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Affichage des articles associés au libellé Howard Hawks

New Yorke

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  Exils # 146 (02/12/2025) Howard Hawks se moquait de la sentimentalité de John Ford, mais Rio Grande (1950) s’avère presque pudique et modéré par rapport à l’expressivité de Pagnol ( Marius , Korda, 1931), c’est-à-dire de Raimu & Fresnay, père et fils enlacés. Dans un plan-séquence assez intense, la remarquable Maureen O’Hara essuie une larme, son rejeton embrassé à trois reprises – front, nez, lèvres – ne désarme. Néanmoins l’émotion irrigue tout le film, tel le fleuve qui le baptise, se rebaptise Bravo du côté de Mexico, Howie dit oui, frontière liquide à ne pas franchir au jeu dangereux « du chat et de la souris », finalement franchie afin de secourir des enfants captifs rassemblés à l’abri d’une église, croix de volets en meurtrières fissa transformées, comme si Oradour se délocalisait, contre-attaquait. Du chœur ecclésiastique au chœur acoustique, voire l’inverse : les hommes chantent, enchantent, déchantent ; ils « massacrent » aussi les Apach...

Le Carrosse d’argent

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  Exils # 136 (21/10/2025) « It’s a long way to Vera Cruz » déclare Denise, « comtesse » d’opérette, complice et médiatrice, Française en Amérique, mais le film va vite, linéaire et mortifère, aussi solaire qu’un cimetière. Davantage que faire (re)surgir le souvenir de Ford ( La Chevauchée fantastique , 1939), Vera Cruz (Aldrich, 1954) préfigure Il était une fois dans l’Ouest (Leone, 1968) et La Horde sauvage (Peckinpah, 1969), pas seulement parce que Bronson, alors au générique sous son patronyme d’état civil, idem mutique, y joue déjà de l’harmonica, que Borgnine l’accompagne. Le réalisateur tout sauf mineur d’ En quatrième vitesse (1955), Le Grand Couteau (1955), Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Les Douze Salopards (1967), L’Empereur du Nord (1973) ou Bande de flics (1977), liste subjective, s’y affirme en effet en styliste assumé, capable d’accumuler les figures homonymes, avec une pertinence et une précision qui participent de sa séd...

Poussière d’étoile

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  Exils # 113 (18/06/2025) Dans ses Souvenirs et Réflexions , l’estimable musicienne Mel Bonis affirme : « L’artiste n’est pas un moraliste, mais il se doit d’être une personne morale. » On ne saurait douter de l’éthique d’Anthony Mann, néanmoins cette « étoile d’étain » d’intitulé original mérite son titre. Western modeste, mineur et méconnu, cela explique en partie ceci, Du sang dans le désert (1957) ne réussit jamais à s’élever au-dessus du statut de bel exercice de style desservi par un script simpliste, signé du complice de Ford Dudley Nichols ( La Chevauchée fantastique , 1939), « d’après une histoire » de scénaristes de TV, handicapé par un casting anecdotique, surtout du côté des dames, aux rôles en toc, doté d’un didactisme rédhibitoire rempli d’espoir, ce succédané stérile et laïc de l’espérance, précise le credo catho de la précitée compositrice. Un chasseur de primes en transit, pragmatique et presque cynique, transmet sa prati...

Austin Powers

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  Un métrage, une image : Elvis (2022) L’épuisant Luhrmann, réalisateur frimeur, qui commit aussi les idem anecdotiques et pachydermiques Moulin Rouge (2001) et Gatsby le Magnifique (2013), ressert les restes du funeste festin, pendant près de deux heures quarante-cinq, comme si le spectateur possédait assez de temps devant lui pour subir ce monceau pas beau d’insipides inepties. Son dispensable biopic monté à la MTV, délesté de la moindre musicalité, de la plus petite intimité, pourvu d’une profondeur de soap , cafi de fric, en dépit d’une a priori divergente perspective, se réduit à la doxa, au digest , à une superficielle et sempiternelle chanson de geste, en sus à prétentions à la con sociologiques, puisque CV telle une traversée historique de l’Amérique nordiste. Lui-même d’ailleurs auteur d’un téléfilm biographique plutôt sympathique ( Le Roman d’Elvis , 1979), créateur authentique, poétique et politique, Carpenter devrait ricaner à proximité de pareille pièce ...

