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Affichage des articles associés au libellé Gérard Depardieu

La Belle et la Bête obsolètes

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  Exils # 86 (24/02/2025) Faut-il se méfier d’un film qui se termine sur une porte fermée ? Après les applaudissements du public aux cheveux blancs, riant souvent durant l’ensemble de la séance, on pouvait entendre « pas de violence » en remerciement, sinon en soulagement. Au siècle dernier, à une époque pas encore cadenassée par le moralisme de la nôtre, quoique, un critique, en l’occurrence Serge Kaganski des Inrockuptibles , qualifiait de « pétainiste » Les Enfants du marais (Becker, 1999), au grand dam du cinéaste le menaçant d’un procès. Tandis que le dernier éditorial de Positif , signé Yann Tobin, se félicite des auditions d’une commission présidée par Sandrine Rousseau, avec Rima Hassan la meilleure ennemie de Boualem Sansal, consacrée aux « violences et harcèlements sexistes et sexuels (VHSS) commis dans les milieux artistiques et médiatiques, notamment dans le cinéma et l’audiovisuel », se préoccupe de « représentation »,...

Cela n’est pas du cinéma

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  Exils # 14 (10/01/2024) Autrefois, à Carpentras, on empalait il paraît au parasol un cadavre par l’ anus , dixit l’affabulateur Laurent Fabius, mémorable et médiatique « manipulation » mitterrandienne, à base d’antisémitisme et d’antifrontisme. Trente-trois ans plus tard, l’extrême droite européenne – ne parlons pas de celle d’Israël – prospère, prolifère, une « profanation » de sémite cimetière fait figure de provinciale misère, face au massacre du Hamas et sa réplique apocalyptique. Tandis qu’au soleil satanique s’exterminent les meilleurs ennemis, avec un (im)prévisible machiavélisme, une absence de miséricorde forçant le respect sidéré de démocraties occidentales diplomates et pacifiées, encore préoccupées d’immigration, a fortiori d’inflation, d’économie et d’énergie, de climatologie davantage que d’idéologie, de consumérisme, de moralisme, une « SDF » y décède, « féminicide » attribué au froid, cela va de soi. Âgée d’une quarantai...

Fanny

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  Madame rêve, agit aussi, vit sa vie, ses envies, me ravit… Dans le jamais embrasé, « tant pis », Couleurs de l’incendie (Cornillac, 2022), Fanny Ardant , discrètement, brillamment, au creux d’un nocturne compartiment, meurt du cœur, dernière lumière, vitre humide : soudain surgit, au milieu de ma mémoire cinéphile, le souvenir de la Max(ine) de Mission impossible (De Palma, 1996), c’est-à-dire de la superbe et vilaine Vanessa Redgrave, déguisée en stratège de TGV. Auparavant, Ardant donne de la voix, doublée par la spécialiste Sandrine Piau, au château, en appartement, à l’opéra, on n’oublie pas qu’elle incarna, autrefois, une certaine Maria Callas, en master class , Polanski opine, ou dans l’impasse, Zeffirelli confirme ( Callas Forever , 2001), qu’elle narra un documentaire dédié à la cantatrice, proche de Pasolini & Onassis ( Maria by Callas , Volf, 2017). Adolf s’affole, le chœur a cappella , au piano recta , des « esclaves juifs » du Nabuc...

Love Story

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  Un métrage, une image : Le Tueur (1972) Échec critique et public, l’avant-dernier film de l’auteur des estimables Un taxi pour Tobrouk (1960), Le Bateau d’Émile (1961), Le Voyage du père (1966) ou Le Tatoué (1968), mérite d’être réexaminé, voire réévalué, car il donne à (re)voir, avec une livide lucidité, la France des années septante, glaçante, glacée, aussi son ciné. Coproduit entre ici, l’Allemagne et l’Italie – Éric Rochat reviendra via L’Affaire Dominici (Aubert, 1973), Histoire d’O (Jaeckin, 1975), scénarisera-réalisera sa vraie-fausse suite ( Histoire d’O, numéro 2 , 1984) –, coécrit par Pascal Jardin, parce que le dialoguiste fidèle le valait bien, éclairé en soft focus par Claude Renoir, bientôt au boulot à l’occasion d’une autre chasse à l’homme, pardon, à la dame ( La Traque , Leroy, 1975), les mecs abjects font des misères à Mimsy Farmer, musiqué par le Marseillais Hubert Giraud ( Sous le ciel de Paris , Duvivier, 1951), interprété par Blier ...

