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Affichage des articles associés au libellé Péplum

Le Fils de Spartacus : Centurion

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  Divertissement régressif ? Parabole pas frivole… Péplum politique, pardon du pléonasme, opus (dé)placé en Égypte, surprise symbolique, Le Fils de Spartacus (Sergio Corbucci, 1962) ne capitalise sur le succès de Kubrick Stanley ( Spartacus , 1960), possède sa sienne personnalité, dialogue avec d’autres. Comme Moïse & Ben-Hur, Randus doit se rendre à l’évidence de ses véritables origines dérangeantes, il doit aussi assumer un messianisme ensablé à la Dune (David Lynch, 1984) et l’épée paternelle, posée sur un mausolée en plein soleil, sur laquelle se termine le film, annonce celle de Conan le Barbare (John Milius, 1982), encore un conte pas con d’émancipation, de dessillement d’antan, d’éveil cruel des consciences enfin au courant, de l’absurde asservissement romain, du bien nommé Thulsa Doom du sinistre venin. Réel réalisateur, l’auteur de Romulus et Rémus (1961), Django (1966), Le Grand Silence (1968) compose chaque plan, manie la double focale à la De Palma,...

État de siège

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  Un métrage, une image : Judith de Béthulie (1914) Deux ans avant la grosse Babylone de Intolérance (1916), voici disons la modestie de Béthulie. Plaisant péplum presque pionnier, puisque précédé en France par Feuillade ( Judith et Holopherne , 1909), le film de Griffith affiche son biblique féminisme. En ce temps-là, celui de l’Antiquité, celui du ciné muet, les professeurs de collège encore on ne décapitait pas, cependant on décollait les envahisseurs assyriens, rien de malséant ni de malsain, parce qu’ils le valaient bien. Pourtant la veuve intrépide et déguisée se voit vite aux prises avec un dilemme idoine. Entre la passion et la patrie, son cœur et son esprit hésitent, point sa main. Holopherne, affalé sur son lit magistral, blasé par des bacchanales, spectateur à la Sardanapale, en tout cas en écho de Delacroix, à Ninive se projette, au propre puis au figuré y perd la tête. Rentrée au bercail à muraille assiégé, Judith aussitôt devient une héroïne, sinon une sain...

L’Évangile selon saint Matthieu : Kingdom of Heaven

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  JC par PPP, Matthieu par Mattei… À Jacqueline Waechter Connu, reconnu, commenté, documenté, L’Évangile selon saint Matthieu (1964) conserve encore sa clarté obscure, son rayonnement d’absent, à l’instar, bien sûr, du protagoniste de prestige, qu’il ressuscite avec succès, public plutôt que critique. Conclusion d’une trilogie apocryphe, avant celle dite « de la vie », on le sait constituée par Le Décaméron (1971), Les Contes de Canterbury (1972), Les Mille et Une Nuits (1974), L’Évangile développe la religiosité pas si diffuse de Accattone (1961), Mamma Roma (1962), annonce/énonce le théorème amoureux, sinon scandaleux, de Théorème (1968). A contrario de celui-là, du satirico-méta La Ricotta ( in Rogopag , 1963), pas de procès, pas cette fois. Une quinzaine d’années après le Rossellini des Onze Fioretti de François d’Assise (1950), le poète polémique entreprend par conséquent un biopic christique, délivre un métrage au message urbi et orbi . Face au muti...

Ben-Hur : Et vogue le navire…

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  « 41 » x 4, duel de regards, moment orgasmique… Plus de soixante ans après sa sortie en salles, malgré de multiples (re)diffusions à la TV, Ben-Hur (William Wyler, 1959) n’endure aucune usure, conserve avec insolence la puissance de son prosélytisme spectaculaire. Ce mélodrame masculin, sorte de Monte-C(h)risto à moitié homo, merci au co-scénariste Gore Vidal, tout sauf Vandale, constitue un sommet de classicisme hollywoodien, quasi racinien, où l’auteur (très) estimable de L’Insoumise (1938), L’Héritière (1949), Vacances romaines (1953), L’Obsédé (1965) ou Funny Girl (1968) pourtant déploie son point de vue et sa maestria, fait à chaque plan, à chaque instant, du cinéma, au sein et au-delà de la célèbre « transparence » étasunienne. Leçon de cadrage, de découpage, d’assemblage, de caractérisation, d’accélération, de composition, musicale et picturale, la fameuse séquence de la marche (immobile) des galériens le démontre bien. Il s’agit certes ...

