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Affichage des articles associés au libellé Costa-Gavras

Le Paria et le Pactole

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  Exils # 103 (17/04/2025) Sans doute ulcéré par le succès des adaptations infidèles et personnelles de Pagnol ( Jofroi , 1933, Angèle , 1934, Regain , 1937, La Femme du boulanger , 1938), idem né en 1895, date symbolique, Giono créé sa société de films homonyme, démarquage de celle de Marcel, productrice ensuite du languissant Un roi sans divertissement (Leterrier, 1963), s’acoquine au « conseiller technique » Claude Pinoteau, à Costa-Gavras à l’assistanat, illustre illico son propre et original scénario. Jamais si bien desservi que par soi-même ricanent quelques critiques, hormis les plutôt positifs Cahiers du cinéma , bientôt itou dépités par le tandem d’ items de l’égaré Romain Gary ( Kill , 1972). On peut en partie les comprendre tant Crésus (1960) se réduit à l’anecdotique, sous couvert de conte économique, doté d’une morale sentimentale « à deux balles ». L’estimable romancier du Chant du monde et le poète loupé d’ Il n’y avait plus qu’à marcher...

Mange ta mort

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  Exils # 58 (24/10/2024) Epstein & Corman ? Watson & Webber. Diptyque 28, duo de Poe. Ne parlons du compatriote ni de Roger l’Amerloque. Deux items homonymes, inscrits au fameux Registre National du Film. Catalogue de camelote, de classiques, cabinet de curiosités, de succès, hébergé à la Bibliothèque du Congrès. Dressé depuis trente-cinq années, occupation de « professionnels de la profession », multiples spécialistes, du public en partie. Comme dans l’Hexagone, dix ans d’existence et vous voici classé d’office, fi du box-office , en « cinéma de patrimoine ». Des critères « culturels, esthétiques et historiques », au compteur presque 880 titres, toutefois pas un seul fiché X, vade retro  Damiano. Tout ceci riquiqui, en quantité, sinon ancienneté, à côté des collections mesurées en milliers de la Cinémathèque de Langlois Henri (40 000), des Archives (Françaises) du Film à Bois-d’Arcy (140 000). Pris de court par celui de l’améric...

Un chant d’amour

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  Boucle (dé)bouclée, moyen métrage emprisonné, homme protéiforme salué… 1967 : Perrin (dé)peint l’étoile de ses toiles, marin romantique, homoérotique, magnifique, à rendre humides les demoiselles (de Rochefort, d’abord) et (ra)mollir les mecs, même s’ils ne l’admettent, modèle de mélancolie solaire auquel répondra le Querelle (1982) crépusculaire de Fassbinder. 1988 : Perrin se souvient, de l’enfance d’autrefois, du décès du cinéma, déjà, lieu social de lien social, de projection alors artisanale, surtout en Sicile, aussi le cinéaste esseulé pleure de bonheur, devant le bouquet de baisers censurés, laissé en legs par le trépassé Noiret, il en oublie Berlusconi. 2022 : Perrin s’éteint, sans doute serein, à quatre-vingts ans vécus sans perdre de temps, acteur de valeur, financier jamais épicier, documentariste écologiste, cinéphile sincère et sensible. Au ciné, on le vit dans La Vérité (Clouzot, 1960), « Et Satan conduit le bal » (Dabat, 1962), Compar...

Le Train des épouvantes

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  Un métrage, une image : Terreur dans le Shanghaï express (1972) « Moscou demande d’arrêter l’Express quand il passera l’aiguillage. Je pense que c’est la guerre » : ce type de réplique, presque prophétique, la profère un télégraphiste, demeure d’actualité, cinquante ans après, même si le prêtre orthodoxe, guère orthodoxe, ressemble plus à Raspoutine qu’à Poutine, le Cosaque à Kojak , que l’ami Cacavas musique aussi. Décalque pirate de la célèbre nouvelle de Campbell, co-écrit + co-produit par un duo de cocos, Arnaud d’Usseau & Bernard Gordon ( Les 55 Jours de Pékin , Ray, 1963), d’où, sans doute, le regard rouge de l’extra-terrestre peu perplexe, illico hors frigo, n’omettons un troisième larron, nommé Julian Zimet ( Le Plus Grand Cirque du monde , Hathaway, 1964), Horror Express évoque l’économie riquiqui de Nyby ( The Thing from Another World , 1951), plutôt que la paranoïaque eschatologie du père Carpenter ( The Thing , 1982). Il s’agit, ainsi, d’un huis clos de loc...

