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Affichage des articles associés au libellé Séquences

Le Sang des innocents

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  Le jeune homme et la mort, la joie d’abord, les traumas encore…   I am walking through Rome With my heart on a string Dear God please help me Morrissey Six ans suivant Rogopag (1963), revoici Godard & Pasolini ; la séquence de La Contestation (1969) paraît pourtant un prolongement du documentaire à base de montage La Rage (1963), coréalisé puis renié en compagnie du meilleur ennemi Guareschi. Comme dans Le Petit Monde de don Camillo (Duvivier, 1952), Dieu prend la parole, mais avec Lui-même dialogue, car nul ne L’écoute, en tout cas pas le piéton pris en public presque surpris et précédé en travelling latéral motorisé. Tourné en été 1968, sillage de fameux événements du mois de mai précédent, le segment stimulant s’insère aussi au sein d’une anthologie au titre homonyme quasi , puisque l’on passe de La rabbia à Amore e rabbia . Situé, on le sait, du côté de la police prolétaire plutôt que de la bourgeoisie estudiantine révolutionnaire, le cinéaste a...

Flight Plan

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  Modèle de modernité, moralité de monstruosité… L’antidote à In t he Mood for Love (Wong, 2000) ? Davantage un ouvrage sur les images et les mirages. Dans l’avant-dernier segment émouvant puis éprouvant des Nouveaux Monstres (1977), coréalisé en compagnie de Scola & Monicelli, Risi leur laisse presque toute la place, petit précis de ciné muet très expressif, tout le temps éloquent, où à peine une poignée de répliques, unilatérales, répondent aux paroles ad hoc du double programme musical, aux informations à la télévision finales et fatales. Face aux interrogations du romantisme, le terrorisme conserve ainsi mystère et mutisme. D’une décennie à la suivante, les moyens de locomotion diffèrent mais demeurent mortifères, la virée en voiture ou le vol en avion se terminent idem au cimetière, Senza parole prolonge subito presto Il sorpasso (1962). S’il ne fanfaronne comme Gassman, présent ici aussi, qu’il évoque en vrai-faux sosie, Latin lover au charme de cheveux sombre...

Le Cobaye

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  « Too good to be true » ? Pas pris, pas vu, épris, bienvenu… Disons une dizaine d’années après, on réécoute donc l’increvable Can’t Take My Eyes Off You , pourtant, dans l’intervalle séparant The Deer Hunter (Cimino, 1978) de Conspiracy Theory (Donner, 1997), le voyage en effet infernal au Vietnam s’évanouit, puisque revoilà le projet MK-Ultra, Clinton succède à Nixon, l’amitié masculine autour d’un billard, de retour trop tard, se dissout en solitude, en séjour à l’asile. N’en déplaise à notre modernité très conditionnée, les complotistes ne racontent pas que des contes et des conneries, en tout si l’on en croit ce Complots quasi prophétique, au script signé Brian Helgeland, le cinéaste de Payback (1999), Mel se (la) ramène, surtout le scénariste du Cauchemar de Freddy (Harlin, 1988), L.A. Confidential (Hanson, 1997), Créance de sang (2002) ou Mystic River (2003), tandem d’Eastwood. Gibson s’y prend un peu pour le Robert De Niro de Taxi Driver (1976), autre satire s...

Tant qu’il y aura des hommes

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  Inertie ou énergie, jadis ou aujourd’hui, un et un ou cinq contre un…   Souviens-toi : dans Victor Victoria (Edwards, 1982), Garner, lui-même vrai-faux gangster , réaffirmait sa masculinité (peu) menacée, parmi le « gay Paris », ses travestis, grâce à une grande bagarre. Dans Nobody (2021) et Invincible (2015), la virilité se donne à voir, pareillement, différemment. Le Zampano de Federico s’effondrait in fine ( La strada , 1954) ; le Louis Zamperini d’Angelina Jolie résiste, la lourde poutre hisse, crie de rage, dévisage l’adversaire, ne se laisse faire, même à terre, gagne le duel inégalitaire, son calvaire vite devenu spectaculaire, populaire, en plein air. Une trentaine d’années après Furyo (Ōshima, 1983), revoilà un combat, encore entre un Anglais, un Japonais, Miyavi autant musico que Sakamoto, à l’homoérotisme modéré, non plus improbable et impossible baiser pédé, mais onirisme de souvenir ensoleillé, paradis perdu du prisonnier battu, pas...

