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Affichage des articles associés au libellé Alain Cavalier

Husbands + Stand by Me

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  Deux métrages, deux images : Le Plein de super (1976) + Un étrange voyage (1981) Cavalier au carré, un cadavre au départ, un autre à l’arrivée. Huit années après le dispensable La Chamade (1968), repêché par Deneuve & Piccoli, le revoici, sur la route et surtout la déroute. Item d’autoroute et film de voie ferrée, leur générique remercie les sociétés concernées, bien sûr la SNCF, Le Plein de super + Un étrange voyage bénéficient de financiers célèbres et désargentés, à savoir Danièle Delorme & Yves Robert, d’un dirlo photo de valeur et parfois acteur, cf. son commissaire, Jean-François Robin ( Les Bronzés , Leconte, 1978 ou L’Amour braque , Żuławski, 1985) le valait bien, de scénarios signés à huit ou quatre mains, la création donc à l’unisson de la fiction. S’ils frisent l’autobiographie, le vécu revisité, voire fantasmé, les métrages d’un autre âge, moitié d’une décennie censée être libérée, en réalité déjà libéralisée, pas seulement en matière de sexualit...

Pacte avec un tueur

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  Un métrage, une image : Le Combat dans l’île (1962) Il convient de l’avouer : on s’attendait en sourdine à la matrice de L’Insoumis (Cavalier, 1964), mais ici l’Algérie, indépendante depuis, deux mois avant la sortie, n’apparaît que pendant une réplique, l’extrême droite à l’épithète se limite, l’OAS reste en retrait, société secrète de chasseurs menteurs, sinon amateurs. On sent vite que tout ceci, à l’instar de l’auvergnate zone libre, à maréchal infernal, des réfugiés d’Argentine, naturellement allemands, du pedigree colonial de l’instructeur dénonciateur, n’intéresse Cavalier qu’en surface, lui-même mis en abyme, en reflet fugace, sur la glace d’une DS plus funèbre que celle de Fantômas (Hunebelle, 1964). À l’instar de Irréversible (Noé, 2002), au passage (souterrain, utérin) autre triangle d’enfance, de désespérance, Le Combat dans l’île documente d’abord, d’accord, l’évidente, émouvante, complicité d’un couple pas seulement, ensuite, de ciné, Romy Schneid...

Jo : Madame Claude

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  Répétition, reproduction, consternation, continuation… Comme si Oscar (Molinaro, 1967) croisait Sœurs de sang (De Palma, 1972) – pas de corps, pas de crime, yes indeed , canapé compris, oh oui. Cette comédie macabre, en écho délocalisé, assourdi, à La Corde ou Mais qui a tué Harry ? (Hitchcock, 1948, 1955), se base sur une pièce du couple Coppel, le sieur Alec d’ailleurs vrai-faux scénariste de La Main au collet ou Sueurs froides (Hitch, 1955, 1958), ici transposée en partie par Claude Magnier, le dramaturge/adaptateur du premier film cité, CQFD. Elle appartient à la fin de la filmographie de Louis de Funès, douze titres étalés sur une douzaine d’années, de 1970 à 1982. Entre trois tomes des (més)aventures de l’increvable et assez dispensable Gendarme ( en balade , et les Extra-terrestres , et les Gendarmettes , Girault, 1970, 1979, 1982), de Funès, au propre, au figuré, ne se repose, n’indispose, tente des expériences, témoigne de son temps. Ainsi, Sur un arbre ...

Je suis timide mais je me soigne : Deux instants dans la vie de Lea Massari

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  Réminiscence de l’évidence d’Anna Maria…    À l’italianophile Jacqueline Il existe un mystère Massari, pas celui d’une star , assez dérisoire, disons d’une actrice accessible et cependant à distance. En 1970, en France, en marge du Festival de Cannes, conférence spécialisée, aux questions à la con, guère à foison, flanquée d’un Claude Sautet quasi en colère, d’une silencieuse, quand même éloquente, Romy Schneider, remarquez ce regard, lourd de ressenti, d’histoire, elle s’assied, elle sourit, elle rit, un bout de papier elle plie puis, tournée vers le cinéaste, elle compatit, quel ridicule désastre… En 1977, en Suisse, valeureuse invitée de Christian Defaye, interlocuteur toujours respectueux, souvent pertinent, ni attaché de presse complaisant, ni psychanalyste pontifiant, elle boit, elle fume, elle s’adosse à son siège, elle porte une paire de lunettes, elle parle d’elle et d’autrui, de son métier, de sa vie, comme rarement une autre, avant ou après, débarrassée ...

La Proie pour l’ombre : Les Amants

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  Féminisme sauce Sagan ? Girardot sans Rocco… Trois ans avant de transposer Poe de manière exemplaire, je pense au Puits et le Pendule (1964) diffusé par la TV, Astruc avance avec Antonioni, voici son Avventura (1960) à lui. Film méconnu, pourtant jusqu’à moi parvenu, vive la cinéphilie en ligne, à domicile, La Proie pour l’ombre (1961) se caractérise en effet par la maîtrise de son widescreen , par ses travellings habiles, par sa constante composition de plans, presque -séquences, stimulants. Par conséquent, vous visionnerez un ouvrage élégant, dont le vaudeville saisi avec style évoque bien sûr celui à venir de La Chamade (1965), autre portrait de femme co-signé par la romancière et Cavalier. Galeriste esseulée, à succès, épouse d’entrepreneur à présenter, à représenter, Anna ne va pas, elle veut son indépendance, elle ne veut plus de sa souffrance. Dans la France du début des années 60, « l’autorisation maritale » ressemble à une loi martiale et notre hér...

