud-coréen, débutée au terme du siècle. Derrière la caméra se dissimule un homme-orchestre capable d’occuper tous les postes principaux, à l’exception de la composition et de l’interprétation. Né en 1951, Bae consacre beaucoup de temps, un peu moins de dix ans, à ce film quasi unique, comme l’on dit d’un fils, tels La Nuit du chasseur (Laughton, 1955) ou Les Tueurs de la lune de miel (Kastle, 1970), en écho au minot orphelin à dessein. Le peintre aux études accomplies à Paris puis le professeur d’enseignement supérieur catholique fréquenta autrefois l’université de Dongguk, établissement bouddhiste situé à Séoul, c’est-à-dire la même qu’un certain Choi Min-sik, l’acteur majeur d’ Ivre de femmes et de peinture (Im Kwon-taek, 2002)...

Ciné-fils d’Afrique

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  Exils # 152 (18/12/2025) « Votre père adoré, il s’est barré », « Un mari parti, des enfants qui volent, quel déshonneur » : la mère couturière verbalise, invisible, se lamente, à demi démente. Il faudra que le « grand » fils, in extremis , avec sa « vieille » – vingt ans et toutes ses blanches dents + pendants en coque de cacahouète – mais chouette petite amie sourde et muette (la bientôt chanteuse Mounira Khalil) l’exfiltre de l’asile, la ramène chez elle, arrive à la sortir de sa léthargie, via une chanson à l’unisson, plutôt que l’ album photo feuilleté à l’occasion. L’adolescent de quinze ans perd donc un père, puis un frère, regagne sa mère et (manque les cours) découvre l’amour, extase express en solo, à moto, prêtée par l’oncle guitariste, optimiste et davantage mouillé qu’endimanché. Abouna (Haroun, 2003) débute un samedi matin, absence d’arbitre insolite, commence comme La Prisonnière du désert (Ford, 1956), par consé...

Les oies passent, les sauvages trépassent

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  Exils # 108 (13/05/2025) Mélodrame familial et « racial », Le Vent de la plaine (1960) paraît la réponse de Huston à La Prisonnière du désert (1956) de Ford, itou adapté du spécialiste Alan Le May. Les titres d’origine « annoncent la couleur » – de peau : chez le second John, il s’agit de chercher ( The Searchers ) une Blanche enlevée ; chez le premier, on ne peut pardonner ( The Unforgiven ) à la « brune » son pedigree . Voici un voyage inversé, la quête de Wayne remplacée par le débarquement des Indiens et le retour de Lancaster, vrai-faux demi-frère, aussi épris de sa sœur que l’incestueux Montana de sa Gina ( Scarface , De Palma, 1983). Au cours du climax nocturne et communautaire, presque procès à pendaison intempestive, deux récits des origines, de la faute originelle, se racontent et s’affrontent, Burt affabule, autant véhément que Elmer Gantry le charlatan (Brooks, 1960). Le vieillard spectral, à cheval et avec sabre, foncti...

Le Paria et le Pactole

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  Exils # 103 (17/04/2025) Sans doute ulcéré par le succès des adaptations infidèles et personnelles de Pagnol ( Jofroi , 1933, Angèle , 1934, Regain , 1937, La Femme du boulanger , 1938), idem né en 1895, date symbolique, Giono créé sa société de films homonyme, démarquage de celle de Marcel, productrice ensuite du languissant Un roi sans divertissement (Leterrier, 1963), s’acoquine au « conseiller technique » Claude Pinoteau, à Costa-Gavras à l’assistanat, illustre illico son propre et original scénario. Jamais si bien desservi que par soi-même ricanent quelques critiques, hormis les plutôt positifs Cahiers du cinéma , bientôt itou dépités par le tandem d’ items de l’égaré Romain Gary ( Kill , 1972). On peut en partie les comprendre tant Crésus (1960) se réduit à l’anecdotique, sous couvert de conte économique, doté d’une morale sentimentale « à deux balles ». L’estimable romancier du Chant du monde et le poète loupé d’ Il n’y avait plus qu’à marcher...