Le Mexicain

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  Un métrage, une image : Colorado (1966) Première partie d’une vraie-fausse trilogie, poursuivie par Le Dernier Face à face (1967) + Saludos hombre (1968), Colorado propose de prometteuses prémices puis un peu s’enlise. La version disponible en ligne dure moins d’une heure et demie, l’italienne comporte quinze minutes de plus, circonstances atténuantes de critique clémente. Co-écrit par Donati ( Il était une fois dans l’Ouest , Leone, 1968, Holocauste 2000 , De Martino, 1977, Le Continent des hommes-poissons , Martino, 1979), éclairé par Carlini ( La Peur , Rossellini, La strada , Fellini, 1954, La Charge de Syracuse , Francisi, La Grande Pagaille , Comencini, 1960, Frissons d’horreur , Crispino, 1975), produit par Grimaldi ( Le Bon, la Brute et le Truand , Leone, 1966, La Chamade , Cavalier, 1968, Satyricon , Fellini, 1969, Le Voyou , Lelouch, 1970, quatre films de Fellini, plusieurs opus de Pasolini, deux de Bertolucci, Le Dernier Tango à Paris , 1972, 1900 , 1976, Cadav...

Airport

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  Un métrage, une image : Dans la souricière (1959) À la suite du Fils (Pierre Granier-Deferre, 1973), retour de long cours, reflet de frères fraternels guère, belle-sœur de bonheur-malheur, chevelure à chavirer, viol conjugal à éviter. La pancarte patraque le matraque à Widmark : « All laws strictly enforced », à Tula, ça rigole pas. Western moderne, dont la dimension œdipienne s’inspire à l’évidence de celle du récent À l’est d’Éden (Elia Kazan, 1955), The Trap piège le spectateur dès le début bienvenu, jusqu’à l’épilogue over the top , en écho a contrario au nordiste Hitchcock ( La Mort aux trousses , 1959). Le caïd à transalpin patronyme, désenchanté, de sa réputation de « démon » et de ses rivaux rajeunis « fatigué », veut s’enfuir via un avion d’occasion, au sein d’un désert austère, carrément caniculaire, ses types postés sur les collines, idem déguisés en flics hypocrites. L’avocat en costard doit servir de guide, conva...

Le Château du dragon

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  Un métrage, une image : Adieu ma jolie (1975) Du téléfilm cacochyme, d’ailleurs pré-vendu à la TV, sous l’égide de Lew Grade ( Le Retour de la Panthère rose , Edwards, 1975, Ces garçons qui venaient du Brésil , Schaffner, 1978, Sonate d’automne , Bergman, idem ) déposé, du responsable des estimables Il était une fois la Légion (1977) et Banco (1986) cependant signé, où Mitchum adresse discrètement un regard caméra, vous savez tous ce que je fous là, en effet « fatigué », je me fais un peu de fric, en star quasi au rencard, presque cynique, sur le point de rempiler, pour encore un remake relooké ( Le Grand Sommeil , Winner, 1978), on se souviendra surtout du charme amusé, appliqué, à main armée, de Charlotte Rampling, « femme fatale » de sous-titres français, « dragon lady » de VO eh voui, de la sensualité alcoolisée, désabusée, de Sylvia Miles, croisée dans Macadam Cowboy (Schlesinger, 1969), aperçue ensuite selon La Sentinelle des ma...

Le Parrain

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  Un métrage, une image : Les Amis (1971) Lorsque l’adolescent demande à son supposé « parrain » pourquoi il ne part pas, puisque mariage naufrage, l’imprimeur à la plage plutôt qu’à la page parle de « tendresse », de « souvenirs », s’interroge au sujet du sort différent, assorti d’un enfant. Lorsque qu’un accident hors-champ démolit leur amitié, un peu « particulière » à la Peyrefitte, demeure pour le spectateur et pour lui ceci, le film se termine sur une photographie prise par l’on ne sait qui, sinon le cinéaste, objet d’un bonheur aboli. Acteur chez Duvivier, Chabrol, Hawks ou Niermans, Blain décide de passer à quarante ans de l’autre côté de l’écran, raconte avec pudeur et précision un conte d’éducation, jamais à l’imitation de Bresson. En compagnie de son ami Philippe Guérin, Paul Mattei sourit, s’épanouit ; en compagnie de ses amis de Normandie et de Neuilly, il joue la comédie, il découvre la tricherie. Si « sentimen...

La Veuve noire

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  Un métrage, une image : Ronde de nuit (1984) Cinéaste cinéphile muni d’une caméra mobile, Jean-Claude Missiaen essaie d’animer sa suite d’images sans âme ni charme. Après un prologue plutôt plaisant, de SM distingué, où un soumis député agenouillé se fait fissa étrangler par une chaude chauve, conduit en plongées, contre-plongées, manière de matérialiser au cœur du cadre la domination de la maîtresse muette sur son valet ravi, vous (re)voici plongé parmi la mélasse de l’affairisme parisien, parce que le cinéaste pensait qu’il le valait bien. L’ ex -attaché de presse transforme Françoise Arnoul en journaliste cool , radiophonique, in extremis pragmatique, comme si tout ce qui précédait, à savoir un salmigondis rassis, à base d’immobilier biaisé, de gangster à cigare, de politiciens à pots-de-vin, en définitive peu importait. Le spécialiste d’Anthony Mann & Howard Hawks, d’ailleurs auteur d’un beau-livre dédié à l’exquise Cyd Charisse, s’essaie ainsi au western urba...