La Famille Addams

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  Un métrage, une image : Maison de retraite (2022) Co-écrit, co-produit, conduit par le principal intéressé, au demeurant guère intéressant, au propre, au figuré, alors au volant d’un autocar coloré, customisé, very gay , piqué aux mecs honnêtes de Priscilla, folle du désert (Elliott, 1994), Maison de retraite semble en surface se soucier de vieillesse, d’abus de confiance, d’adulescence, mais ceci se dissout, au profit de l’utopie. Face à la France d’Éric Zemmour, ses fractures, ses frontières, sa soif d’hier, voici celle du véhicule, sens duel, de Kev, qui cède à Platon sa caverne, qui opte pour une grotte, pain béni de psy, lieu bienheureux, débarrassé de la peur, de la culpabilité, ces conneries stériles, dixit l’ ex -boxeur doté d’un cœur, il entraîne, il teste, il meurt, dont le nom du personnage, Lino Vartan, rend donc un double hommage, aux ancêtres d’antan, Sylvie & Ventura, voilà, père et mère mythiques, symboliques, d’un orphelin en quête inconsciente, ...

Détective

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  Un métrage, une image : Une femme mariée (1964) Réponse à La Peau douce (Truffaut, 1964). Relecture de Hiroshima mon amour (Resnais, 1959). Modèle de Fragments d’un discours amoureux , édité en 1977. Barthes ? Beethoven. Nougaro & Vartan, Céline & Racine, Noël & Leroy. Printemps puis Peyrefitte. « Coiffeurs » guère blagueurs du diplomate Leenhardt. « Déportés » engrossis d’un certain « Monsieur Rossellini ». Sujets, objets. Couples, coupes. Hédonisme et adultère, le (détective) privé, le (dogme) publicitaire. « Scandale » et « Obsession », sandales et « compromissions ». Titres de chapitres, thèmes de monologues. Le masculin et le féminin, le « noir » et le « blanc », le positif parmi le négatif. Une piscine à photographe, à filles fines. À Orly un travelling , reflet du fauteuil (roulant, parce que peu de temps, d’argent) dans les vitrines. Du « présent » à consommer...

Marianne de ma jeunesse

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  Les mains d’Orlac ? La voi(e)x de Dorléac… La rumeur le murmure, les médias le démontrent : il convient d’éviter Catherine Deneuve, femme infréquentable, fielleuse, « odieuse », de surcroît inconditionnel soutien à son « pote » Polanski, donc à sa « pédophilie », méfiante face à une forme de féminisme en ligne, farouche au sujet du « mariage pour tous ». Cependant les saintes n’existent pas, à part du côté de Calcutta, et encore, elles n’intéressent, elles laissent perplexe, en tout cas l’incontournable Catherine mérite mes quelques lignes magnanimes, voire admiratives. Un chouïa chanteuse, en sourdine diariste, symbole du ciné français, sinon de sa nation, citoyenne signataire, star insubmersible, même malmenée par un humoriste droitiste, Laurent Gerra l’associe à Paris, c’est-à-dire « toujours en travaux », sinistre rigolo, philanthrope pas si interlope, très récompensée, en résumé adulée, détestée, Deneuve s’avère ...

