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Affichage des articles associés au libellé Robert Bresson

La Constance des apparences

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  Exils # 134 (15/10/2025) Dans Adieu… Chérie (Bernard, 1946), titre programmatique, discographique, points de suspension en oxymoron, Danielle Darrieux s’éveille épuisée, rêve éveillée, se réveille esseulée. L’« entraîneuse » entraînante chante, enchante, déchante. Son appartement prend l’eau, elle fait visiter un « tripot », squatte un aristocrate « château », moins merveilleux et bricolé que celui du contemporain Cocteau ( La Belle et la Bête , 1946), puisque bastide sise « entre Orange et Marseille », productrice d’une huile d’olives « ramassées à la main », le « dragon » directif qui la dirige y met du sien. L’invisible Frédéric ne « chasse le tigre », tient à Toulon un « restaurant à particule », mésalliance ridicule. Alors Constance sans clémence n’autorisera un bis repetita , exit sa factice belle-fille, arnaqueuse amoureuse et malheureuse, laquelle paie cher d’être sincère. Une réplique ex...

Le Paria et le Pactole

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  Exils # 103 (17/04/2025) Sans doute ulcéré par le succès des adaptations infidèles et personnelles de Pagnol ( Jofroi , 1933, Angèle , 1934, Regain , 1937, La Femme du boulanger , 1938), idem né en 1895, date symbolique, Giono créé sa société de films homonyme, démarquage de celle de Marcel, productrice ensuite du languissant Un roi sans divertissement (Leterrier, 1963), s’acoquine au « conseiller technique » Claude Pinoteau, à Costa-Gavras à l’assistanat, illustre illico son propre et original scénario. Jamais si bien desservi que par soi-même ricanent quelques critiques, hormis les plutôt positifs Cahiers du cinéma , bientôt itou dépités par le tandem d’ items de l’égaré Romain Gary ( Kill , 1972). On peut en partie les comprendre tant Crésus (1960) se réduit à l’anecdotique, sous couvert de conte économique, doté d’une morale sentimentale « à deux balles ». L’estimable romancier du Chant du monde et le poète loupé d’ Il n’y avait plus qu’à marcher...

La propriété, c’est le fol

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  Exils # 51 (23/09/2024) « Mon rôle de voleur le plus célèbre et l’un des plus réussis » résume de manière laconique l’acteur au cours du bel et anecdotique album photo Belmondo par Belmondo , publié par Fayard en 2016. Il développe un peu dans le non vital Mille vies valent mieux qu’une , même éditeur et millésime, dit qu’il « adore » ce « personnage ténébreux et cynique », se dit « agacé » de l’échec économique et critique, affirme que le film se verra « réhabilité » au fil des années. Alors en lutte contre une presse à potins putain (pléonasme), en raison de sa (longue) liaison avec une certaine Ursula Andress, « tigresse ultra-sportive », je cite mais je ne confirme, au passage présente à la première du Malle, le comédien guère acclamé du Conservatoire tourna déjà Cartouche , ne se soucie pas encore de Mesrine (ni de Céline), va bientôt se viander avec Resnais, puisque l’estimable Stavisky , qu’il produit aussi, cons...

La Folie des grandeurs

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  Un métrage, une image : L’Argent (1928) Comme Germinal (Berri, 1993), s’agit-il en définitive, d’après déjà le zélé Zola, défenseur dreyfusard, que certes d’antisémitisme personne ne soupçonne, en dépit du « Salomon » d’introduction/conclusion, d’un cas d’anticapitalisme capitaliste ? Conscient de la contradiction, L’Herbier l’écrivait, au creux de sa tête tournée : « filmer à tout prix, même (quel paradoxe) à grand prix, un fougueux réquisitoire contre l’argent », mais son mélodrame drolatique et moral, coûteux insuccès, à l’instar d’un certain Stavisky (Resnais, 1974), eh voui, descendu, réévalué, s’indispose surtout d’une spéculation de déraison, cède à notre modernité de clivantes « inégalités », de « crise » sélective, ses jérémiades pseudo-humanistes, « moralisation du capital » selon Sarkozy, « ennemie finance » de Hollande, « visage de l’obscénité » de Patrick Pouyanné s’offusque enf...

