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Affichage des articles associés au libellé André Bazin

Zeman I Love

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  Exils # 190 (23/04/2026) Aventures fantastiques (1958) mérite son titre, alternatifs aussi, The Fabulous World of Jules Verne et L’Invention diabolique , traduction explicite du pragmatique intitulé d’origine, auquel le fidèle Invention for Destruction rend justice en rime. Il s’agit en résumé, en bon français, d’une sorte de best of de l’univers vernesque, basé sur un roman méconnu, oublié, cause de procès, le pacifiste Face au drapeau , lui-même synthèse de plusieurs et plus célèbres prédécesseurs, aux personnages au passage cités dès le prologue en voix off . Avant de s’aventurer vers une île forcément mystérieuse, volcan en toc, tant pis pour Empédocle, ce classique à succès, un peu partout récompensé, adoubé de Bazin & Resnais, apprécié par Pauline (Kael), débute dans un asile, comme Le Cabinet du docteur Caligari (Wiene, 1920), se souvient bien sûr de Méliès, autre adaptateur classé « libre », adresse des clins d’œil à la pieuvre de Vingt Mille Lieues s...

Cachez ce bassin que je ne saurais revoir

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  Exils # 160 (22/01/2026) André Bazin, un poil (pubien) puritain, tu ne filmeras le sexe et la mort, d’accord, ne parvenait à séparer la nudité (godardienne ou non) de Brigitte Bardot de celle de ses personnages, comme incapable de comprendre qu’au cinéma, y compris pornographique, il s’agit toujours d’images, de représentations (donc de constructions individuelles, culturelles), de points de vue, jamais de chair promise à la poussière, à humer, goûter, toucher en (dans la) réalité. Auto-adaptation (et autofiction) d’occasion, comédie méta, satire poussive, Bad Director (Roelher, 2024) se moque du voyeurisme (hitchcockien ou onaniste), prend acte du cahier des charges de la moderne morale. Déjà responsable ou coupable, suivant le degré d’indulgence de la perspective critique, d’une traduction anecdotique ( Les Particules élémentaires , 2006), d’une évocation invalide ( Goebbels et le Juif Süss : Histoire d’une manipulation , 2010), d’un biopic insipide ( Enfant terrible , 202...

Adieu Anna

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  Exils # 132 (08/10/2025) Amour mineur ? Diptyque anecdotique ? Codicille inutile au révolutionnaire requiem de Rome, ville ouverte (Rossellini, 1945) ? Durant soixante-quinze minutes (30 + 45) de modeste tumulte, Roberto dit adieu à Anna, donc la recommande à Dieu, la transforme fissa en folle homonyme, solitaire en prière, insomniaque et enceinte. Neuf ans avant Le Bel Indifférent (Demy, 1957), monologue mimétique, d’une durée identique, d’après Cocteau idem , mais cette fois sans personne au téléphone, précédant de plus de soixante-dix la version d’Almodóvar ( La voz humana , 2020), Swinton s’y colle, L’amore (1948) d’abord adapte une pièce de 1934, s’écarte du théâtre, dès le premier plan se dédoublant. Rossellini filme et magnifie Magnani, au(x) miroir(s) et au lit, admirable et démolie, bien beau boulot du dirlo photo Robert Juillard, qui éclaira itou les ruines enfantines d’ Allemagne année zéro (1948), la restauration souligne sa « richesse...

Virez Willy

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  Exils # 118 (15/07/2025) Achab du Canada, Nolan, au patronyme explicite, alon ( e ) loin de Babylone, possède aussi son idée fixe, qui le possède et finit par le perdre, substitue au Queequeg d’ébène l’Indien lucide, pas du tout fou, de Vol au-dessus d’un nid de coucou (Forman, 1975). Lectrice de Melville, scientifique héroïque et enseignante « réchauffante », surtout du côté de la banquise, Charlotte Rampling formule et tamise l’anthropomorphisme, le mâtine d’une amère ironie : la mémoire sentimentale du mammifère « monogame » – dixit une bientôt unijambiste Bo Derek aux joues rondouillettes – et intelligent excède celle fameuse de l’éléphant, mais cette « quasi » humanité attribuée, remarquez les mimis mimines du fœtus foutu, participerait hélas du « réflexe le plus primitif » de l’espèce bipède, vive la vengeance et la violence, revoilà Peckinpah, éthologue du viol ( Les Chiens de paille , 1971). La femme fréquentable, deux fois rescapée, en coda...

