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Affichage des articles associés au libellé Ruggero Deodato

Sang neuf et Ciné ancien

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  Exils # 105 (24/04/2025) Récit d’apprentissage, à base de bizutage et de dépucelage, de dommages et d’hommages, Youngblood (Markle, 1986) ne change le schéma de ce cinéma-là, en surface sportif, en profondeur éducatif, respecte donc la structure (é)vocation/confrontation/consécration, celle idem de la comédie musicale. Mais sa trame mélange film d’adolescent, comédie romantique et mélodrame, invite l’individuel au cœur du collectif. Tout ceci suffit à en faire un film politique, en tout cas davantage que d’autres qui en revendiquent le galvaudé titre, assorti de surcroît d’une réflexion en action sur la dynamique des sexes, ses forces et ses faiblesses. Dix-sept ans et toutes ses dents, jusqu’à ce qu’il en perde une en coda, autographes de gosses à signer, baiser de la bien-aimée à différer, pourvu d’un patronyme explicite, symbolique, le délicat et déterminé Dean quitte la ferme de ses frère et papa, sise au Minnesota, direction, via un spectaculaire pont, le hockey au Can...

Au pays de l’exorcisme : Les Bodin’s en Thaïlande

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  Pas de choc en toc à Bangkok, le train thaï ne déraille…   On le devinait avant l’arrivée du docte Lévi-Strauss : la « sauvagerie », relative, réversible, s’avère un point de vue, souvent malvenu. Au début, Bradley débarque, photographie, filme, se fait cirer, en contre-plongée, ses bottes de blond cow - boy , sirote sa bière, plus tard amère, souhait ensoleillé ; à la fin, le témoin capturé, captivé, flanqué d’un fils, orphelin de sa femme, ne retourne vers la « civilisation », que cristallise un hélico presque à la Coppo(la). Au lieu, seul, malheureux, de céder au désespoir, il redonne à voir le meilleur de sa mémoire, aussitôt ressuscite Maria, avec le vent, éternellement, déclarait-elle, elle l’accompagnera. Le village vandalisé, incendié, devenu « foyer » au carré, il convient de le « reconstruire », l’ultime image cadre donc cette réconciliation. Si la vie se poursuit, en dépit du deuil, de l’insecte sinistre, au...

Tendre et saignant

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  Un métrage, une image : The Chef (2022) L’intitulé franglais, piqué d’une réplique leitmotiv, personnalise, tandis que le titre d’origine indique la cuisson, précise la pression, jusqu’au point d’ébullition, donc, Boiling Point de dur à cuire, de cuistot alcoolo, cocaïné, concurrencé, endetté, emmerdé, SDF pourvu de problèmes personnels, fifils et ( ex -)femme au téléphone, proie d’une improvisée, pas si amicale, davantage de rival, lui-même, malgré sa célébrité de TV, « sept millions » de marmitons, allons bon, à la limite de la ruine, plaide-t-il, OPA au cours du repas, accompagné d’une critique en robe écarlate, séparée de surcroît, tendue à l’idée réalisée de laisser seules, une seule soirée, ses deux gamines à la maison, passons, à équipe tragi-comique, bien ou moins impliquée, presque pathétique, la serveuse malheureuse, au chemisier immaculé, s’en va vite s’écouler, sinon s’écrouler, aux WC, porte fermée, appelle à l’aide son papounet, puisque pas fait...

Milan calibre 9 : Pour une poignée de dollars

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  Des magots, des salauds, la déroute à défaut de Beyrouth… Prologue over the top , durant lequel Adorf y va fond, dégoûté, doublé, puisque simple papier à la place de précieux billets, fait fissa sauter à l’explosif trois complices, auparavant les tabasse, les balafre, leur fracasse la face sur un vase, les féministes, surtout seventies , s’en horrifient. Pourtant, passées disons ces dix premières minutes de cumulatif tumulte, manifeste sans conteste de vivace violence et néanmoins, ou en conséquence, d’anti-réalisme assumé,  Milan  calibre 9 (Di Leo, 1972) pose un regard neuf sur une imagerie sous peu rassie, très liée au ciné, à l’Italie, de la décennie. On se voit surpris, sinon ravi, par la justesse des situations, des émotions, le souci de la psychologie, de la sociologie, certes pas celles de la poussière littéraire et universitaire. Réalisé par un vrai réalisateur, dépourvu de peur, en sus scénariste et dialoguiste, d’ailleurs collaborateur de Leone, Tessari, F...