La mire m’a tuer

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  Exils # 101 (08/04/2025) Le générique anticipe Shining (Kubrick, 1980) : Delon de dos conduit sur une route sudiste, en bordure de mer et donc de mort, escorté d’une chorale musique dramatique, signée de l’inspiré Demarsan ( Le Cercle rouge , Melville, 1970). Le type anonyme économise son fric chez le tutoyé pompiste et roule en américaine « automatique », assiste en sus à la noyade d’une nounou espagnole, s’incruste au creux de la villa vandalisée par les mômes autonomes, camés aux sucreries et au Coke. Voir Alain avachi dans le canapé devant la télé, en train de sourire et surtout de singer une Sheila au disco « dévouée » vaut déjà le visionnage, mais Attention les enfants regardent (Leroy, 1978) mérite aussi d’être exhumé pour une poignée de qualités. Tel La Traque (Leroy, 1975), il s’agit en définitive d’un survival satiriste, doublé d’une lutte des classes et des territoires, au terme funèbre duquel succombe le pauvre protagoniste, Mimsy Fa...

The Woman King

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  Un métrage, une image : L’Odyssée de l’African Queen (1951) Le titre d’origine l’actrice désigne, qui conduit le film comme le rafiot homonyme. Munie d’une forme de féminisme soft , portée sur le patriotisme, la missionnaire faussement austère, vraiment active, ne condamne l’alcoolisme du capitaine altruiste, plutôt sa parole manquée, sa couardise présumée. « Old girl » guère bégueule, l’inflexible Rosie s’extasie aussi, surtout après le passage des premiers rapides, épiphanie semblable à un orgasme, humidité en prime. Jamais elle ne charrie Charlie, même si a priori plus intelligente ou maligne que lui. Au contraire, rusée, sincère, elle le soutient, parce qu’elle ne vaut point rien, parce qu’il le vaut bien, ce valeureux vaurien, en surface indifférent, en profondeur pas tant, à l’instar du Rick de Curtiz ( Casablanca , 1942), locutions d’occasion, arbre bienvenu, saleté de sangsues. Le couple dépourvu d’entourloupe partage un parcours puis l’amour, répare en...

Madame porte la culotte

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  Un métrage, une image : Chaussure à son pied (1954) Comédie de mœurs amusante et mineure tramée par un cinéaste tout sauf amateur, Chaussure à son pied , même adapté d’un scénique succès, ne ressemble jamais à du théâtre (mal) filmé, tandis que la séquence de delirium tremens annonce celle, célèbre, du bien nommé Cercle rouge (Melville, 1970). Mais Montand fout le camp, Laughton cartonne, carbure à l’alcool, petit patron abonné à la boisson en réunion, papounet endeuillé, fi de sa défunte et trop parfaite femme, voici trois filles serviables et infernales. Notre épigone du roi Lear, très près de sa tirelire, exploite sa triple progéniture, passe ses jours et quasi ses nuits en piètre compagnie, amitié imbibée, sinon intéressée, au Moonraker, pas celui de Bond, bien sûr, habituée. Alice & Vicky se rebiffent, envisagent le sauvetage du mariage, la première avec un avocat aux « empeignes à faire honte à la magistrature », fichtre, la seconde éprise du grand gamin d’un mar...

La Lune dans le caniveau

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  Un métrage, une image : Irma la Douce (1963) Mais ça c’est une autre histoire Gérard Blanc Irma la Douce se termine comme Conan le Barbare (Milius, 1982), encore un conte d’éducation, d’émancipation, de narration en voix off , le rauque Mako remplace le doux Jourdan, de puissance sexuelle, de valeurs renversées, certes plus épique et lyrique : par une affirmation de l’infini de la fiction, coda de regard caméra amusé, assumé, en rime à celui de Shirley, descendue du billard où danser, au son de Dis-Donc . Exit la (jolie) musique de Marguerite ( Monnot ), précieuse compositrice pour Piaf, hors et au ciné ( Les Amants de demain , Blistène, 1959), puisque Previn revient, repart pourvu d’un Oscar. Diamond & Wilder ne remettent le couvert de La Garçonnière (1960), ralentissent la rapidité, disent adieu à l’actualité de Un, deux, trois (1961), adressent des clins d’œil à Kubrick ( Lolita , 1962) & Lean ( Le Pont de la rivière Kwaï , 1957 + Lawrence d...