Le Portrait de Dorian Gray

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  Conte comique, d’esthétique et d’éthique… « One man. One masterpiece. One very big mistake » affirme l’affiche. Les psys apprécient : l’homme en somme semble un enfant trop grand, le chef-d’œuvre vandalisé, à l’insu de son plein gré, dissolvant à éviter, CQFD, s’appelle en sus La Mère de Whistler , tout ceci sent ainsi l’acte manqué maternel, le complexe d’Œdipe à la truelle, de peintre en bâtiment, évidemment. Au côté de l’excellent Rowan Atkinson, croisé naguère chez Kershner ( Jamais plus jamais , 1983), Roeg ( Les Sorcières , 1990), Abrahams ( Hot Shots 2 , 1993) ou Kerr ( Johnny English contre-attaque , 2018), surprenant et impeccable Maigret à la TV, on reconnaît Peter MacNicol, déjà là au sein de SOS Fantômes 2 (Reitman, 1989), autre histoire de tableau à rendre marteau, moins emblématique, plus maléfique, aussi peu humoristique, où il incarnait encore un conservateur de musée dépassé, téléguidé, style Renfield, par un étrange étranger. Remarquez illic...

Le Maître de marionnettes

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  L’éclairante obscurité d’une délicate destinée… Mais un jour je vivrai mes chansons Poupée de cire poupée de son Sans craindre la chaleur des garçons Gall & Gainsbourg Quarante ans auparavant, les créatures de ciné décédaient, aussitôt ressuscitaient, surtout selon E.T. et ici. Spielberg pratique le pathétique, le chaud, le froid, le rouge, le blanc ; Henson & Oz optent pour autre chose, l’épique, l’héroïque, le tragique, puisque sacrifice offert au milieu d’une cérémonie d’éternité coordonnée, contrariée. À chacun son éclat coloré, de cœur déployé à l’intérieur de toute la petite poitrine, métaphore du film, de cristal malade, cassé, à surplomber, à compléter. Afin que la prophétie messianique s’accomplisse, il faut que s’effondre la gracieuse héroïne, que la claire lumière solaire, en trois exemplaires, traverse le triangle un brin utérin, alignement de renouvellement, magnifie et purifie le bloc à bloc phallique, sis à proximité d’un puits fatidique, don...

Quand Harry rencontre Sally : Les Jouisseuses

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  La preuve et l’épreuve, les sens et le sens, l’orgasme et l’organe… « How do you know? » demande, à deux reprises, la dérangeante, mais amusante, Meg Ryan, au pertinent partenaire, Billy Crystal comme le cristal encore clair, comprendre, erreur totale, trop sûr de ses capacités de (sur)mâle. En 1989, Rob Reiner filme un mec et une meuf, ne filme rien de neuf, se repose (et impose), un peu, sur le duo sans défauts, ou alors, le sert au mieux, souvenir heureux, le point de vue suivant, sévère ou indulgent, immortalise, in extremis , sa marrante maman, réplique remarquable et remarquée, de coda incluse, selon une sorte de « scène primitive » inversée, non plus surprise, ou représentée, par les enfants, puisque, à présent, proposée aux parents, carrément aux clients. Au sein, tout sauf malsain, d’un delicatessen serein , certes assez éloigné de l’homonyme satirique de Marc Caro & Jean-Pierre Jeunet ( Delicatessen , 1991), la lucide Sally, en sourdine ulcéré...

Furie + Scanners : Brainstorm

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  Filmer signifie s’identifier ; démonstration-détonation… À base de destin un brin œdipien, au cœur du complotisme martial ou médical, Furie (1978) et Scanners (1981) affichent un motif similaire – la puissance de la pensée – mais le (mal)traitent de façon différente : Brian De Palma opte pour l’opéra, David Cronenberg reste sur sa réserve. On assiste ainsi à deux duos de crescendo en stéréo, qui doivent une part de leur saveur, de leur valeur, aux paires Amy Irving & John Cassavetes, Michael Ironside & Louis Del Grande. Chambre à coucher, à contre-jour éclairée, de « père truqué », à la Philip K. Dick, d’Électre relookée, en effet furieuse, « furie », reflet d’Érinye, amphithéâtre de patraque spectacle, au public mis en abyme, assemblage de spectateurs spécialisés aussi sidérés que ceux du ciné, mensonges aux mouchoirs, d’épaule où pleurer, monologue ironique, cela risque de faire mal, attendez la suite, il s’agit d’un jeu dangereux, d’un...