Le Coup du parapluie

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  Un métrage, une image : La police a les mains liées (1975) Cinq ans plus tôt, Britt Ekland descendait prendre le dernier métro, Eurydice d’une dystopie dont la surface affichait d’intouchables cadavres intacts ( I cannibali , Cavani, 1970). Cinq ans plus tard, Milan ressemble encore au royaume des morts, donc des vivants en sursis, qui le savent ou l’ignorent, tel cet assassin descendu/hissé sur un escalator , anticipant ainsi celui de L’Impasse (De Palma, 1993), ses pieds inanimés toujours agités, via le mouvement indifférent, face au commissaire vénère, debout, de lui venu à bout. Si la justice se doit d’être aveugle, voire aveuglée, le ciné devrait dessiller, donner à regarder doté de douloureuse clarté, quitte à scruter l’obscurité. Opus d’objets, presque à la Perec, énumérons un réveil, une valise, un briquet, une clé, un chamberlain malsain, une ardoise magique, de subterfuge phonique, La polizia ha le mani legate comporte un policier + un suspect tous deux lun...

Tiresia

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  Un métrage, une image : Les Cannibales (1970) De Cavani, qui ne connaît (que) Portier de nuit (1974) ? Quatre avant ce scandale sentimental, elle se soucie de Sophocle, surtout de l’époque. Anouilh dérouille ? Ekland s’y colle, Boccardo illico , Clémenti à la mer, Milián se mouille. Britt bientôt tabassée, torture de chaise à roulettes, de mecs, mazette, ressemble un brin à Axelle Red, Pierrot, en perfecto, glossolalies aussi, à un employé de poissonnerie, Tomas, méconnaissable, ne boit la tasse, résiste in extremis , tandis que Delia baiserait bien à l’improviste, à proximité de cavaliers aristos, occupés au polo . Conspué par la critique d’hier et d’aujourd’hui, I cannibali s’avère vite une comédie noire plus ou moins (in)volontaire, dont la Milan d’antan, grise et humide, (ba)lourde et (terrain) vague, évoque la Grèce d’Angelopoulos ou davantage de Costa-Gavras, car les colonels contrôlent, les généraux gèrent, l’armée maintient l’ordre et la loi, recrute de surcroît...

Nikita

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  Un métrage, une image : Un espion ordinaire (2021) Mister Krushchev said we will bury you I don’t subscribe to this point of view Sting, Russians Face au soin de la reconstitution, tradition d’Albion, sur petit ou grand écran, n’importe quel essai hexagonal paraît provincial, même si les plus sarcastiques, miraud Truffaut, ne manquent d’assimiler le cinéma anglais à un musée, à un magasin d’antiquités. Biopic assez sympathique et en définitive anecdotique, Un espion ordinaire , c’est-à-dire, en VO de vocable français, The Courier , participe de ce chic idiosyncrasique, en sus se soucie de ressusciter une période (tré)passée, celle de l’équilibre de la terreur atomique, sur fond de relations refroidies entre l’URSS et les États-Unis, du côté de Cuba, ça ne rigola pas, because missiles so sixties . Personne, ni à l’Est, ni à l’Ouest, toutefois ne confondra ce (télé)film trop tranquille avec le lucide L’Aveu (Costa-Gavras, 1970), le ludique Panic sur Florida Beach ...