La Bataille de Marathon + Esther et le Roi : 300 + Alexandre

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Courir, secourir, défendre la démocratie, défaire l’antisémitisme… Deux cinéastes estimables, estimés, s’essaient à une imagerie hier et aujourd’hui largement mésestimée : au petit jeu peu sérieux, un peu oiseux, du qui dit mieux, Jacques le juvénile jubile mais Raoul reste très cool . Bien accompagné par le seul et unique Mario Bava, ici directeur de la photographie, responsable des effets spéciaux, co-director non crédité, notre tandem d’exilés italianisés livre donc des films politiques, pardon du pléonasme, à base d’unité nationale et de judaïsme sentimental. Les historiens peuvent se récrier au sujet des erreurs accumulées, le spectateur contemporain se contrefout de la sacro-sainte exactitude factuelle. Le cinéma, pourquoi pas, possède tous les droits, hors celui d’emmerder, de se croire en train de documenter, amen – un métrage témoigne de son tournage, de son contexte socio-temporel, de ses ambitions, de ses déceptions, « cela et rien de plus », dirai...

Il primo re : Roma

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Nulle louve fellinienne à l’horizon, mais un chevreuil chassé, dévoré, sans cuisson…   Péplum réaliste, Il primo re (Matteo Rovere, 2019) relit le récit originel de Rémus & Romulus. Davantage qu’à La Passion du Christ ou Apocalypto (Mel Gibson, 2004 + 2006), autres épopées primitives, dépaysantes, aux idiomes d’époque(s) reconstitués, puisque le ciné, art funéraire, fantomatique, les « langues mortes » aussi ressuscite, le film fait penser à La Guerre du feu (Jean-Jacques Annaud, 1981) et au Nouveau Monde (Terrence Malick, 2005). Il s’agit, en effet, d’une réflexion en action(s), sur la société puis la citoyenneté, à base de fraternité, ensuite de fratricide, d’altérité, de religiosité, de piété, de virginité, de sacrifice et d’hubris, de destin et d’émancipation. En dépit d’un déluge dévastant les deux bergers, liminaire, spectaculaire, l’ opus se place sous le signe du feu, assimilé ou non à un dieu, à respecter, ne profane point son cercle sacré, à ...

Marie Madeleine : Les Démons de Jésus

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Une femme, plusieurs hommes ; à défaut de gang bang , un Big Bang peu copernicien. En vérité je vous le dis, voici un évangile végan au révisionnisme féministe. Œcuménique et anachronique, ce pensum bien-pensant, que devait distribuer aux USA un certain Harvey Weinstein – si les voies du Seigneur s’avèrent impénétrables, l’ironie du sort s’affirme infernale –, ne possède pas une once de foi dans le cinéma ni dans la féminité, réalité plurielle, contextuelle et individuelle, que les deux médiocres scénaristes du dit « deuxième sexe » entendent présenter, représenter, on se demande au nom de quoi et de qui, qu’elles réduisent, suivant la vulgate du temps désespérant, à des victimes désignées, in extremis émancipées, amen . Le réalisateur australien, metteur en scène amateur de MJC cosmopolite, semble se prendre pour un Pasolini transgenre, mais l’aridité des panoramas ne saurait équivaloir à une quelconque rigueur intérieure, à un dépouillement orienté vers l...

Le Roi des rois : Cecil B. Demented

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Cecil B. DeMille   Rabâcher la Bible revient à jouer du jazz  : thème et variations, structure et improvisations, standard et expérimentations. Il s’agit aussi de le relever le défi de la figuration, de donner à voir l’invisible, de faire du cinéma avec la foi. La littérature évangélique prophétise Rashōmon  : une même histoire, quatre points de vue différents, à la fois complémentaires et divergents. Pour toutes ces raisons, outre sa valeur cultuelle et culturelle, ce récit ne cesse de hanter le ciné occidental, milieu pollué par des épiciers à faire passer les fameux « marchands du Temple » pour d’innocentes brebis égarées, inconscientes de ce qu’elles font, de la façon dont elles défont un art mécanique et magique, organique et métaphysique, trivial et létal. Laissons les bonnes âmes laïques ou non leur pardonner leur péché pas véniel, laissons les petits comptables d’hier et d’aujou...

Histoire de Judas : Cantique de la racaille

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Rabah Ameur-Zaïmeche . Judas, un brave gars ? Pourquoi pas, Rabah s’inscrivant finalement dans une longue lignée – de Thomas de Quincey à Éric-Emmanuel Schmitt, en passant par Borges, Bourgeade ou même Pagnol, sans omettre, bien sûr, cette « grenouille de bénitier » notoire nommée Scorsese, et salut musical à Lady Gaga idem , davantage traditionnelle – de tentatives plus ou moins connues, plus ou moins réussies, de « réhabilitation » (on ne saurait confondre Judas avec Dreyfus, certes, contrairement à Maurice Barrès). Dans sa relecture bienveillante, séduisante et stimulante de Matthieu, l’auteur, acteur-réalisateur-producteur-scénariste, délaisse le missel et la poussière pour le soleil originel, natal, de l’Algérie, pour le grand air d’une trame élimée pourtant ressuscitée par son cinéma, sa dramaturgie, son originalité, sa générosité, au risque du « révisionnisme » et de l’œ...