Le Feu follet : L’Homme pressé

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  Nouvelle Vague ? Dernier rivage… Pour Jacqueline Chronique presque autobiographique d’un décès annoncé, amitiés à Márquez & Rosi, Le Feu follet (Malle, 1963) fait davantage que servir de présage à L’Insoumis (Cavalier, 1964) et Les Parapluies de Cherbourg (Demy, idem ), c’est-à-dire évoquer les fameux « événements d’Algérie » et leur trouble de « stress post-traumatique » dépressif, consécutif. Certes, le « bel Alain », Leroy déchu, le Roi mis à nu, se suicide aussi en raison de ceci, mais son passé militaire, de sale et silencieuse guerre, n’explique pas tout, pas plus que sa nausée, à l’évidence sartrienne, devant la « médiocrité » du monde, du sien, de ses amis, de son destin. Si la mort demeure un mystère, le trépas volontaire constitue un rébus absurde, une énigme irréductible, un (dés)astre noir neutralisant, en élégant noir et blanc, Cloquet vient d’éclairer Classe tous risques (Sautet, 1960) et Le Trou (Becker, 196...

Rio Grande

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  Un métrage, une image : Zumiriki (2019) Filmer ? « Vivre deux fois ». Ce film ? « Un garde-fou ». Muni de multiples caméras, « yeux de la forêt » tout sauf ceux de Disney (John Hough, 1980), quoique, notre naufragé point affligé, sorte de sauvage volontaire, partage une parenthèse douce-amère. Île liquide, enfance enf(o)uie, dernière nuit à la bergerie, aphone fin de vie : tout ceci pourtant se situe du côté de l’envie, ne gémit en nostalgie. Prosaïque, poétique, un peu drolatique, guère dogmatique, l’ouvrage renverse le barrage, ranime les images, celles, paternelles, des home movies documentaires, celles, originelles, du tout premier film basque non sonorisé, donc muet, bruité de manière exemplaire par trois corps en parfait accord. La leçon de synchronisation, de résurrection, outre constituer un petit traité méta, à trio de voix, symbolise la sensorialité, la sensualité de l’ensemble. Cette solitude ne verse vers l’hébétude, l...

La Fille de nulle part : Dora l’exploratrice

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Adoration de Dora ? Immanence du cinéma. Cinéaste de l’intime et de l’intimité, au risque de la polémique et du procès, Brisseau (se) filme désormais à domicile, en toute indépendance, comme j’écris sur mon PC ces lignes laudatives. Sur le sien, un essai critique consacré aux croyances chimériques, des reproductions de tableaux bibliques ; dans son passé raconté, un ami membre du Parti communiste, suicidé à la suite du fiasco utopique de Mai 68. Dans l’escalier de l’immeuble parisien aisé, à peine quitté le temps d’un crochet au distributeur automatique de billets, d’un café payé, d’une course alcoolisée, d’une promenade amicale, sinon médicale, en bordure de quai, agrémentée d’un tandem de jeunes femmes à la robe éventée, presque à la Tinto Brass, l’ancien professeur de mathématiques découvre une blondinette livide et ensanglantée, qui vient de se faire tabasser par un sac de merde masculin, figure triviale et impitoyable du Destin, de retour in extremis pour dév...

Le Sel de la Terre : Regain

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Wim Wenders & Juliano Ribeiro Salgado. Gardons-nous de nous gausser de l’ancien économiste brésilien, au père propriétaire, transformé à la trentaine en témoin citoyen et cosmopolite des misères du monde : la puissance et la beauté des photographies de Sebastião Salgado demeurent irréfutables, sa parole concise, juste et sincère, mérite d’être écoutée, a fortiori en français, souvenir de séjour parisien où la passion professionnelle se précisa, guidée par l’irremplaçable Lélia, avec ou sans Leica, co-productrice du documentaire sis en partie à domicile, accessoirement mère aimable d’enfant dit différent et muse de reforestation tendue vers l’horizon. Comme un héritier modéré, minoré, du compatriote Herzog et du franco Clouzot, Wenders, ici épaulé par le propre fils de l’artiste et sa sienne épouse Donata, vadrouille un brin, s’en tient au visage de l’homme en train de commenter son travail, parfois rap...

Mauvaise foi : Croire au cinéma

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Brèves ténèbres en sept stations – mon Dieu, pourquoi crois-tu en moi ? 1 Intuition matinale : le cinéma comme art chrétien. Chaque projection une résurrection. Chaque salle banale un tombeau mystérieux. Épiphanie du film. Transcendance de l’immanence. Mystique du mécanique. Culte laïc de la cinéphilie. Les critiques en cousins de Caïphe. Les actrices en émules de Marie-Madeleine . Le réalisateur et ses miracles ou son calvaire. Le producteur tel un petit Ponce Pilate. L’équipe composée de disciples. Les distributeurs et les exploitants successeurs des marchands du Temple. Herméneutique des métrages. Anciens scénarios du Nouveau Testament. Dolorisme et mélodrame de l’imagerie horrifique. En vérité dite, quoi de plus épouvantable qu’une crucifixion ? Une décollation, peut-être, par exemple celle de saint Jean-Baptiste. Cérémonie à domicile ou désormais nomade. Liturgie du streaming . Prosélytisme du divertissement désolant. Évangiles des imbéciles. Amen de l’amnésie. ...