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Affichage des articles associés au libellé Erich von Stroheim

Le Carrosse d’argent

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  Exils # 136 (21/10/2025) « It’s a long way to Vera Cruz » déclare Denise, « comtesse » d’opérette, complice et médiatrice, Française en Amérique, mais le film va vite, linéaire et mortifère, aussi solaire qu’un cimetière. Davantage que faire (re)surgir le souvenir de Ford ( La Chevauchée fantastique , 1939), Vera Cruz (Aldrich, 1954) préfigure Il était une fois dans l’Ouest (Leone, 1968) et La Horde sauvage (Peckinpah, 1969), pas seulement parce que Bronson, alors au générique sous son patronyme d’état civil, idem mutique, y joue déjà de l’harmonica, que Borgnine l’accompagne. Le réalisateur tout sauf mineur d’ En quatrième vitesse (1955), Le Grand Couteau (1955), Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Les Douze Salopards (1967), L’Empereur du Nord (1973) ou Bande de flics (1977), liste subjective, s’y affirme en effet en styliste assumé, capable d’accumuler les figures homonymes, avec une pertinence et une précision qui participent de sa séd...

Au nom du Pierre

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  Exils # 117 (11/07/2025) Haceldama ou le Prix du sang (1919) s’ouvre sur une citation explicative, topographique et laconique, de l’ É vangile selon Jean , cela ne surprend de la part du réalisateur de Golgotha (1935), où Judas se resuicidera. Le tout premier plan du tout premier film de Duvivier, auteur disons supérieur, puisqu’il s’occupe de tout, du scénario, de la caméra, du montage, du labo à Bordeaux, de la production avec sa société Burdigala Films, in extremis signe même l’ item , jolie calligraphie, possède donc une pendaison d’introduction, de religion, suivie illico d’un sanglant couteau, tandis que ce métrage sans dommages carbure à la culpabilité, fonctionne au secret de famille enterré, au propre et au figuré, du côté de la Corrèze, planque balèze, au creux de laquelle concocter un vrai-faux western , mode d’époque, Gaumont ne dit non, une « grande scène dramatique en quatre parties », voire évangiles, témoignage sans outrage d’une « époque hé...

Marry Me

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  Un métrage, une image : Les Fiancées en folie (1925) Keaton ne kiffait on le sait ce succès, projet de producteur d’après une pièce proposé, sinon imposé, au principal intéressé, déjà très endetté. Si soucieuse, au ciné, en société, de « minorités », surtout de médiocrité, notre modernité vomirait désormais son antisémitisme, son racisme, pas si en sourdine, sa misogynie moralisatrice, horde de harpies pécuniaires et lapidaires, en larmes et drôles, appâtées par le pactole, ersatz en masse des esseulés Rapaces (von Stroheim, 1924). Quant aux pierres qui roulent, à rendre fissa le fuyard maboule, rochers en carton-pâte ou papier mâché, à l’animisme de déprime, supposé clou du spectacle de l’agile acrobate, elles souffrent en fait de leur facticité, ne donnent à voir ni par procuration éprouver une once de danger. Tout ceci ne saurait appauvrir le plaisir permanent que procure sans usure l’ opus plein d’allant, le métrage d’un autre âge, illustration remplie d’action(s) d...

La Folie des grandeurs

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  Un métrage, une image : L’Argent (1928) Comme Germinal (Berri, 1993), s’agit-il en définitive, d’après déjà le zélé Zola, défenseur dreyfusard, que certes d’antisémitisme personne ne soupçonne, en dépit du « Salomon » d’introduction/conclusion, d’un cas d’anticapitalisme capitaliste ? Conscient de la contradiction, L’Herbier l’écrivait, au creux de sa tête tournée : « filmer à tout prix, même (quel paradoxe) à grand prix, un fougueux réquisitoire contre l’argent », mais son mélodrame drolatique et moral, coûteux insuccès, à l’instar d’un certain Stavisky (Resnais, 1974), eh voui, descendu, réévalué, s’indispose surtout d’une spéculation de déraison, cède à notre modernité de clivantes « inégalités », de « crise » sélective, ses jérémiades pseudo-humanistes, « moralisation du capital » selon Sarkozy, « ennemie finance » de Hollande, « visage de l’obscénité » de Patrick Pouyanné s’offusque enf...

