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Affichage des articles associés au libellé Keyvan Sheikhalishahi

Cachez ce bassin que je ne saurais revoir

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  Exils # 160 (22/01/2026) André Bazin, un poil (pubien) puritain, tu ne filmeras le sexe et la mort, d’accord, ne parvenait à séparer la nudité (godardienne ou non) de Brigitte Bardot de celle de ses personnages, comme incapable de comprendre qu’au cinéma, y compris pornographique, il s’agit toujours d’images, de représentations (donc de constructions individuelles, culturelles), de points de vue, jamais de chair promise à la poussière, à humer, goûter, toucher en (dans la) réalité. Auto-adaptation (et autofiction) d’occasion, comédie méta, satire poussive, Bad Director (Roelher, 2024) se moque du voyeurisme (hitchcockien ou onaniste), prend acte du cahier des charges de la moderne morale. Déjà responsable ou coupable, suivant le degré d’indulgence de la perspective critique, d’une traduction anecdotique ( Les Particules élémentaires , 2006), d’une évocation invalide ( Goebbels et le Juif Süss : Histoire d’une manipulation , 2010), d’un biopic insipide ( Enfant terrible , 202...

Deux moi : Agnès Godey au miroir du métier

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La vie d’Adèle ? L’avis d’Agnès… Ne faites pas de photos, s’il vous plaît. Non, je suis une comédienne, vous savez, je sais faire des trucs bien. Ça, ici, je le fais pour bouffer, c’est tout, alors ne faites pas de photos. S’il vous plaît. Ne faites pas de photos. Romy Schneider, L’important c’est d’aimer (Andrzej Żuławski, 1975)   1.       Méthodologie sans Stanislavski Son prochain projet, à l’intitulé très républicain, rappelle Les Enchaînés (Alfred Hitchcock, 1946), sa blondeur rime bien sûr avec celle de Grace Kelly, Kim Novak, Janet Leigh, Tippi Hedren, classement chronologique, quatuor historique, mais Agnès Godey, même joliment photographiée par Carlotta (Valdes, viva Vertigo  !) Forsberg, se devine, s’affirme femme libre, muse multiple, working actress audacieuse, malicieuse, généreuse. Dans Parfum de femme : Connaissez-vous Agnès Godey ? , j’esquissais son portrait plutôt énamouré ; dans Dommage q...

Nox : Effraction

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Fumer nuit à la santé, filmer embellit la nuit… En surface, ce troisième essai repose sur une astuce de scénario ; en profondeur, il illustre une polysémie de Gaffiot : nox signifie nuit, obscurité, par extension sommeil, mort, aveuglement, au propre, au figuré. Nox (Sheikhalishahi, 2019) ressemble à une réponse écourtée de moitié à Vesper (Sheikhalishahi, 2017), renverse la perspective, reformule le motif de la fuite psychique, de la cellule à domicile. Si l’aventure stellaire s’achevait sur une sorte de sérénité suicidaire, suicidée, le voyage immobile, en automobile, du sénateur trahi, ruiné, pas réélu après six ans d’exercice, le pauvre, se termine sur une note d’infernale ironie, un sourire de dérision en surplomb, une respiration de frustration, de liberté emprisonnée, empoisonnée, adroitement mixée/mise en valeur sur la bande-son. Auparavant avatar transgenre de Marat descendu au silencieux, Michelle ressuscite, surcadrée derrière sa vitre, sexy et sournoi...

Entendue : Christine

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Ni corbillard écarlate à la King & Carpenter ni pâtisserie historique à la Romy Schneider. And all men kill the thing they love,    By all let this be heard, Some do it with a bitter look,    Some with a flattering word, The coward does it with a kiss,    The brave man with a sword! Oscar Wilde, The Ballad of Reading Gaol My life has taken another turn again. The days can go on with regularity over and over, one day indistinguishable from the next. A long continuous chain. Then suddenly, there is a change. Travis Bickle, Taxi Driver Puisque le film débute par la fin, je ferai de même et je renouvelle mes remerciements pour sa confiance, mes félicitations pour son talent, à la généreuse Agnès Godey, qui me permit de le visionner en privé, en province, tant pis pour l’avant-première dans la capitale. Je crois qu’elle ne m’en voudra pas de rendre public mon avis sollicité, c’est-à-dire de mettre en valeur son travail et ...

Parfum de femme : Connaissez-vous Agnès Godey ?

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Agnes of God (le Thérèse de Norman Jewison) ? Agnès Godey, « trait pour trait », ou presque… Dans Vesper , juste avant qu’elle ne meure, son partenaire rugueux et malicieux (Götz Otto, naguère nazi pour Spielberg ou Oliver Hirschbiegel) semble humer son cou, placé derrière elle, tête levée, yeux fermés, en ange exterminateur captivé par son essence féminine, à l’instar du tueur en série esthète du Parfum de Patrick Süskind (adaptation illustrative par Tom Tykwer, d’après un scénario de l’auteur). La caméra, nul ne l’ignore, nul ne devrait l’ignorer, fonctionne en machine de mort, même (surtout ?) quand elle sublime, idéalise, « immortalise » ; elle capte à chaque fois, vingt-quatre fois par seconde, la trace (l’évanescence) d’un fantôme, le sillage (musqué) d’un corps transformé en image, en projection (double sens, mécanique et paranormal), en souvenir. Il faut du courage, de l’inconscience, une grande part de talent et une bonne mauvaise...