Le Grand Alibi

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  Un métrage, une image : Témoin à charge (1957) Les dix dernières minutes de tumulte du succès cinématographique issu d’un succès scénique accumulent les coups de théâtre, logique esthétique, symbolique, a fortiori réflexive, puisqu’il s’agit aussi, en sus de Christie transposée par Billy, d’une fable affable sur l’art d’interpréter, par conséquent de (se) tromper. Dans Le Grand Alibi (Hitchcock 1950), déjà   avec Dietrich, encore une histoire d’actrice, le vrai coupable mentait dès l’orée ; dans Witness for the Prosecution , les amants (se) mentent tout le temps, jusqu’à l’ultime moment. Quant au Procès Paradine (Hitchcock, 1947), toujours avec Laughton, il carburait par avance à la culpabilité avérée, décuplée, au triolisme assumé. Cependant Wilder, a contrario du confrère, qu’il classait en spécialiste supérieur du suspense , étiquette suspecte, simplette, Chabrol & Rohmer s’en désolèrent, ne succombe au catholicisme, ne se soumet à l’illustr...

Ordet : Le Prince de Jutland

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  Comment formuler/filmer l’ineffable ? Avec le maximum de familiarité… Une horloge morose, après arrêtée, relie ainsi ces extraits de Ordet (Dreyer, 1955). Pendant la première scène, la pendule à la Baudelaire s’accorde au dialogue domestique, métaphysique, le scande en sourdine, résonne aussi au sein du silence du studio, du vent en postsynchro, salut à Sjöström ( Le Vent , 1928), et l’on se souvient illico que Kim Novak dévoilera à vive et invisible voix de Vertigo (Hitchcock, 1958) sa persona , monologue mené, minuté, au métronome, au cours d’un second conte de cette fois-ci fausse résurrection, de femme affable, toutefois pas en cloque, en effet revenue « d’entre les mortes », titre d’origine et au masculin du bouquin un brin anodin de Boileau & Narcejac. Alors que l’oncle et la nièce, assis parmi la pénombre de la pièce, se font une impensable promesse, parlent de choses graves avec légèreté, complicité, bises bis , proximité poignante d’un adulte et...

Charade : De la part des copains

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  De Regina Lampert à Regan MacNeil… Générique géométrique, où le title designer Maurice Binder singe le Saul Bass de Sueurs froides (1958), La Mort aux trousses (1959), Psychose (1960) ; gosse en otage, salle de spectacle et pistolet (à eau) en écho à L’Homme qui en savait trop (1956) ; pont pareillement sexuel que le tunnel de North by Northwest  ; soupçon à la Soupçons (1941) ; suspension façon Sueurs froides , bis  ; voleur volé à La Main au collet (1955) et, last but not least , timbres édités à l’occasion d’une « commémoration de la princesse Grace », hélas : en dépit des clins d’œil adressés à Sir Alfred, rien de moins hitchcockien que ce récit riquiqui, de rigolo quiproquo , de gros magot, co-concoté par Marc Behm, la plume de La Reine de la nuit et Mortelle Randonnée , faut-il le rappeler, démontrant qu’avant, le franc valait davantage que le dollar , quel désespoir. Film à la fois fade et affable, Charade (1963) se so...

La Prisonnière du désert : Mon oncle

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  Manier la lumière, quitter ses ténèbres… Une première porte, d’abord ouverte, une seconde, ensuite fermée, clôture de l’épopée, accomplie en optique truquée : voici la célèbre boucle bouclée de La Prisonnière du désert (Ford, 1956), film majeur de son auteur, où « un poète de la haine », dixit Scorsese , s’entête à retrouver, durant des années, sa nièce à la fois adorée, détestée, gosse à la Oz, voire survivante à la Anne Frank, fissa transformée en squaw, mais pas trop. Ford filme donc un double retour, il le fait de façon magnifique, pour ainsi dire contrapuntique, considérez, d’une scène à la suivante, spectaculaire et discret, le changement d’axe à cent quatre-vingts degrés. Aussitôt surcadrée, à contre-jour éclairée, part noire de nuit intime, ainsi figurée, signifiée, plus tard à l’assemblée attablée exposée, par un personnage au racisme décomplexé, assumé, une femme s’avance vers un panorama en effet monumental, celui de Monument Valley, précédée en trave...