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Affichage des articles associés au libellé Bernardo Bertolucci

Cinéma de Papa

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  Exils 179 (11/03/2026) Au début de Kolkhoze , Carrère cite Oscar Wilde : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. » L’aphorisme réversible résume non plus le portrait du célibataire et sans descendance Dorian Gray, mais celui, dédoublé, de Francesca & Luigi Comencini, père et fille à nouveau réunis, incarnés sur l’écran et à contre-courant. Au bout de trente-huit minutes, la petite héroïne disparaît, il reste une heure dix de film, on risque de trouver le temps longuet, regarder sa montre comme l’homme esseulé, quand donc sa sculptrice indocile va rentrer ? Après le paradis impressionniste et complice des premières années, certes déjà menacé par la gueule dentée d’une baleine ancienne, illustration et contamination, métaphore de la future drogue, castrateur motif à ravir les psychanalystes, l’occasion en situation d’un vrai-faux making-of rapido des Aventures de Pinocchio (197...

Arrivederci amore, ciao

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  Un métrage, une image : Avanti! (1972) Comédie d’Italie, non « comédie à l’italienne », de cadavres, jamais macabre, comme Mais qui a tué Harry ? (Hitchcock, 1955), Complot de famille (Hitch, 1976), Avanti! avance, romance, à contre-courant, à contretemps, divertissement versus désenchantement : face à la fellation, affirmée, de la « suppliciée » Linda Lovelace ( Gorge profonde , Damiano, 1972), au miroir de la sodomie, simulée, de l’« humiliée » Maria Schneider ( Le Dernier Tango à Paris , Bertolucci, 1972), la nudité discrète, rondelette, de la déterminée Mills Juliet, demeure, en définitive, inoffensive, sinon insipide, participe du naturisme, point de l’érotisme. On connaissait, déjà, Un été avec Monika (Bergman, 1953), voici celui, aussi insulaire, moins doux-amer, passé en compagnie de Pamela. Assurance sur la mort (1944) devait débuter dans une morgue, les premiers spectateurs s’esclaffèrent, il fallut renoncer, laiss...

Y tu mamá también

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  Un métrage, une image : Le Cœur à l’envers (1980) À Jacqueline de Castille Co-écrit, ou plutôt commis, par des complices de Claude Chabrol & Roman Polanski, à savoir la scénariste Odile Barski et le dialoguiste Gérard Brach, Le Cœur à l’envers s’inscrit ainsi dans le sillage d’un autre âge, celui de l’inceste au ciné, en version seventies SVP. Il ne saurait cependant, pas un seul instant, rivaliser avec les déjà très surestimés Le Souffle au cœur (Malle, 1971) et La luna (Bertolucci, 1979), diptyque historique et pudique, a fortiori lorsque comparé aux spécialisés opus pornographiques, imagerie américaine numérisée de notre modernité masturbée, même déminée, pasteurisée, selon ses épuisantes et épuisées stepmommies en série, l’explicite étasunien toujours en définitive puritain, hein ? Construite en boucle bouclée désenchantée, l’histoire de restauration, familiale, picturale, aux deux tiers se déroule à Paris puis durant le dernier se trame en Espagne, charme to...

Le Chat à neuf queues

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  Notes ad hoc sur la BO du Dernier Tango … On peut penser du modéré mal de l’homonyme et masculin mélodrame commis par le défunt et fourbe Bernardo Bertolucci, souvent réduit dans le souvenir collectif, mauvais signe, à une trop célèbre scène de beurrée sodomie, bon appétit, ma chérie, ma Maria (Schneider) démunie, toutefois la musique du film s’avère une vivante réussite. Certes il ne s’agit pas ici de déposséder le sieur Gato Barbieri de son sens de la composition ni de l’exécution, ah, c/ses petits cris à la Keith Jarrett, mais d’affirmer que l’ album majeur doit aussi beaucoup au labeur d’arrangeur et de directeur de l’éphémère car cardiaque, voire stakhanoviste, Oliver Nelson. Ce soundtrack immersif captive l’écoute parce qu’il capture l’acoustique, délocalise et ressuscite un style puissant et subtil, à l’instar du compatriote et contemporain Astor Piazzolla. Ces deux hommes-là, d’ailleurs et de là-bas, ne révolutionnent rien et pourtant transcendent chaque instant, e...