Peur sur la ville : Le Dernier Métro

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Giallo de guignolo ? Thriller pas d’amateur…. Pour mon père Dans Le Dernier Tango à Paris (Bernardo Bertolucci, 1972), Marlon Brando ne supportait point le métro parisien, aérien, se bouchait les oreilles afin de ne plus l’entendre, surtout d’en dessous. Dans Peur sur la ville (Henri Verneuil, 1975), Jean-Paul Belmondo monte dessus, s’y accroche, y court, s’y couche, se glisse parmi un compartiment, évidemment tueur(s), salut au ferroviaire Costa-Gavras (1967). Sorte d’aimable docteur Mabuse en voix off , maître du mur des petits écrans filmé par le grand, (re)matez le testament médiatique, prophétique, du « diabolique » intéressé (1960), (re)pensez à la mosaïque idem , inutile, de Tony Montana plongé dans sa paranoïa, sa coca ( Scarface , Brian De Palma, 1983), le cinéaste dirige la rame doublement infernale, Denfer + Divine Comédie , oh oui, en sus de son acteur cascadeur, cauchemar d’assureur, flic amer muté à la Criminelle, policier en train de pister un suspe...

Runaway Train : À nous la liberté

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Aller simple, itinéraire d’enfer… « Manheim est un animal » + « Vous êtes une bête ! »/« Pire que ça : un humain ! » puis, in extremis , une citation de Richard III , déductive, paradoxale, sur la férocité de la bestialité dotée de pitié, sur son absence chez l’homme, en tout cas ce roi-là : ainsi se résumerait la moralité de cette traque existentielle, conduite par Kontchalovski presque en Russie, sise en Alaska d’après Kurosawa, concoctée par une Cannon cannoise, alors en quête de respectabilité, à défaut de liberté, financière d’auteurisme bon teint, demandez à Altman ( Fool for Love 1985), Cassavetes ( Love Streams , 1984), Godard ( King Lear , 1987), Schroeder ( Barfly , 1987). Runaway Train (1985) ou la correspondance, judiciaire, ferroviaire, de L’Empereur du Nord (Aldrich, 1973) pour L’Évadé d’Alcatraz (Siegel, 1979), Voight & Ryan substitués à Marvin & Borgnine, Eastwood & McGoohan ? Oui et non, car une femme fait partie ...

Le Train des épouvantes : Les Cinq Gentlemen maudits

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Terminus de malice et opus tout sauf à descendre. Débutons par des substitutions : le paquebot des envoûtés de Julien Duvivier (1931) cède sa place à un train très méta, au final aussi funeste que celui d’Auschwitz ; la Mort ne joue plus aux échecs, a contrario du Septième Sceau (Ingmar Bergman, 1957), elle tire aussitôt le tarot, elle s’appelle Schreck, clin d’œil patronymique à l’interprète du Nosferatu le vampire de Friedrich Wilhelm Murnau (1922). Poursuivons par des évocations : Le Train des épouvantes (1965) dialogue à distance avec Hurlements (Joe Dante, 1981), Les Ruines (Carter Smith, 2008), Vaudou (Jacques Tourneur, 1943), Les Mains d’Orlac (Karl Freund, 1935), voire La Famille Addams (1964-1966) ou Comtesse Dracula (Peter Sasdy, 1971). Finissons pas des observations : au niveau de sa structure, le métrage repose sur un thème funèbre et ses variations d’occasions, il commence et se clôt sur la boucle bouclée du gothique, amitiés désargentées de la mini A...

Volupté singulière : Je suis curieuse

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Sven Taddicken. Disons-le d’emblée : formellement, adverbe duel, Volupté singulière (2016) s’apparente à un téléfilm de luxe, à rien de plus, rajoute le corbeau de Poe, aux productions-diffusions du vendredi soir sur chaîne franco-allemande européenne, ici financière. Ni l’utilisation soignée, scolaire, de l’écran large, ni un travelling circulaire à 360 degrés, au sein d’un bar de confession, ni l’implosion au ralenti des accessoires d’une maison ne font illusion, mais tout ceci ne saurait rebuter, priver du plaisir relatif, éphémère, pris à suivre cette romance sur fond de violence, entre quinquagénaires pas si austères. Ménagère maniaque et insomniaque, Helen déprime, se définit comme « quelqu’un sans foi ». Aide-toi, le Ciel t’aidera, oui-da – la voilà via la radio à la poursuite du bonheur, à papoter puis plus puisque affinités avec un professeur homonyme. Hélas, l’ancienne croyante découv...