Les Yeux sans visage

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  Un métrage, une image : The Headless Eyes (1971) Matrice apocryphe de Driller Killer (Ferrara, 1979) ? Plutôt petit opus pas si déplaisant, dépourvu de perceuse cependant, car accumulation d’énucléations. Le très obscur scénariste et réalisateur Kent Bateman, homonyme de Patrick, l’anti-héros de American Psycho , pareillement mythomane, supérieurement mélomane, portraiture un type en rupture, un artiste qui assassine, s’excuse de blesser, un créateur destructeur, vite envahi par un double à domicile. Voleur d’envapée, notre Arthur Malcolm se retrouve sans tarder éborgné, c’est-à-dire émasculé, pontifient les psys. D’une ville à la suivante, d’une côte à l’autre, de l’Ouest vers l’Est, il se transforme en somme en tueur en série, féminicides imaginés ou commis. Maniant voire magnifiant les miroirs de l’âme de ces dames, prostituée portée sur le lexique correct, politique, « streetwalker », mon cœur, actrice à l’audition de carnation, ménagère presque d...

Le Schpountz : Paradox

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    « C’est pas gai, mais ça peut le devenir » et à se souvenir, on respire…    Victime d’un mythe critique inique, dû en partie à des écrits de dramaturge pragmatique, en dépit de l’appréciation/réhabilitation du lucide André Bazin, parce qu’il le valait bien, Pagnol accomplit ici plusieurs réussites, en tant que dialoguiste, scénariste et, j’insiste, surtout cinéaste. Ce faux monologue mais vrai moment de « cinéma méta » magnifie Fernandel, homme apparemment peu estimable, Bourvil opine, mais acteur incontournable, n’en déplaise au falot Truffaut, qui bouleverse(ra) aussi en bossu, via les origines « angéliques » de Naïs (1945). En plus de déployer un art poétique sudiste, in situ , bienvenu, Le Schpountz (1938) redécouvre le Paradoxe sur le comédien de Diderot, voire de Rostand la tirade nasale de Cyrano , à l’occasion d’une décollation prétexte à l’exposition de multiples « expressions ». S’il sait se moquer du cyni...

Thérèse Desqueyroux

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  Un métrage, une image : Thérèse Raquin (1953) Filmé de façon académique, car Carné en pilotage automatique, cette adaptation presque pirate, due à l’impeccable Spaak, du gros mélo du moralisateur Mimile, lui-même a priori traumatisé par Le Chat noir de Poe, ne s’avère vite « un grand film », n’en déplaise au fidèle André Bazin , tant pis pour le prix vénitien, démontre donc les limites anémiques d’une « tradition de la qualité » bientôt malmenée, fiasco selon Truffaut. Si la forme morne pourrait matérialiser l’asphyxie du récit, elle invite avant tout à respirer l’air de l’extérieur, du mouvement, de la vitalité, Nouvelle Vague ou non. Simone Signoret traverse en somnambule, guère concernée, visage fermé, une histoire de (roman de) gare, un vaudeville dramatique, interminable et néanmoins à la va-vite, où la fatalité, surtout motorisée, se substitue à la culpabilité, aux fantômes et fantasmes d’un couple illico , en duo, suicidé. Le cinéaste ne (nous...