Dawn of the Dead

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  Aube des macchabées ? Jour toujours de retour… Le mélomane Pialat le premier s’en empara, premier mouvement mis sur le générique de Police (1985), puis le rapide Peter Weir ( État second , 1993), au sein du sillage d’un succès de CD, puisque la désormais fameuse symphonie de Górecki sortit chez Nonesuch un an avant. Ces « chants de chagrins », d’autres cinéastes s’en servirent, citons le tandem anecdotique de Schnabel ( Basquiat , 1996) & Malick ( The Tree of Life , 2011),   plusieurs interprètes les servirent, pour le meilleur et pour le pire : la pionnière Stefania Woytowicz pâtit d’être trop opératique ; Zofia Kilanowicz , chanteuse en chaire, en présence du compositeur impassible, sinon souffrant d’un ennui poli, les dramatise et les glamourise ; Lisa Gerrard , contralto et non soprano, point trop n’en faut, s’égare, les adeptes de Dead Can Dance ne se marrent ; Beth Gibbons , assise, exquise, émancipée de Portishead, dirigée ...

Si Versailles m’était conté…

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  Un métrage, une image : La Prise de pouvoir par Louis XIV (1966) Biopic pédagogique ? Démonstration de didactisme ? Plutôt poursuite et rupture. Rappelons aux juvéniles générations que la superproduction, à laquelle emprunter le titre de cet article, date de 1954, que La caméra explore le temps vient de s’achever la même année, en mars 1966, sept mois avant la diffusion de l’ opus a priori apparenté, sur la même et seule chaîne diffusé. Ni Guitry ni Lorenzi, Rossellini cède les stars à autrui, la longueur aussi, se moque des énigmes classées historiques, des figures fameuses et mystérieuses. Orfèvre de l’ORTF, il se focalise sur un épisode précis, ose un dédoublé pari. La prise de pouvoir du roi célèbre revient en vérité à la sienne, la stratégie de Louis reflète presto celle de Roberto. Du dix-septième au vingtième siècle, le spectacle en société se donne à (re)voir via la société du spectacle, non plus réservé à la noblesse mais servi à la masse. Sans ce...

La Double Vie de Véronique

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  Un métrage, une image : Il était une fois le Diable.. (sic) Devil Story (1985) Puisqu’il existe un digest de sa genèse, un résumé de sa postérité, le voici , s’il vous dit, on se focalise sur le film, sur l’effet spécial, en effet, produit, plutôt qu’à produire, n’en déplaise au spécialiste Poe, autre amateur notoire de chat/cheval noir, de morte ressuscitée, et plus si affinités enturbannées, non sur les intentions, la réception, à quoi bon, une œuvre, surtout de ciné, ne (re/sur)vit qu’à travers le regard qui l’étudie, individuel, pluriel, tel un mécanisme/organisme structurel, plus que structuraliste, elle excède ses concepteurs, ses créateurs, elle respire à chaque (re)prise, elle conspire à être conquise, davantage que (mé)comprise, créature impure, de posture, d’imposture. Dans Devil Story , sous-titre archaïque, à prétentions d’Amérique, précédé d’un intitulé en français, comme un conte de fées défait, tu suis, assez sidéré, souvent amusé, jamais moqueur, avec to...

