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Affichage des articles associés au libellé Ida Lupino

À l’ouest d’Éden

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  Exils # 104 (23/04/2025) Adieu aux Doors et à leur Moonlight Drive , voici donc le méconnu Midnight Ride (Bralver, 1990). Sans doute la production Cannon comptait capitaliser sur le solaire Hitcher (Harmon, 1986), mais elle évoque davantage Le Voyage de la peur (Lupino, 1953) et La Proie de l’autostop (Festa Campanile, 1977), même délestée de l’intensité du premier, de la rudesse du second. Sauf celui de cinéphile Italie, tous ces titres ne pouvaient naître qu’en nordiste Amérique, pays de l’espace, patrie du road movie , paranoïa du piéton, victoire de la voiture, en Australie aussi, disons pour d’identiques raisons, on renvoie vers Mad Max (Miller, 1979) et Road Games (Franklin, 1981). Certes le parcours convenu de cette histoire d’un soir de couple en déroute sur la route face à un fêlé « de retour au bercail », direction l’hôpital, périlleux périple à la Ulysse, au picaresque funeste, ne surprend personne, en dépit d’un épilogue en ascenseur et fauteuil, tu...

Le Cerveau

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  Un métrage, une image : Le Quatrième Homme (1952) L’intitulé français évoque Verhoeven ( Le Quatrième homme , 1983), toutefois Kansas City Confidential ne comporte aucun écrivain crucifié en culotte écarlate, même s’il s’agit aussi d’un récit de rédemption. Produit par Edward Small ( Marché de brutes , Mann, 1948), réalisé par Phil Karlson ( tandem de Matt Helm , en 1966 et 1968 puis Ben , 1972), cinéaste estimé d’un certain Scorsese, coécrit par Harry Essex ( Le Météore de la nuit , L’Étrange Créature du lac noir , Arnold, 1953, 1954), éclairé par le DP George E. Diskant ( The Bigamist , Lupino, 1953), pourvu d’un casting choral irréprochable, flanqué d’un Mexique fictif, matrice apocryphe de L’Affaire Thomas Crown (Jewison, 1968), voire de Reservoir Dogs (Tarantino, 1992), tombé dans le domaine public, disponible en ligne en VF vintage , ce métrage dégraissé, pas désossé, carbure au braquage d’entrée, fi du fleuriste floué, aux masqués le million en billets, l...

Frozen

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  Un métrage, une image : Nightfall (1957) L’ opus poétique et politique s’avère vite une évidente réussite, jadis passée inaperçue, désormais adoubée, reconnue, même admirée d’Ellroy, allez. Cinéaste subtil et stylé, Tourneur met en valeur un scénario écrit au cordeau, Silliphant ( Le Village des damnés , Rilla, 1960) ici en lecteur + adaptateur du roman de Goodis le grand. Avec son trio à bravo, Ray à la voix voilée, Keith à la courtoisie d’utopie, Bancroft contre, tout contre, les coups de crosse, avec ses Los Angeles de détresse, de tendresse, Wyoming magnanime, Nightfall nous dit que tombe la nuit, le soleil se lève, la neige piège l’innocence, le départ conduit vers la délivrance. Plutôt que de Ray & Lupino ( La Maison dans l’ombre , 1952), on se souvient de Cimino, du  Canardeur (1974) illico , autre item de banque braquée, de paquet (de billets) à récupérer, d’écoulé calendrier, l’église à l’école substituée, de couple en (dé)route, d’Amérique (no...

The Ward

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  Un métrage, une image : Behind Locked Doors (1948) La matrice apocryphe de Shock Corridor (Fuller, 1963) ? Pas d’accord, car le cinéaste et les scénaristes, dont le Martin Wald de La Cité sans voiles (Dassin, 1948) et Outrage (Lupino, 1950), ne se soucient de sociologie, d’insanité généralisée. Les cinéphiles gay  friendly souligneront, nous nous en doutons, la dimension homoérotique de la masculine clinique, possible présage des célèbres westerns portés par Scott & consorts. Nonobstant, Boetticher aborde ce script symbolique, à base d’apparences trompeuses et judicieuses, avec style, le transcende ainsi. Le couple d’occasion s’épousera pour de bon, le juge injuste, faux malade, vrai coupable, passera du cabanon à la prison, la célébrité, la récompense, se verront vite supplantées par la sincérité de la romance, le renversement du motif poussif de la « demoiselle en détresse » : le privé paupérisé, assommé, devra sa (sur)vie, son sauve...