Les Choses de la vie : Intersection

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  Absence de ceinture de sécurité, impact décuplé… On le savait avant Deleuze, l’image de ciné, oui ou non sonorisé, manifeste du mouvement, du temps, mais pas seulement, en outre elle rend émouvant le premier, elle développe ou réduit le second en durée. Les métrages se soucient aussi d’espace(s), de paysages, de visages, de carambolages ; ils multiplient en plus les paroles et les points de vue. Tout ceci se discerne, s’étudie, dans une scène célèbre des Choses de la vie (Sautet, 1970). Le même événement, un routier, rural accident, trois véhicules impliquant, s’y déroule à deux reprises, en replay similaire et cependant différencié. Le camionneur magnanime, rétif à charger la victime, concède un « il roulait à sa vitesse », ainsi résume le rythme et affiche le subjectif. En gris, blanc, rouge, remarquez les couleurs des carrosseries, sans feu rouge, surgit une tragédie ressentie au ralenti. Cette leçon de cadrage, de découpage, de montage, de minutage, en sus ...

Les Griffes de la nuit : Sur la transformation de La Féline

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Sa « souris » ne lui sourit, le surplombe au-dessus de sa tombe… D’une métamorphose à la suivante : après Le Loup-garou de Londres (John Landis, 1981) et avant The Thing (John Carpenter, 1982), (re)voici Nastassja Kinski, protéiforme héroïne de La Féline (Paul Schrader, 1982). Du cinéaste/scénariste/essayiste, on sait l’admiration pour Bresson ; on la visualise ici, pas seulement via l’image infra , reproduisant la rencontre pénitentiaire, salutaire, de Pickpocket (Robert Bresson, 1959), d’ailleurs déjà digérée par la coda de  American Gigolo (Schrader, 1980). Tandis que Landis & Carpenter, escortés par Rick Baker & Rob Bottin, choisissaient le show off , assumaient une merveilleuse monstruosité, Schrader reste à distance, en retrait, retrouve Lewton & Tourneur par une voie détournée, disons a contrario de la doxa critique. Certes, on passe aussi, leçon de la pornographie, désormais domestique, virus privé des « films de fesse...

Fenêtre sur cour : Lisa et le Diable

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Le chic, l’éthique, la mosaïque, la musique… Il n’y a pas que des chansons d’amour Sous le soleil de tous les jours Pauline Ester, Une fenêtre ouverte Last night a D.J. saved my life from a broken heart Last night a D.J. saved my life with a song Indeep Avant tout territorial, sinon provincial, cependant mondial, pour des raisons géographiques, historiques, stratégiques, cf. le mythe fondateur de la Frontier , le cinéma américain s’enivre de hom(m)e invasion , envahissement masculin d’un domicile féminin, donc équivalence d’évidence du vol et du viol very seventies , envisagez par exemple Les Chiens de paille (Sam Peckinpah, 1971) ou Un justicier dans la ville (Michael Winner, 1974), ersatz de westerns à scandale. Toutefois Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock, 1954) innove, « donne à voir », locution de saison, lexicale, estivale, cette fois-ci une woman invasion  : l’élégante et intrépide Lisa s’introduit dans la tanière du taciturne et ...

Comment utiliser son temps libre ? : Où est la maison de mon ami ?

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Tutoriel « à la truelle » ? « Travail manuel » sensuel. Comment peindre une porte, mais aussi, surtout, comment faire un film ? Comment utiliser son temps libre   ? (Abbas Kiarostami, 1977) répond en dix-sept minutes pédagogiques, poétiques, ludiques, lucides, désormais connotées par le foutu confinement. Le spectateur admirateur du Goût de la cerise (1997) et Le vent nous emportera (1999) y découvre, à domicile, deux adolescents, eux-mêmes à la maison, en train de « s’emmerder comme des rats morts », mine de rien iraniens. Leur père désespère, trop pauvre pour se payer les services d’un placide professionnel ; qu’il se rassure, le cinéma existe, spécialement, là-bas, celui d’État, d’institution éducative spécialisée, alors la leçon devient une démonstration, suscite l’émulation. On le sait, l’oisiveté verse vite vers le vice, occidental ou oriental, donc rien de mieux que se servir de ses mains, constater ce qu’elles peuven...