L’Enfant à la voix d’or + Piaf : Respect

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  Oiseaux en stéréo, « précarité » repoussée au micro…   Après la parole suprême ( Ordet , Carl Theodor Dreyer, 1955), la « voix humaine », en écho, à la Cocteau, se donne à voir et à entendre, se met en scène et se médiatise, devient vite un vecteur poétique et politique ( L’Enfant à la voix d’or , Antonio del Amo, 1957 + Piaf , Guy Casaril, 1974). Via un vocaliste franquiste, une maman avec enfant, elle identifie l’individu, sur scène, dans la rue, l’expose au public, aux parents, aux habitants, aux femmes à leurs fenêtres, monnaie lancée de modeste gynécée. Elle crée par conséquent du « lien social »,   musical. La musique, ici, adoucit l’humeur des auditeurs, amenuise provisoirement le malheur. Il s’agit ainsi d’un miracle laïc, d’une épiphanie acoustique, instant d’apaisement, immobilité adoubée, l’oreille collée à la radio, ou sororité instantanée, aussi improvisée, à l’image du ramage, rappliquée illico . Si la technologie l’espace ...

Ordet : Le Prince de Jutland

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  Comment formuler/filmer l’ineffable ? Avec le maximum de familiarité… Une horloge morose, après arrêtée, relie ainsi ces extraits de Ordet (Dreyer, 1955). Pendant la première scène, la pendule à la Baudelaire s’accorde au dialogue domestique, métaphysique, le scande en sourdine, résonne aussi au sein du silence du studio, du vent en postsynchro, salut à Sjöström ( Le Vent , 1928), et l’on se souvient illico que Kim Novak dévoilera à vive et invisible voix de Vertigo (Hitchcock, 1958) sa persona , monologue mené, minuté, au métronome, au cours d’un second conte de cette fois-ci fausse résurrection, de femme affable, toutefois pas en cloque, en effet revenue « d’entre les mortes », titre d’origine et au masculin du bouquin un brin anodin de Boileau & Narcejac. Alors que l’oncle et la nièce, assis parmi la pénombre de la pièce, se font une impensable promesse, parlent de choses graves avec légèreté, complicité, bises bis , proximité poignante d’un adulte et...

La Cité de la violence : The Shooter

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  Décontraction, observation, conclusion, détonation… Charlie sourit plus ici que dans l’ensemble de sa filmographie, mais une menace méta, une menace de cinéma, envahit ses vacances avec Vanessa. Comme la victime, estivale aussi, du début de L’Inspecteur Harry (Siegel, 1971), le Heston de Bronson, prénommé Jeff, amitiés au Samouraï (1967) de Melville, idem tueur taciturne, flanqué d’une « femme fatale », surtout pour lui, suicide compris, se donne à voir au carré, à travers le viseur de celui désirant l’assassiner. Collaborateur régulier de Leone et en sus, déjà, de Sollima ( Le Dernier Face à face , 1967), puis de Valerii & Scola ( Mon nom est Personne , 1973 + Une journée particulière , 1977), le title designer Iginio Lardani suit le couple sous peu en déroute, je t’aime, moi non plus, je t’aime, je te/me tue, transforme le home en snuff movie, confère des couleurs psychédéliques,  so seventies , au petit exercice de tourisme morbide, effectué ...

Un drôle de paroissien : La Part des anges

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  Si l’habit ne fait le moine, le regard transforme le monde…   Mocky jamais ne se moqua de la foi, sans cesse de son commerce, avec évidemment l’acmé du Miraculé (1987). Mocky & Moury, co-scénariste attitré, signataire aussi de L’Affaire d’une nuit (Verneuil, 1960), transposent ici, en sa compagnie, un bouquin de Michel Servin, à l’intitulé latin : Deo gratias . Mocky confie le montage de ses images à Marguerite Renoir, qui travailla sur Snobs ! (1962), qui travaillera sur La Grande Frousse / La Cité de l’indicible peur (1964). Quant à la musique, rieuse ou religieuse, voilà Kosma. Dans Un drôle de paroissien (1963), on aperçoit le copain Jean Poiret, la compagne Véronique Nordey, on voit surtout Bourvil, acteur complice et docile, sans doute surpris du succès d’un film qu’il aida à financer, sans doute reconnaissant du (rem)placement (de Fernandel), dû à un certain Gabin. Face à l’aristocrate paresseux, dépossédé, pas à court d’idées, d’abord brebis éga...