Olivia : Le Vice et la Vertu

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jacqueline Audry. Si le reste ressemble à ceci, il convient de vite (re)découvrir la filmographie de Jacqueline Audry. Disons-le d’emblée, puis passons à plus intéressant : la principale intéressée, jadis puissante, ensuite renversée, pas uniquement via la Nouvelle Vague, destin de réalisatrice doublant « l’absence » de la directrice, la vie imite l’art, vous allez finir par le savoir, se voit désormais adoubée par le lobby LGBT, fissa transformée en figure pure mais obscure du fatigant féminisme. Projetée en festival spécialisé, dénommé « de films de femmes », fichtre, son parcours, supposé exemplaire, repeint par des expertes portées sur les « études genrées », elle mérite mieux, elle n’appartient à personne, elle s’adresse aussi et heureusement aux hommes. N’en déplaise aux déplaisants communautaristes, aux thuriféraires de l’identitaire, à ceux et surtout à celles qui classent, cassent, cadenassent, qui, ...

Dream No Evil : Amazing Grace

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Perfection finement fêlée, pépite dépourvue de plébiscite… Le dernier mot de l’ultime carton de Shiraz (Franz Osten, 1928) transformait le mausolée en « rêve » réalisé ; Dream No Evil (John Hayes, 1970) s’ouvre sur un cauchemar et s’apparente ensuite à un songe dépressif, au creux duquel retrouver deux couples dédoublés, opposés, même si, cette fois-ci, l’héroïne ressemble à un « ange » exterminateur, au sol et en hauteur, à une demoiselle sudiste, préraphaélique, gothique, névrotique, non plus à une inspiratrice suprême, indienne, décédée. Gamine, Grace n’arrive pas à dormir, l’orpheline effraie ses camarades, les fait se marrer, fait courir sa directrice réaliste, ton papa ne reviendra pas, ne t’emmènera pas loin de tout ça. Devenue adulte, elle porte à contrecœur un costume mettant sa sculpturale silhouette et son irrésistible rousseur en valeur. Accompagnée par un piètre pèlerin prêcheur supposé faith healer , les sous-titres traduisent d’un éso...

Susan Slept Here : Debbie Does Dallas

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Délicieuse-dédoublée Debbie… In memoriam of Carrie Fisher Un oiseau de (Vanessa) paradis relooké par (Jean-Paul Goude) Héctor Babenco ? Davantage un « dream ballet » en forme de moralité. Pas encore incarcérée par décence de policier, par magnanimité de Noël, Susan Landis déboule au domicile de Mark Christopher, scénariste US   oscarisé, pourtant incapable de rédiger un récit au sujet – d’actualité, au ciné, cf. La Fureur de vivre , Nicholas Ray, 1955 ou Graine de violence , Richard Brooks, idem – de délinquance juvénile et, rapetissée, se met à rêver… d’une cage, à défaut d’une cellule, annonçant, bien sûr sans le savoir, les déboires molto cosmiques, poétiques, philosophiques, de L’Homme qui rétrécit (Jack Arnold, 1957). La mineure vient d’assommer un marin, alors elle « déplace », terme freudien, elle déguise son logeur de malheur puis de bonheur, mécanisme (d’attraction/répulsion) commun de la comédie sentimentale américaine, d’abord agi...

Détour : Doom

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Indy et son Temple of Doom  ; Al et son Euménide guère magnanime… À côté de Détour (Edgar G. Ulmer, 1945), Le facteur sonne toujours deux fois (Tay Garnett, 1946) confine à la comédie ; face au damné Tom Neal, John Garfield se déguise en gagnant et comparée à la bien nommée Ann Savage, Lana Turner se métamorphose en bonne sœur. Un « film noir » ? Une « femme fatale » ? Je me gausse des genres, je me fous des figures : Détour décrit un enfer miniature, dont la radicalité ne laisse pas de séduire ni de sidérer. Au sortir de la guerre, on devrait, victorieux, s’égayer, se divertir, « boire un verre », « manger un morceau », écouter une chanteuse heureuse au cabaret du coin, hein, de surcroît papoter avec le premier venu, supporter qu’il choisisse sur la machine du resto ce morceau, aussi maudit que la rengaine autant mémorielle de Casablanca (Michael Curtiz, 1942). Pour vous dévoyer du chemin de votre choix, vou...