La Pitié dangereuse

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  Bérurier ? Bresson… Découverte idéale aujourd’hui, Le Tireur triste , beau titre, démontre que Frédéric Dard possédait un style précis, rapide, que l’argotique sait aussi se soucier d’éthique. Le grand petit roman amusant, émouvant, écrit au cordeau, aucun mot de moins, de trop, structuré en boucle bouclée, passant du présent au passé composé, de l’exposé objectif au récit subjectif, presque post- mortem , commence sur un défilé festif, à Nice, se termine sur un cortège funèbre, au carré, car macchabée au creux de la Chevrolet « bien briquée qui accapare tout le soleil », amen . Dédié avec « affection », sans affectation, aux amis Hossein & Vlady, salut aux Salauds vont en enfer (1956), à Toi, le venin (1959), aux Scélérats ( idem ), au Caviar rouge (1986), qu’il inspira ou auxquels il participa, Le Tueur triste se souvient bien sûr du Silence de la mer , le livre de Vercors, paru pendant l’Occupation, le film homonyme de Melville, sorti en 19...

The Card Counter : Une chance sur deux

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  L’existence, la Providence, l’âme, la Grâce… Schrader (re)fait du Schrader, rien de révolutionnaire, ses préoccupations morales – le Bien, le Mal, la punition, la rédemption – peuvent déplaire, cependant il s’avère à tout instant assuré, sincère. Le cinéphile familier des fondamentaux affichés autrefois via Taxi Driver (Scorsese, 1976), Hardcore (1979), American Gigolo (1980), Mishima (1985) ou récemment First Reformed (2017), ainsi se (re)trouve vite en terrain (re)connu, presque convenu, aux cadres au cordeau, au rythme mesuré, à l’autarcie ouatée. Casinos écumés illico , tourmenté molto, mobilier de motel empaqueté comme Christo, sa vengeance surgelée cédée à (Monte-) Cristo, « William Tell » essaie de se semer lui-même, pas de bonne pomme à transpercer, de pouvoir à renverser, plutôt un gros fardeau à porter, à se tatouer, à s’imposer, une modestie de mise et de mises, jusqu’à la rencontre avec un fils juvénile, endeuillé, déboussolé, guère cultivé, très...

Les Onze Fioretti de François d’Assise : Comme un oiseau sur la branche

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  Fleurs mineures ? Florilège ni sacrilège ni sortilège… À la bienveillante et divine Jacqueline Le redécouvrant, on sourit souvent, ceci ne surprend : le titre d’origine, moins factuel que le français, exit itou le (con)sacré, admet la dimension humoristique. Encore escorté du frérot Renzo, responsable du « commentaire musical », lecteur liminaire en voix off et VO, Cantique des créatures carrément écolo, il caro Roberto opte pour un vrai-faux biopic épisodique, parabolique, un impressionnisme latin loin de la soumission de sacristain. Situé entre l’insulaire Stromboli (1950), au sous-titre explicite ( terra di Dio ), et le méta La Machine à tuer les méchants (1952), moralité satirique, co-écrit par Fellini & Rondi ( Europe 51 , 1952, Huit et demi , 1963 ou L’Hystérique aux cheveux d’or , 1973), éclairé par Otello Martelli (Riz amer , De Santis, 1949, Stromboli, La dolce vita , 1960), adoubé, sinon financé, par le clergé, Les Onze Fioretti de...

Un drôle de paroissien : La Part des anges

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  Si l’habit ne fait le moine, le regard transforme le monde…   Mocky jamais ne se moqua de la foi, sans cesse de son commerce, avec évidemment l’acmé du Miraculé (1987). Mocky & Moury, co-scénariste attitré, signataire aussi de L’Affaire d’une nuit (Verneuil, 1960), transposent ici, en sa compagnie, un bouquin de Michel Servin, à l’intitulé latin : Deo gratias . Mocky confie le montage de ses images à Marguerite Renoir, qui travailla sur Snobs ! (1962), qui travaillera sur La Grande Frousse / La Cité de l’indicible peur (1964). Quant à la musique, rieuse ou religieuse, voilà Kosma. Dans Un drôle de paroissien (1963), on aperçoit le copain Jean Poiret, la compagne Véronique Nordey, on voit surtout Bourvil, acteur complice et docile, sans doute surpris du succès d’un film qu’il aida à financer, sans doute reconnaissant du (rem)placement (de Fernandel), dû à un certain Gabin. Face à l’aristocrate paresseux, dépossédé, pas à court d’idées, d’abord brebis éga...