Sitcom

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  Un métrage, une image : Prête-moi ton mari (1964) À visionner cet ancien succès, désormais bel et bien oublié, on comprit le dépit de Romy. On le savait, on s’en doutait, la chère et revêche Schneider ne s’acclimata à l’ America , fissa cassa son contrat avec la Columbia. L’une des lignes narratives nous sert cependant le contraire, histoire sans hasard d’un corps encore en partie étranger in extremis réinséré au sein d’une si WASP microsociété, lestée d’un seul homme et magistrat dit de couleur, quel malheur. Coécrit par un tandem issu de la télé, adapté d’un bouquin de Jack Finney, romancier déjà transposé huit ans avant, via le fameux et moins joyeux L’Invasion des profanateurs de sépultures (Siegel, 1956), appréciez au passage les patronymes des propriétaires, Burke & Hare, clin d’œil adressé à un célèbre duo de britanniques body snatchers , donc private joke de l’auteur de The Body Snatchers , (in)animé par un jadis animateur chez Disney, accessoirement ac...

Monnaie de singe

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  Un métrage, une image : Un jour au cirque (1939) Les multiples Marx n’amusaient guère Mayer, qui leur colla aux basques un Buster Keaton déjà sur le déclin, réduit au triste statut de gagman à distance, voire en concurrence avec ce type de comique(s). Éclairé par Leonard Smith, partenaire régulier du précité, de plus DP des Poupées du diable (Browning, 1936), d’un diptyque exotique ( Tarzan s’évade + Tarzan trouve un fils , Thorpe, 1936, 1939), sa direction artistique supervisée via l’incontournable et bien nommé Cedric Gibbons, At the Circus possède ainsi le professionnalisme impersonnel d’un produit MGM, en l’occurrence chapeauté par Mervyn LeRoy, pas encore aux prises avec les fauves de Quo vadis (1951).  Derrière la caméra, l’obscur Edward Buzzell, (dé)formé à Broadway ; devant, trois grands garnements, face à trois femmes fréquentées, fréquentables, certes à fond faire-valoir, mais jamais dérisoires : la fidèle Margaret Dumont, veuve joyeuse...

Le Petit Lieutenant

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  Un métrage, une image : La Loi des montagnes (1919) « Vertigineux » vaudeville viril transcendé via le style, La Loi des montagnes (d)étonne en raison de son moralisme de saison. Conseiller de Griffith (sur Cœurs du monde , 1918), converti au catholicisme, comptez les croix, à l’extérieur, à l’intérieur, ne gloussez pas devant la version délocalisée, surélevée, du Golgotha, Erich von Stroheim débute donc dans la réalisation, auto-adapte Le Pinacle , titre explicite, très phallique, refusé au profit du supposé plus sobre ou tendance Blind Husbands , salut aux alcoolisés homonymes, point anonymes, de Cassavetes ( Husbands , 1970). L’acteur typecasté, le sien Prussien, vous adorerez le détester, s’acoquine à Carl Laemmle, big boss de la cosmopolite Universal, lui-même alien , aux sympathies de Germanie, nique les nazis, cumule les casquettes (décorateur, monteur, producteur), accepte de réduire ses salaires autant que nécessaire, dépasse (déjà) le budge...

La Maison aux sept pignons : Les Sorcières de Salem

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  Exorcisme ? Libéralisme… Mélodrame drolatique et adaptation politique, The House of the Seven Gables (Joe May, 1940) fait se croiser La Splendeur des Amberson (Orson Welles, 1942) et Le Comte de Monte-Cristo , tandis que sa « evil house » métaphorique anticipe « l’horreur économique » de Amityville : La Maison du diable (Stuart Rosenberg, 1979). Scénariste bientôt sur blacklist et surtout communiste, Lester Cole ne condamne le capitalisme, ni le (petit) commerce, a fortiori de sucreries à domicile, mais il vomit « l’avidité », « l’égoïsme » de l’américaine « humanité », il les transforme fissa en péché originel, cause d’une « malédiction » d’occasion, médicale et létale. Construit en deux parties et en boucle bouclée, le récit s’amuse de la mélancolie de ses reflets, de ses miroirs dédoublés, sexués. Ici, il suffit d’un fondu enchaîné afin d’au final et durant un instant effacer le poids des ann...