Balzac et la Petite Tailleuse chinoise : Honorer Honoré

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               « Qualité française », à l’aise ou malaise… Eugénie Grandet (Xavier Giannoli, 2021) puis Illusions perdues (Marc Dugain, 2021) ne devraient guère déplaire à Jacqueline Waechter, cependant, de Balzac à nouveau adoubé, adapté, cette double dose interroge. Tandis que Mon petit doigt m’a dit… (2005), début de sa trilogie jolie, suivi du Crime est notre affaire (2008), Associés contre le crime… (2012), d’après l’increvable et vénérable Agatha Christie, connaissait un certain succès, Bertrand Blier, de Canal+ invité, taclait Pascal Thomas, « on en est là », oui-da. Dans le cas qui nous occupe, un peu nous préoccupe, le passé paraît sans cesse (re)présenté, puisque Balzac au cinéma ne date pas d’hier, plutôt du temps des Lumière, de celui d’Alice Guy la pionnière, donc, par corrélation, de Léon Gaumont ( La Marâtre , 1906). Lestée d’une bonne centaine de transpositions plus ou moins à la con, ...

Thalasso : Le Gros et le Maigre

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La référence et la vérité, les rillettes et le dentier, le rire et la réalité… Assez amusant, carrément inconsistant, Thalasso (Guillaume Nicloux, 2019) délocalise, développe et radote L’Enlèvement de Michel Houellebecq (Guillaume Nicloux, 2014). Sur fond d’autofiction, de chronique en Scope, de remise en forme, de remise aux normes, celles de l’hygiénisme moderne, nique la nicotine, inspiratrice sevrée, substituée à l’absinthe de Baudelaire, l’écrivain croise (le couloir) la voie (et la voix) de l’acteur de The End (Guillaume Nicloux, 2016), enfin sorti de sa forêt, ouf. Michel & Gérard dans le même bateau, le spectateur tombe à l’eau ? Presque, puisque s’enchaînent les saynètes, assemblées de manière linéaire, les deux lignes narratives principales, la cure impure, le couple en déroute, finissant évidemment par se rencontrer, sinon se contaminer. À Cabourg, mon amour, on coule des jours moins tranquilles qu’à Clichy, en tout cas en mode Henry Miller, on y baise b...

Lady, Stay Dead : Fish Tank

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  « Animal » bancal, obsession en immersion, sœurette circonspecte, motard trop tard. Jeu du chat et de la souris cruel, au carré, transposé en Australie : un jardinier esseulé espionne, viole, étouffe dans un aquarium une chanteuse hargneuse doublée d’une starlette de publicité, ersatz de Sheena ; peu après, il s’en prend à sa sœur au cours d’un survival domestique. Le body count compte itou un voisin, son chien, deux flics en renfort, merde alors. Gordon Mason, moins invalide que le Perry homonyme, ne chôme pas, tel Attila, ni l’herbe ni l’être ne repoussent ensuite, canicide et incendie compris. Le mélodrame, sens étymologique, se déroule dans une villa maritime immaculée, reculée, baptisée d’Este. En début de journée, gros soleil à peine levé, la petite princesse à sévices plonge à poil, au ralenti, vers sa piscine translucide où se débattront plus tard, de nuit, l’agresseur et le policier. La callipyge Deborah Coulls, dotée d’une certaine ress...

Mauvaise foi : Croire au cinéma

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Brèves ténèbres en sept stations – mon Dieu, pourquoi crois-tu en moi ? 1 Intuition matinale : le cinéma comme art chrétien. Chaque projection une résurrection. Chaque salle banale un tombeau mystérieux. Épiphanie du film. Transcendance de l’immanence. Mystique du mécanique. Culte laïc de la cinéphilie. Les critiques en cousins de Caïphe. Les actrices en émules de Marie-Madeleine . Le réalisateur et ses miracles ou son calvaire. Le producteur tel un petit Ponce Pilate. L’équipe composée de disciples. Les distributeurs et les exploitants successeurs des marchands du Temple. Herméneutique des métrages. Anciens scénarios du Nouveau Testament. Dolorisme et mélodrame de l’imagerie horrifique. En vérité dite, quoi de plus épouvantable qu’une crucifixion ? Une décollation, peut-être, par exemple celle de saint Jean-Baptiste. Cérémonie à domicile ou désormais nomade. Liturgie du streaming . Prosélytisme du divertissement désolant. Évangiles des imbéciles. Amen de l’amnésie. ...