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Affichage des articles associés au libellé Markus Schleinzer

Old Boy

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  Un métrage, une image : Black Phone (2022) Comme les contes, les films horrifiques carburent à la catharsis, purgation des passions, terreur + pitié par procuration éprouvées. Ce Petit Poucet piégé du siècle dernier s’appelle Finney, va devoir survivre, au sous-sol insonorisé, au tour atroce que lui joue un magicien malsain, au van de ravisseur, aux ballons d’ébène. S’il ne possède pas une once de suspense , on devine vite que le sportif à batte, victime de violences scolaires, en compagnie d’un ami, de sa sister solidaire, s’en sortira, thérapie de choc pour triple trauma , car en plus orphelin de mère, pourvu d’un père démissionnaire, le jeu dangereux se suit sans ennui, certes lesté de jump scares à la con, disons d’un gros quart d’heure trop long. Produit par la redoutable Blumhouse, société spécialisée dans la production de bouses maousses, Paranormal Activity et compagnie, hélas à succès, le dernier essai de Scott Derrickson, himself natif de Denver, fichtre,...

Les Invisibles

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  Un métrage, une image : I See You (2019) Un film de cinéaste, pas souvent, pas assez, pléonasme ? Un film de scénariste, pourrait-on formuler, en l’occurrence celui de l’acteur Devon Graye, coup d’essai, coup point raté. Le prologue, avec son ado à vélo, sa ruralité pasteurisée, petites chutes d’eau, long pont à étoilés drapeaux, en drone survolée, laisse déjà deviner un certain malaise, gaffe à la forêt, au vol improvisé. Soudain surgit le visage vieilli de Helen Hunt, psychiatre patraque, mère adultère, « briseuse de famille qui dois payer pour ton crime », lui crache en rage, au petit-déjeuner, son grand garçonnet, les fraises et les pancakes provoquent ensuite chez le mari flic une colère similaire, par la fenêtre fermée passe aussitôt le cellulaire. Du thriller pédophile, on passe peut-être au suspense fantastique, suppute le spectateur sans peur, de se tromper, d’être (dé)trompé, puisque une présence se ressent à l’intérieur de cette maison tout ...

Il était une fois un meurtre : L’Ami retrouvé

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Voir, ne rien voir, succomber, résister… The air is so heavy and dry Strange voices are saying (What did they say?) Things I can’t understand Bananarama Bien sûr, on ne peut pas ne pas penser à Memories of Murder (Bong, 2003), influence assumée de cinéaste méconnu, au Sang du châtiment (Friedkin, 1987), cf. la fête foraine funèbre, à M le maudit (Lang, 1931), nationalité commune, mais Il était une fois un meurtre (Odar, 2010) ne saurait certes rivaliser avec ces prestigieux prédécesseurs. Il s’agit davantage d’un exercice de style en widescreen , qui frise parfois le luxueux téléfilm, le mélodrame classé sociétal, diffusion du vendredi soir sur chaîne franco-allemande. Titre taciturne dont l’intitulé français, outre adresser un clin d’œil au polar sud-coréen précité, sous-entend adroitement la présence d’un ogre de conte défait, Das letzte Schweigen se termine en effet dans le silence, en zoom avant au carré, boucle bouclée de porte d’immeuble (re)fermée s...

Entendue : Christine

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Ni corbillard écarlate à la King & Carpenter ni pâtisserie historique à la Romy Schneider. And all men kill the thing they love,    By all let this be heard, Some do it with a bitter look,    Some with a flattering word, The coward does it with a kiss,    The brave man with a sword! Oscar Wilde, The Ballad of Reading Gaol My life has taken another turn again. The days can go on with regularity over and over, one day indistinguishable from the next. A long continuous chain. Then suddenly, there is a change. Travis Bickle, Taxi Driver Puisque le film débute par la fin, je ferai de même et je renouvelle mes remerciements pour sa confiance, mes félicitations pour son talent, à la généreuse Agnès Godey, qui me permit de le visionner en privé, en province, tant pis pour l’avant-première dans la capitale. Je crois qu’elle ne m’en voudra pas de rendre public mon avis sollicité, c’est-à-dire de mettre en valeur son travail et ...

The Premonition : La Main sur le berceau

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Enfermer tel Foucault sur des rives placides, ou alors s’identifier aux déclassés. Ce mélodrame maternel sur fond de « précognition » mérite son exhumation. Inédit en salles hexagonales, pourtant présenté au Festival d’Avoriaz un an avant Carrie au bal du diable , il possède quelques harmoniques, au moins thématiques, avec le juste-futur récompensé. Ni virtuose ni bouleversant, le métrage charme autrement, par sa modestie, sa sincérité, sa singularité. Disponible en ligne dans une VO de VHS sous-titrée en grec, cosmopolitisme sympathique à l’ère du numérique, il conserve son climat particulier, jamais arty , souvent weird . Démuni, visiblement privé de moyens, sombré dans l’amnésie du marché, dans l’oubli de la cinéphilie, de surcroît supposée spécialisée – les genres n’existent pas, n’existe que le cinéma –, il s’apprécie à sa mesure débarrassée d’impostures, de boursouflures. Tout commence comme dans Le facteur sonne toujours deux fois  : substituée à John Ga...

Love Hunters : La Prisonnière

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Dix dollars pour planer, une vie entière pour se reconstruire. Now hounds of love are hunting I’ve always been a coward And I don’t know what’s good for me Kate Bush, Hounds of Love Après l’autrichien Michael , l’australien Hounds of Love : la séquestration deviendrait désormais un sous-genre en soi, même si l’on n’oublie pas L’Obsédé de William Wyler, même si les mémoires de Natascha Kampusch, à la fois elliptiques et détaillés, relativisent la terreur fictive. Inversion du home invasion exogène, sinon xénophobe, cette imagerie-ci occupe pourtant un espace similaire, celui de la maison, enfer domestique corroboré par des faits divers et des statistiques. Le foyer brûle, la famille se fait funeste, a fortiori dans leur sinistre parodie, piaule de célibataire hier, de couple aujourd’hui. Une nuit, Vicki s’évade et se retrouve piégée chez les White ; le reste du récit, autant comportementaliste que psychologique, retrace son évasion, double mouvement dialec...

Michael : Je vais bien, ne t’en fais pas

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Markus Schleinzer. Reconfiguration du réel par le cinéma, en effet « art sonore » (affirme Michel Chion) : si plus personne ne fredonne innocemment Singin’ in the Rain de Gene Kelly depuis Orange mécanique , vous ne vous trémousserez pas sans arrière-pensée au Sunny de Boney M. après avoir vu Michael (précisons que la composition originale de Bobby Hebb, datée de 1963, s’inscrit dans le sillage de l’assassinat de JFK et répond à une mort de frérot par un optimisme intemporel). Épaulé par Kathrin Resetarits, actrice de courts au parcours universitaire, directrice de casting sur Funny Games , ici créditée conseillère artistique et co-réalisatrice, Markus Schleinzer, la trentaine, lui-même directeur de casting , notamment d’un autre Michael, Haneke, remercié au générique, sur La Pianiste , Le Temps du loup et Le Ruban blanc , signe-scénarise un conte de fées réaliste, comporte...