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Affichage des articles associés au libellé Jean-Pierre Mocky

La Ménagerie d’hier

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  Exils 189 (21/04/2026) La fin du film identifie enfin l’interprète principal, cependant depuis quatre ans reconnu et apprécié par les spectateurs de Touchez pas au grisbi (Becker, 1954), Razzia sur la chnouf (Decoin, 1955), Maigret tend un piège (Delannoy, 1958), Ascenseur pour l’échafaud (Malle, 1958) ou Montparnasse 19 (Becker, 1958). Autrefois flic ou voyou, bien avant Belmondo, à présent espion, voilà Ventura mis en avant, via un véhicule divertissant, qui relie le film classé policier au film dit d’espionnage, dont le casting choral et l’humour méta annoncent Les Tontons flingueurs (Lautner, 1963) et bien sûr Les Barbouzes (Lautner, 1964). Le « Vieux » de Vanel, monocle en toc vissé à la Meurisse, évoque le « Mexicain » (Dumesnil) du premier, tandis qu’une messe basse d’église l’anticipe aussi. Au lieu du tandem Audiard & Simonin, Le Gorille vous salue bien (1958) se base sur un scénario de Robert ( Marie-Octobre , Duvivier, 1959 ou Le Mo...

Pain et Madeleine

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  Exils # 142 (19/11/2025) Aseptisée, désincarnée, illustrative, translucide, cf. la célèbre scène de la « tempête crânienne » : on peut préférer sans regret la robustesse de Bernard ( Les Misérables , 1934) ou le pessimisme de Hossein ( Les Misérables , 1982) à l’échantillonnage de Le Chanois ( Les Misérables , 1958). Malgré ses trois heures de familiers malheurs, sa version va trop vite, survole son sujet, rabotage de montage, deux heures ailleurs de tumultes et de chutes, ressemble à une bande-annonce soucieuse de ne déranger personne, de quoi donner raison de facto au pamphlétaire Truffaut. La discutable et discutée « qualité française » mise en cause par l’un de ses futurs représentants, même différemment, s’acoquine ici au fameux, sinon sinistre, professionnalisme allemand, car co-production de bon ton, figurants de la DEFA disons à ouf, capables de remplir avec rigueur le(s) cadre(s) de la bataille des barricades, l’Italie investit aussi. Dès le ...

Annick aime les sucettes

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  Exils # 9 (12/12/2023) Juliette Gréco jugeait misogyne l’émouvant et amusant Jolie môme , sa plaisante appropriation une façon de s’en réapproprier la féminité supposée maltraitée, de lui rendre son inexistante innocence en complice sororité. Que pouvait-elle penser, si encore la chanson d’exception elle connaissait, de Ton style , instrumental   recalé destiné a priori à Jean-Pierre Mocky, radical mélodrame – au sens étymologique de drame musical, au sens esthétique d’étude sociale – qui sans se soucier une seule seconde de sociologie, Dieu merci, tant pis pour l’affirmé anarchisme, résumait à lui seul les années soixante-dix, leur lyrisme dépressif carburant à la mélancolie, après l’euphorie de la précédente décennie, en dépit, certes, des dernières infamies de la guerre d’Algérie. Comme si soudain, du jour au lendemain, de midi à minuit, l’occidentale société dessoûlait, pénétrait de plain-pied au creux d’un cauchemar plus ou moins climatisé, Henry Miller very vénère, ...

Le Voyeur absolu

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  Maintenant des images-mots, une demoiselle de « machine de compagnie » bientôt…   Des visages. Des paysages. Des preuves. Des produits. Tout ceci se visite sur un seul site : Brieuc Le Meur Photography . Tout ceci séduit, élargit l’horizon et l’esprit, permet de se déplacer immobile, de déplacer les lignes, celles de la perspective, celles de la prospective. Les images du photographe ne ressemblent dès lors à des natures mortes, même s’il exerce, fi de frontières, un art de toute façon funéraire. Elles incitent au récit, elles racontent quelque chose de sa vie à lui, aussi. En couleurs, en noir et blanc, de face, de profil, les portraits immanents défilent, ceux des femmes dotés d’un érotisme subtil, ceux des hommes d’une convivialité bonhomme. Les modèles, tout sauf modèles, non formatés, non faisandés, nous regardent sans prendre garde, sans être déifiés, se défier, photographies de confiance, de connivence, de sourires, de désirs. Dans En marge , son auto...

La Secrétaire

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  Un métrage, une image : Le Piège à cons (1979) À Jacqueline ou Bakounine Muni d’un thème musical inepte, surutilisé jusqu’à la nausée, ponctué de courses-poursuites empruntées au slapstick , Le Piège à cons constitue donc la vraie-fausse suite de Solo (1970), sinon de L’Albatros (1971), surtout une comédie noire terminée par un double meurtre de désespoir. Mocky s’y souvient de Malraux, trafiquant connu de sculptures du cru, de Delacroix, sa célèbre et à demi dénudée Liberté guidant le peuple délocalisée parmi un panier à salade, il fallait y penser, oser, se moque des annonces sexuelles du bobo Nouvel Obs , il relit aussi, à l’économie, la cavale de Clyde & Bonnie, désormais relookés en « terroriste » amatrice et professeur (un) peu en fureur. Durant le gouvernement finissant de VGE, rien ne va bien, rien ne va mieux, comme le constate illico l’exilé, aux diamants indonésiens sous le nez des douaniers passés. Rayan revient, pas vingt ans après...

