Articles

Affichage des articles associés au libellé William Castle

Fantôme avec chauffeur

Image
  Un métrage, une image : Le Manoir hanté (1920) Des spectres, des nègres ? Spook désigne les deux, tant pis, tant mieux, mais en dépit de son titre à double sens, Haunted Spooks ne vise l’ambivalence, c’est-à-dire divertir avec le pire. Le racisme, personne ici ne s’en soucie, moins encore d’en commettre l’apologie. Certes, la crédulité instantanée, les jambes qui tremblent, les domestiques qui déguerpissent, le gosse aussitôt albinos, à face blanche, farine en prime, renversement du fameux noircissement, blackface balèze, du cinéma de ces années-là, on renvoie vers Le Chanteur de jazz (Crosland, 1927), dommage, tout ceci risque d’irriter certaines modernes sensibilités, ne plaira, n’en doutons pas, ni à Spike Lee ni à Jordan Peele. Pourtant, rien de révoltant, plutôt la prise en compte du présent d’antan, surtout sudiste, a fortiori le long du Mississippi, pays de possessions, sens duel, de plantations, de récente servitude, d’inconsciente négritude. S’il util...

Le Pont de Cassandra

Image
  Un métrage, une image : Elvira et le Château hanté (2001) Divertissement indépendant, surtout financé par la principale intéressée, situé en Transylvanie, tourné en Roumanie, Elivra’s Haunted Hills se voit in fine dédié à Vincent Price et adresse bien sûr un clin d’œil d’intitulé à La Nuit de tous les mystères (William Castle, 1959), à savoir, en VO, House on Haunted Hill , facile. De quoi s’agit-il ? D’un hommage à Roger Corman, par conséquent à Edgar Allan Poe, pastiché, pas parodié. On (re)découvre donc une emmurée vivante, un chat noir, un cas de catalepsie et un pendule impitoyable. Souvent assez amusant, toujours soigné, en dépit d’un budget deviné serré, ce (télé)film certes inoffensif mais jamais cynique, nostalgique, paresseux, poussiéreux, ne s’apprécie pas seulement en « véhicule » à usage personnel de sa célèbre persona , puisque Cassandra Peterson possède assez de lucidité, de sincérité, pour bien s’entourer, pour soigner, en co-scénariste ...

Rosemary’s Baby : Le Démon de midi

Image
  Prophétie de folie ? Bénédiction de saison… « Mes chers frères, n’oubliez jamais, quand vous entendrez vanter le progrès des lumières, que la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ! » Baudelaire, Le Joueur généreux , Le Spleen de Paris Satan get besides me Satan fortify me Lingua Ignota, Do You Doubt Me Traitor , Caligula   Huit avant l’ange exterminateur de Taxi Driver (Scorsese, 1976), voici l’ange déchu de Rosemary’s Baby (Polanski, 1968). Fi de la nuit, du pandémonium parcouru en bagnole, de la solitude en effet infernale, en sus insomniaque, du vétéran du Vietnam : cette fois, le « gothique new-yorkais » en plein jour puis en société se déploie, perché sur les toits. Tout de suite, le générique iconique et mélancolique de Wayne Fitzgerald & Stephen Frankfurt donne de la hauteur et de l’ampleur à ce qui demeure un drame de chambre (à coucher), un huis clos pas si psycho(logique, pathe), quoique. Rose...

Jack le tueur de géants : Ray

Image
« Cherchez la femme », chercher la flamme, chérir l’infâme… Filmé de façon fonctionnelle, impersonnelle, cette fois-ci délesté des sortilèges de Ray Harryhausen, Jack le tueur de géants (Nathan Juran, 1962) séduit cependant sans peine, puisqu’il parvient, en même temps, à respecter son programme, à surprendre le spectateur. Il s’agit, bel et bien, au propre, au figuré, d’un bel album étasunien/européen, d’un livre d’images animées, cf. le prologue explicite, d’un récit de fantasy se souvenant aussi de King Kong (Merian C. Coooper & Ernest B. Schoedsack, 1933), ravissement d’héroïne + choc de colosses inclus. Il s’agit, de surcroît, d’un conte chrétien, remarquez l’épée renversée, croix-bouclier pour contrer la bestialité, considérez que Jack se transforme in fine en émule de saint Michel, en plein ciel, majuscule optionnelle, terrassant en mer, contradiction d’occasion, son dragon appelé… Pendragon, par ailleurs patron d’un castle constellé de créatures à l...

L’Incroyable Monsieur X : L’Illusionniste

Image
Curiosité datée, dépassée ? « Consultant psychique » à consulter, puisque épatant.    Celles et ceux qui s’intéressent à la cinematography , disons à la « direction de la photographie », devraient vite visionner The Amazing Mr. X (Bernard Vorhaus, 1948), va pour la VO non sous-titrée. Auteur d’un traité réputé, programmatique-pragmatique, intitulé Painting with Light , oscarisé à raison, à l’occasion du mémorable ballet de Un Américain à Paris (Vincente Minnelli, 1951), John Alton y donne, en noir et blanc enivrant, une somptueuse et stimulante leçon d’ombre et de lumière, démontre avec une admirable maestria son savoir-faire, confère au métrage méconnu, désormais dans le domaine public, disponible en ligne, sa magie majestueuse, soyeuse, vaporeuse. Le film commence par du fantastique féminin, maritime, alors l’on se dit que voici un ersatz désargenté de The Ghost and Mrs. Muir (Joseph L. Mankiewicz, 1947), un prélude paupérisé à Pandora ...

The Night Walker : Castle Freak

Image
Une reine sur le retour ? Une moralité sur le désamour... Dreams are my reality A different kind of reality I dream of loving in the night And loving seems alright Although it’s only fantasy Richard Sanderson Machination sentimentale et méta concoctée par Robert Bloch, le papa de Psycho , The Night Walker (1964) devint donc en français Celui qui n’existait pas , titre ésotérique emprunté au Celle qui n’était plus de Boileau-Narcejac, lui-même rebaptisé Les Diaboliques (1955) par Henri-Georges Clouzot. Certes, on (re)trouve ici, en noir et blanc élégant, des transparences automobiles, un escalier gothique, des yeux en verre, un macchabée vénère et une épouse poussée vers le décès, mais le film de Castle évoque davantage Sueurs froides (Alfred Hitchcock, 1958) que les mésaventures de Marion au motel de Norman. Comme Madeleine, Irene évolue entre rêve et réalité, frise l’asile, se fait suivre, par un privé à défaut d’un psy ; comme Scottie, elle finit au bor...

Le Vaisseau de l’angoisse : Lifeboat

Image
Impressions désordonnées d’un voyage au bout de la peur, ou presque. Bienvenue à bord Un aimable (et sucré) générique vintage à la graphie rose, comme tout droit sortie de Breakfast at Tiffany’s ou Rosemary’s Baby . La nave va sur la dolce vita, si. Et l’incendiaire Francesca Rettondini dans sa robe rouge à la Gilda, dans son play-back du Senza fine de Gino Paoli (chéri de Stefania Sandrelli, mamma mia !), repris assez superbement par Monica Mancini, la fille du cher Henry. Des regards qui en disent long, une saveur de complot sur les flots, dans la langueur chaloupée du steadicam . Sur le pont, ça danse aussi, « haute société » façon Titanic sur le point de se voir découpée en deux, littéralement, la faute à un filin félon (notez la relecture délocalisée de Carrie au bal du diable , le clin d’œil d’amputé à Freaks ). Une gamine survit au massacre gentiment gore , la jeunette Emily Browning, pas encore dans sa jupette d’héroïne maltraitée de Sucker Pun...