Corrina, Corrina

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  Un métrage, une image : La Proie de l’autostop (1977) Voici donc une comédie noirissime, aux allures impures de vrai-faux western excessif et existentialiste, qui se charge à charge d’une certaine et médiocre image de la masculinité, transalpine ou point. S’il revisite la violence sexuelle des Chiens de paille (Peckinpah, 1971), cette fois-ci assortie du second couple pas si en (dé)route, surtout sarcastique, de Guet-apens (Peckinpah, 1972), Festa Campanile, par ailleurs auteur de l’amusant Ma femme est un violon (1971), pensée attristée pour Laura Antonelli, quel gâchis, de l’émouvant La Fille de Trieste (1982), grâce à Jacqueline Waechter découvert, en sus scénariste pour Risi ( Pauvres millionnaires , 1959), Bolognini ( Le Mauvais Chemin , 1961) ou Visconti ( Rocco et ses frères , 1960 + Le Guépard , 1963), filme sèchement un enfer moderne, dont l’aridité désertique et définitive reflète de fait l’âme perdue de personnages plus pires les uns que les autres, excep...

La Maison aux fenêtres qui rient

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  Un métrage, une image : Les Nuits de l’épouvante (1966) Beau giallo cadré au cordeau, doté d’une admirable direction de la photo, ce métrage méconnu possède aussi une direction artistique soignée, une distribution chorale impeccable et impliquée. La lama nel corpo , titre explicite, se souvient évidemment des Yeux sans visage (Georges Franju, 1960), de sa défiguration, de ses greffons, de sa culpabilité décuplée, les délocalise du côté de « Morley », au dix-neuvième siècle dernier. Au creux d’une clinique psychiatrique pas catholique, une femme en noir, munie d’un rasoir, fait taire une muette, lacère une biographie de Stuart Mary, s’en prend à une maîtresse- chanteuse française et onéreuse. Au plafond, la sœur recluse tourne en rond, bonne utilisation du son. Un chat immaculé, empaillé, un schizo au cachot, un troglodyte tombeau, un accident, pas vraiment, à la chaux, constituent les accessoires d’une histoire de jalousie, d’asphyxie, d’explication, de pardon...

Le Profond Désir des dieux : There Will Be Blood

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Shōhei Imamura.     Cette robinsonnade satirique, à la production et aux proportions épiques, dotée d’un « entracte » au mitan exactement, amplifie et délocalise La Femme insecte (1963). Il s’agit à nouveau d’un survival , presque d’un « film de cannibales », spécialité transalpine par exemple représentée par le bien (re)nommé Cannibal Holocaust (Deodato, 1980), puisque le capitalisme japonais y dévore des « indigènes » consanguins et condamnés. S’il se fiche de l’ethnographie, lui préfère la fable fatale, Imamura s’avère en vérité un élève involontaire de Lévi-Strauss, dont le pionnier Tristes Tropiques paraît en 1955. Le Profond Désir des dieux (1968) s’occupe donc de cosmogonie, de choc des cultures, de sexe et d’inceste, de puits à creuser en reflet, en replay , petit exercice à la Sisyphe, de pénitence ou à l’opposé de puissance. En découvrant ce film de son temps...