Une femme française

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  Un métrage, une image : Le Bagarreur du Kentucky (1949) Ce western sentimental et territorial, méconnu et mésestimé, s’avère vite un divertissement souvent amusant, toujours intelligent, un film d’amour et d’amitié, par la réalité miroitée, voire l’inverse. Wayne interprète et produit, implique son pote Oliver Hardy, paire improbable et cependant indiscutable, tous les deux dirigés par une vieille connaissance, George Waggener par ailleurs réalisateur d’un Le Loup-garou (1941) pas relou, tandis que le patron de Republic Pictures, studio désargenté, chaque cinéphile le sait, en profite pour cas(t)er sa compagne puis épouse, ouf. Le cinéaste-scénariste ressuscite ici une curiosité historique, à savoir l’acclimatation forcée, aux accumulées difficultés, de colons français.  Le Bagarreur du Kentucky bénéficie aussi du beau boulot du directeur photo Lee Garmes, partenaire ès lumière de Sternberg ( Shanghaï Express , 1932), Hawks ( Scarface , idem ), Korda ( Le L...

Le Parfum de l’invisible

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  L’avenir du passé, le présent des instants…   Au séducteur désabusé, il faut des femmes à fantasmer ; au cinéphile fébrile, des films en fuite. Verrai-je un jour Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? (Scola, 1968), Une saison en enfer (Risi, 1971), La Peau (Cavani, 1981) ? Cela importe peu, après tout, puisque leurs bandes-annonces valent le coup (d’œil), puisque le reste, on s’en fout, au moins pour le moment, ici et maintenant. Comédie dramatique, film biographique, reconstitution historique, les imageries s’accumulent, dialoguent à distance, affichent l’Afrique, ressuscitent un mythe (poétique), font machine arrière, en direction de la dernière guerre (mondiale). Durant ces quelques minutes, remplies de tumultes, on revoit les visages valeureux, depuis longtemps évanouis, de Bernard Blier, Nino Manfredi, Alberto Sordi, Florinda Bolkan, Jean-Claude Brialy, Terence Stamp, Claudia Cardinale, Burt Lancaster, Ma...

Le Dernier Empereur : Sur les fusillades de Scarface

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Le monde ne t’appartient pas et tu ne t’appartiens plus… When you have to shoot, shoot. Don’t talk. Tuco dans Le Bon, la Brute et le Truand Diversité de l’unité – avec Scarface (1983), Brian De Palma se repose la même question qu’à l’époque de Phantom of the Paradise (1974) : comment varier visuellement un similaire matériau thématique ? Les chansons chassées, les fusillades s’affichent. Réalisateur moral et moraliste, De Palma ne verse jamais dans l’apologie du gangstérisme, pas plus que le Sergio Leone de Il était une fois en Amérique (1984). Si l’odyssée de Bob De Niro, bientôt cruel Al Capone ( Les Incorruptibles , De Palma, 1987), s’apparente à une traversée proustienne des USA, de leur cinéma, de l’amitié massacrée, de l’amour malaisé, le parcours d’Al Pacino, récemment « parrain » pour le copain Coppola (1974), ressemble à un chemin de croix, chaque shootout en station de déperdition. Les cinq scènes célèbres, ponctuées de répliques ...

…où naissent les statues. : Onze jours, Onze nuits

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Un conte d’automne à contretemps et contre-courant.    Malgré la photo froissée d’une « nymphe » dénudée, on se gardera d’évoquer l’adultère selon Joe D’Amato (1987), le sous-titre de cet article plutôt en référence à une hécatombe historique, de défilé funèbre. Film en images fixes, à l’exception de flots de circulation autoroutière comme issus de l’acmé-coda du Verdict de Kafka (1913), d’une chute de feuilles entrevue, …où naissent les statues. (2011) fait bien sûr penser à La Jetée (Chris Maker, 1962), au Temps scellé (1986) d’un Tarkovski, voire à Blow-Up (1966) d’Antonioni, parc existentialiste compris, femme enceinte substituée au cadavre anonyme, certes. Mais il existe de manière autonome, il exerce tout seul sa séduction de saison, double acception. « J’étais simplement un vieil homme seul, sur la fin, qui se demande encore ce qui vaut la peine d’être vécu » : ainsi le protagoniste résume en voix off l’argument du métrage, trilo...