La Belle et la Bête

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  Un métrage, une image : La Cité de l’indicible peur (1964) À la fantastique Jacqueline Le « flic » de Bourvil, six ans avant celui de Melville ( Le Cercle rouge , 1970), s’excuse de coffrer les coupables infortunés, comme son homologue amerloque ( Le Retour de l’inspecteur Harry , Eastwood, 1983), laisse in fine la criminelle se faire la belle, se livrer de son plein gré à la captivité de l’incrédule Poiret, képi = calvitie, assure le médecin atteint de misanthropie (« Tout le monde ici mérite d’être arrêté. Ici comme partout, d’ailleurs, toute l’humanité souffrante »). Matrice apocryphe de l’aussi atmosphérique, moins comique, Litan (1982), La Cité de l’indicible peur , aka La Grande Frousse , emprunt imposé à la complainte explicite du générique, aux lyrics co-signés du dialoguiste Queneau, associe ainsi le satirique au whodunit , le légendaire au faussaire, un boucher « cinglé » presque proche de Chabrol ( Le Boucher , 1970), de ...

Un drôle de paroissien : La Part des anges

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  Si l’habit ne fait le moine, le regard transforme le monde…   Mocky jamais ne se moqua de la foi, sans cesse de son commerce, avec évidemment l’acmé du Miraculé (1987). Mocky & Moury, co-scénariste attitré, signataire aussi de L’Affaire d’une nuit (Verneuil, 1960), transposent ici, en sa compagnie, un bouquin de Michel Servin, à l’intitulé latin : Deo gratias . Mocky confie le montage de ses images à Marguerite Renoir, qui travailla sur Snobs ! (1962), qui travaillera sur La Grande Frousse / La Cité de l’indicible peur (1964). Quant à la musique, rieuse ou religieuse, voilà Kosma. Dans Un drôle de paroissien (1963), on aperçoit le copain Jean Poiret, la compagne Véronique Nordey, on voit surtout Bourvil, acteur complice et docile, sans doute surpris du succès d’un film qu’il aida à financer, sans doute reconnaissant du (rem)placement (de Fernandel), dû à un certain Gabin. Face à l’aristocrate paresseux, dépossédé, pas à court d’idées, d’abord brebis éga...

Scout toujours…

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  Un métrage, une image : Snobs ! (1962) Visionné via la guère austère Jacqueline Waechter, l’ouvrage d’un autre âge séduit assez, en raison de sa dynamique division : la satire de l’arrivisme provincial évite le vitriol et déploie sa tendresse, pas seulement cinéphile, envers un casting choral autant impeccable qu’improbable. Au niveau de la forme, de toute façon indissociable du fond, une similaire opposition se reproduit, porte un identique fruit : à l’excès assumé du récit, cependant toujours précis, répond donc une réalisation rigoureuse, jamais relâchée, contraste stimulant, en partie dû aux fidèles talents du compositeur Joseph Kosma ( Le Cas du docteur Laurent , Le Chanois, 1957 ou Crésus , Giono, 1960), du directeur de la photo Marcel Weiss ( La Ferme du pendu , Dréville, 1945 ou Meurtre en 45 tours , Périer, 1960), de la monteuse Marguerite Renoir ( La Chienne , Renoir, 1931 ou Les Eaux troubles , Calef, 1949). En compagnie de l’ami Moury, Mocky s...

My Dinner with Andre : Bienvenue à Bourvil(le)

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  Anti-alcoolisme d’irrésistible causerie ? Souvenirs virés vers la vie… À Jacqueline Tel l’admiré-démarqué Fernandel, remember La Cuisine au beurre (Grangier, 1963), pourtant pas la meilleure, puisque insipide, déceptive, y compris pour le principal intéressé nordiste, dégage, dommage, Bourvil débuta sur scène, s’y fit un (re)nom, plutôt un prénom, piqué-corrigé à un village local de sa Normandie maternelle et natale. Parents paysans, mariage juvénile, passage par l’armée, boulots à gogo, succès des Crayons au sortir de la seconde hécatombe, ensuite reprise, filmée, immortalisée, parmi La Ferme du pendu (Dréville, 1945), puis persona paysanne, opérettes en duo avec la rapprochée Pierrette Bruno, valeureux virage de La Traversée de Paris (Autant-Lara, 1956), duos avec Brigitte Bardot ( Le Trou normand , Boyer, 1952), Luis Mariano ( Le Chanteur de Mexico , Pottier, 1956), Jean-Paul Belmondo ( Le Cerveau , Oury, 1969), tandems avec un certain Jean Gabin (traversée...

L’Affaire Mattei : Le Goût de l’Italie

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  Trente métrages , trois images, deux visages, un rivage … À l’italianophile Jacqueline Io ho paura (Damiano Damiani, 1977) Petit polar politique, à propos de la pornographie, au propre, au figuré, d’une Italie alors terroriste-terrorisée, ponctué de saisissants effets de réel mortel et placé sous le signe duel de la duplicité, tandem de juges, juste ou injuste, pour policier déplacé, apeuré, justicier, assassiné, où le valeureux Volonté, flanqué des cosmopolites Adorf & Josephson, démolit, doté d’une dépressive fragilité, les « hommes forts » de sa filmographie, chez Petri & Rosi… Il nido del ragno (Gianfranco Giagni, 1988) D’un labyrinthe à l’autre : dans une Budapest spectrale, une secte tisse sa toile… Certes longuet, pas assez personnalisé ni développé, du fantastique toutefois soigné, beau boulot du directeur photo, musique à la Herrmann, avec spécialiste traumatisé, secrétaire singulière + bébé humain-arachnéen. Et Stéphane Audran, comme souvent, é...