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Affichage des articles associés au libellé Georges Méliès

Le Vol du grand Edwin

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  Exils # 56 (18/10/2024) Trois titres, trois trains, trois tons : A Romance of the Rail , The Great Train Robbery , What Happened in the Tunnel , tous trois de 1903, savent conserver leur vitalité, manient le matte et l’humour, persistent à dire quelque chose de peu morose des États-(dés)Unis d’aujourd’hui. Dans le premier, un couple impeccable papote sur un quai déserté, ensoleillé, embarque, regarde et parle du paysage, même ici se marie, merci au cordial curé lui-même immaculé. In extremis , deux types descendent aussi, mais DE DESSOUS la machine, chapeautés, époussetés, clochards en costards. Dans le deuxième, très célèbre, une bande violente détrousse un chœur de voyageurs et se fait fissa flinguer en forêt, bien mal acquis – fichu fric – en effet ne profite. Dans le troisième, le plus court, d’actualité toujours, en tout cas du côté de la « racialité », de la « sororité », mots « marqueurs » de notre époque, deux jeunes femmes profiten...

MaXXXine

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  Un métrage, une image : Antrum (2018) La tente, l’attente, une forêt, des affolés, un opus posthume ou présumé « mortel » : moins malin que le tandem américain Myrick & Sánchez, le canadien Amito & Laicini séduit à demi. Plus méconnu, aussi indie , que le fameux et inoffensif Projet Blair Witch (1999), Antrum (re)connaît ses classiques, s’amorce selon un montage des ouvrages de Christensen, De Liguoro & Padovan, Méliès, démonologues du muet via votre serviteur ailleurs miroités. Encadré d’un documenteur dispensable et un peu racoleur, marketing malhabile muni d’une philosophie riquiqui sur le pouvoir mouroir de la peur, Antrum se met ainsi en abyme, associe sorcellerie et survie, trivial et fatal. S’il se situe au sein malsain du ciné spécialisé des seventies , en possède en partie le radical réalisme, l’essai réussi à moitié s’autorise à être réflexif, à carburer à la consolation et à la catharsis. Le conte pas con fait illico écho à Cu...

La Route des Indes

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  Un métrage, une image : Vingt mille lieues sous les mers (1916) Douglas, Lorre, Mason indeed dorment tranquilles, du grand sommeil éternel de leur classique instantané, insubmersible ( Vingt mille lieues sous les mers , Fleischer, 1954), la curiosité, coachée par l’incontournable Carl Laemmle, signée d’un scénariste/réalisateur démuni de renommée, dépourvu de peur, ensuite restaurée par UCLA, s’apprécie cependant en opus pionnier, plaisant, toujours généreux, jamais vieux jeu. Flanqué des frérots Williamson, manieur d’images sous-marines, concepteurs de pieuvre en plastique, chic, escorté du directeur photo Gaudio, du maestro Orlando Perez Rosso, Paton fusionne le roman homonyme et celui de la mystérieuse île, bien après adapté selon l’ item anecdotique mais sympathique d’Enfield (1961), merci aux monstres-merveilles de Harryhausen, à la musique magistrale de Herrmann. Commencé sur un miroir, terminé en humide mouroir, ce Vingt mille lieues sous les mers , surcentenair...

George de la jungle : Tristesse et liesse de Méliès

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur treize titres de Georges Méliès. Sa société disparaît en 1913 et le cinéaste décède en 1938 : à la double césure calendaire de mondial drame militaire s’associent vite un veuvage, le trépas de sa progéniture, celui d’un frère d’affaires, de conflit financier, à New York acclimaté, en Corse intoxiqué, en plus du piratage, du protectionnisme et des procès US, peste, de la ruine, du recyclage – films d’un fier fabricant de chaussures fissa transformés en talonnettes suspectes pour piteux Poilus, nul ne sourit de l’ironie – et du placard d’une gare, sucré, à jouets, impasse à Montparnasse, amnésie de l’industrie, précédant la retraite mutualiste du milieu en mutation et la coda d’un cancer , alors quasi octogénaire. Avec tout ceci, on n’espère, on désespère, on repense davantage qu’à Verne à Zola, oui-da. Mais Méliès, artiste lucide, artisan stakhanoviste, peu capable ou coupable de capitalisme, a contrario de Charlot, a...

La Femme sur la Lune : Le Gardien du manuscrit sacré

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Fritz Lang. Elles, dans le suave La faiblesse des hommes, elles savent Que la seule chose qui tourne sur Terre C’est leurs robes légères Alain Souchon La Femme sur la Lune (1929) débute dans l’escalier de M le maudit (1931), se poursuit dans le bureau des Espions (1928), passe par la chambre à coucher du Tigre du Bengale/Le Tombeau hindou (1958-1959), puis s’achève sur la plage des Contrebandiers de Moonfleet (1955), justement, boucle bouclée avec le satellite sélénite, chic. Il s’agit, par conséquent, d’un film de Fritz Lang, d’une leçon d’astronomie, de géométrie, de cinématographie, où chaque putain de plan puissant stupéfie par sa capacité d’émerveillement, sa rigueur arithmétique. Voilà Lang en alter ego de l’entrepreneur du récit, voire l’inverse, les plans de la fusée mettent en abyme ceux du ciné. L’architecture radicale du métrage annexe un mobilier daté, localisé, carrément alleman...

Intérieurs : Hantise du studio

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Woody Allen sous influence bergmanienne ? Disons davantage dichotomie désuète. Oui, c’est le lieu. Shoah On le sait, le cinéma commença par s’enfermer, par retourner à l’utérus de la scène (musicale, primitive, cf. les bandes au bordel) : Edison érigea son Black Maria, surnom de dérision, de fourgon de flic, puis Méliès, presque par opposition, sa verrière à Montreuil. Les Lumière préférèrent le grand air, usine personnelle à Lyon, gare sudiste de La Ciotat, voilà. Bien sûr, la différence ne se situe pas seulement au niveau de l’ascendance, le Cinématographe, avec sa vraie forge et ses vrais forgerons, nom de nom, en rupture directe, documentaire, pas encore documenteuse, quoique, avec le théâtre, le vaudeville. En 1895, le monde lui-même devient une scène, ancienne orthodoxie shakespearienne, et des employés, des touristes, des classes sociales dissociées, se réinventent en acteurs du réel, oxymoron de saison. Si le studio, sombre ou transparent, permet le contr...

La Dernière Séance : Le Cinéma au cinéma

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Poe philosophait sur l’ameublement ; en équilibre sur un accoudoir grenat, des remarques sur l’espace cinéphile… Le monde ne suffit pas, jamais ne suffit ni ne suffira. En ce début de nouveau millénaire, les ombres de la caverne platonicienne continuent à s’animer. Certes, nous ne les prenons plus pour la réalité, mais de toutes nos forces désabusées, nous voulons être abusés, de tout notre cœur politique brisé, nous souhaitons avec impatience qu’elles s’y substituent. « C’est le lieu » affirme le laconique chauffeur de la locomotive du génocide, et la cartographie spectrale du désastre établie par Lanzmann, malgré ses neuf heures épuisantes en rime aux neufs mois de gestation de la bête immonde, malgré ses rediffusions TV au-delà de minuit, le créneau idoine des films d’horreur et de la pornographie, ne peut se dérouler qu’ici. De quel lieu parle-t-on exactement ? Le lieu des fantômes, la matrice-tombeau d’Artaud, aux sièges profonds ...