La Chasse : Les Prédateurs

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Carlos Saura. On peut penser bien sûr à une scène célèbre de La Règle du jeu (Renoir, 1939), néanmoins La Chasse (1966) remémore et annonce le cinéma de Sam Peckinpah, surtout celui de La Horde sauvage (1969) et des Chiens de paille (1971). Quatre types pas très catholiques se retrouvent vite au milieu d’un territoire martien, inclément et malsain, un « endroit parfait pour tuer », en effet, in extremis et en accéléré s’entretuer. Ouvrage sur le « naufrage » de la vieillesse, la virile détresse, l’amitié à ne pas « souiller », la vie décevante impossible à recommencer, La Chasse possède une violence évidente et latente avérée, à faire passer celle, tout autant réelle, non simulée, du classé scandaleux Cannibal Holocaust (Deodato, 1980), pour un divertissement innocent. Saura n’épargne personne et donne à dessein mal au cœur au spectateur. Sa leçon de réalisation, a fortiori ...

Sanctuaire

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  Un métrage, une image : La Dernière Maison sur la plage (1978) Matrice apocryphe de L’Ange de la vengeance (Ferrara, 1981), lien malsain entre La Dernière Maison sur la gauche (Craven, 1972) et La Maison au fond du parc (Deodato, 1980), l’ opus de Prosperi, ancien assistant et scénariste de Bava ( Hercule contre les vampires , 1961, La Fille qui en savait trop , 1963), se soucie aussi du Sanctuaire de Faulkner et de féminisme radiophonique. Aucun Requiem pour une nonne ici, même si ça sévit sec et ad hoc ça cartonne. Insuccès en salle, situé au sein du cadre hédoniste et estival d’un éden infernal, exit le sombre « gothique sudiste » des Proies (Siegel, 1971), La settima donna , titre numérique explicite, presque biblique, ne pouvait pas être produit ailleurs qu’en Italie, parmi ce territoire alors terroriste, terrorisé, molto catho. Belle gueule d’ange déchu, Aldo braque une banque, en partant descend une passante, avec ses acolytes se casse en DS, i...

Les Traqués de l’an 2000 : Les Révoltés de l’an 2000

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  Les prédateurs et les proies puis toi et moi… Souvent on sourit, à ces exactions en série, à ce sadisme en effet « excessif », situé in situ , d’Australie issu, mais je jubilai déjà, rictus tendu, à Salò selon Paso, alors… Ici, les amis, les ennemis, du camp de concentration-rééducation, le directeur se dénomme Thatcher, « haut les cœurs », l’un de ses comparses, de littérale « lutte des classes », s’appelle Tito, en écho de Yougo. Ceci ne vous suffit, afin de deviner la   dimension satirique ? Rajoutons donc de foire un freak , loup-garou relou, aux antipodes délocalisé, sur le cannibalisme des orteils porté, des matons émasculés, « fouette, cocher », un rouquin malsain, victime rapide de catch qui tache, une peut-être prostituée, peut-être à tort dénoncée, des buggies bizarroïdes, évidemment rouge sang et, last but not least , d’explicites répliques, comme celle du colosse chauve, néanmoins moustachu, constatant, pas encore...

L’Affaire Mattei : Le Goût de l’Italie

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  Trente métrages , trois images, deux visages, un rivage … À l’italianophile Jacqueline Io ho paura (Damiano Damiani, 1977) Petit polar politique, à propos de la pornographie, au propre, au figuré, d’une Italie alors terroriste-terrorisée, ponctué de saisissants effets de réel mortel et placé sous le signe duel de la duplicité, tandem de juges, juste ou injuste, pour policier déplacé, apeuré, justicier, assassiné, où le valeureux Volonté, flanqué des cosmopolites Adorf & Josephson, démolit, doté d’une dépressive fragilité, les « hommes forts » de sa filmographie, chez Petri & Rosi… Il nido del ragno (Gianfranco Giagni, 1988) D’un labyrinthe à l’autre : dans une Budapest spectrale, une secte tisse sa toile… Certes longuet, pas assez personnalisé ni développé, du fantastique toutefois soigné, beau boulot du directeur photo, musique à la Herrmann, avec spécialiste traumatisé, secrétaire singulière + bébé humain-arachnéen. Et Stéphane Audran, comme souvent, é...