Marcelin, Pain et Vin

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  Un métrage, une image : Le Conformiste (1970) Exercice de style en caméra mobile, Le Conformiste confirme que Bertolucci se spécialisa fissa dans le dispensable psychodrame à tendance freudienne, sillon creusé à l’occasion pseudo-scandaleuse ou non du Dernier Tango à Paris (1972), 1900 (1975), La luna (1979) ou Le Dernier Empereur (1987). Se reposant souvent sur les talents évidents du mélodiste Georges Delerue , du dirlo photo Vittorio Storaro, du production designer Ferdinando Scarfiotti, du monteur Franco Arcalli et bien sûr de sa petite troupe impeccable, le buono Bernardo voudrait bien nous convaincre qu’il ravive Moravia, qu’il sait où il va, qu’il étudie les mœurs de malheur d’une époque ad hoc , comme son compatriote Scola, oui-da, homosexualité idem ( Une journée particulière , 1977). En réalité, historique, reconstruite, il se borne à ressasser, tel son « mouchard » à mémoire, pour l’originalité, la lucidité, la densité, il peut repasser, surto...

Le Professeur : Spider

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Valerio Zurlini. La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. Mallarmé Sous la pluie, toujours à Rimini, revoici Les Vitelloni (1953) de Fellini, cette fois-ci vieillis, grandis, en correspondance avec les Husbands (1970) de Cassavetes, médiocres et immatures amis en détresse, adeptes du fric, du trafic, de la fesse, de la vitesse. Contemporain d’un certain Le Denier Tango à Paris (1972) dû à Brando & Bertolucci, Le Professeur (1972) de Zurlini documente lui aussi la débandade des mâles, dès l’orée d’une décennie pourtant supposée celle des expérimentations sensuelles et de l’interdiction de tous les interdits, pratiquons donc la pédophilie, surtout en compagnie de Dany. Dans trois ans, la loi sur le X surtaxé en France affichée, fi des affiches explicites, vive les titres drolatiques, grâce ou à cause de feu VGE, séducteur ou imposteur, Minos défiera Belmondo, fera Peur sur la ville (...

Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l'été : The Lobster

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Lina Wertmüller. Bercé par la bien belle bossa du maestro Piero ( Piccioni ), le spectateur auditeur découvre donc une comédie mélancolique, un item touristique, un opus politique. Une année après Film d’amour et d’anarchie (Lina Wertmüller, 1973), au sujet duquel j’écrivis aussi, la réalisatrice reprend le même couple impeccable mais à présent prend la mer amère. Mariangela Melato & Giancarlo Giannini possèdent tous deux des yeux verts, des silhouettes sveltes, pourtant « la Lina » ne les « casta » pour cela, quoique. Ces castaways annoncent ceux de Castaway (1986), justement, certes délestés des inserts infects de Nic Roeg. Pas de pourriture des corps pour perturber la parenthèse utopique, supposée « enchantée », époque oblige, plutôt l’improbable rencontre entre des avatars « à la dérive » d’Adam & Ève, de Robinson & Vendredi. Comme si La Mégère appriv...

Peur sur la ville : Le Dernier Métro

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Giallo de guignolo ? Thriller pas d’amateur…. Pour mon père Dans Le Dernier Tango à Paris (Bernardo Bertolucci, 1972), Marlon Brando ne supportait point le métro parisien, aérien, se bouchait les oreilles afin de ne plus l’entendre, surtout d’en dessous. Dans Peur sur la ville (Henri Verneuil, 1975), Jean-Paul Belmondo monte dessus, s’y accroche, y court, s’y couche, se glisse parmi un compartiment, évidemment tueur(s), salut au ferroviaire Costa-Gavras (1967). Sorte d’aimable docteur Mabuse en voix off , maître du mur des petits écrans filmé par le grand, (re)matez le testament médiatique, prophétique, du « diabolique » intéressé (1960), (re)pensez à la mosaïque idem , inutile, de Tony Montana plongé dans sa paranoïa, sa coca ( Scarface , Brian De Palma, 1983), le cinéaste dirige la rame doublement infernale, Denfer + Divine Comédie , oh oui, en sus de son acteur cascadeur, cauchemar d’assureur, flic amer muté à la Criminelle, policier en train de pister un suspe...