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Affichage des articles associés au libellé Arthur Penn

Poussière d’étoile

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  Exils # 113 (18/06/2025) Dans ses Souvenirs et Réflexions , l’estimable musicienne Mel Bonis affirme : « L’artiste n’est pas un moraliste, mais il se doit d’être une personne morale. » On ne saurait douter de l’éthique d’Anthony Mann, néanmoins cette « étoile d’étain » d’intitulé original mérite son titre. Western modeste, mineur et méconnu, cela explique en partie ceci, Du sang dans le désert (1957) ne réussit jamais à s’élever au-dessus du statut de bel exercice de style desservi par un script simpliste, signé du complice de Ford Dudley Nichols ( La Chevauchée fantastique , 1939), « d’après une histoire » de scénaristes de TV, handicapé par un casting anecdotique, surtout du côté des dames, aux rôles en toc, doté d’un didactisme rédhibitoire rempli d’espoir, ce succédané stérile et laïc de l’espérance, précise le credo catho de la précitée compositrice. Un chasseur de primes en transit, pragmatique et presque cynique, transmet sa prati...

De l’unité à l’union

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  Exils # 4 (02/07/2023) Moretti cite ici Demy & Fellini, explique Kieślowski, vante les Taviani, contredit (à tort) Cassavetes, « beau » et pseudo-porté sur l’impro, pratique la piscine tel Lancaster ( The Swimmer , Perry, 1968), imite même Brando KO sur un bureau ( La Poursuite impitoyable , Penn, 1966). Il refuse de finir le « film dans le film » sur un suicide, en dépit d’une corde au cou de célèbre studio, n’en déplaise à Pavese, élit plutôt Calvino, et achève l’œuvre élégante, émouvante, gentiment gérontophile, cf. les sentiments (pas tant) surprenants de l’actrice et de la fifille, la première un peu rebelle, la seconde un peu musicienne, en relisant et remarchant le fameux défilé par « Charlot » épousé à l’insu de son plein gré ( Les Temps modernes , Chaplin, 1936). Chez Poudovkine, une autre mère que celle du cinéphile candidat coco portait l’écarlate drapeau, succombait aussitôt, « mia madre » de 1926 terrassée par la charge ts...

L’Homme aux mille visages

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  Un métrage, une image : Mesrine (1984) « Il n’y a pas de héros dans la criminalité » résume Mesrine, cadavre d’automobile, pare-brise percé d’une pluie de projectiles, Sylvia blessée, sortie, clébard occis. Cinq années après ce décès controversé, vingt-quatre ans avant le diptyque assez anecdotique, très longuet, de Richet ( Mesrine , 2008), le producteur de La Gueule ouverte (Pialat, 1974), La Race des « seigneurs » (Granier-Deferre, idem ), Vive la France (Audiard, idem ), Émilienne (Casaril, 1975), Une vraie jeune fille (Breillat, 1976) ou Mado (Sautet, itou), surtout de plusieurs Chabrol, reconstitue la cavale d’un cas d’école. Le ciné ne pouvait pas ne pas s’intéresser à l’intéressé, surnommé à la Lon Chaney, Jacques transformiste, fataliste, « clown triste » surpris en train de danser, « cabot » casqué occupé à enregistrer ses mémoires, bien sûr d’outre-tombe, scène symbolique, concentré de lucide solitude, de désarmant ridicule. Documenté davantage que docu...

La Vraie Famille

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  Un métrage, une image : Aux frontières de l’aube (1987) Stephen King connaît-il Near Dark ? Sans doute, puisque les vampires de Docteur Sleep se déplacent aussi en camping-car, aucun hasard. L’intitulé français possède une pseudo-poésie, frise le contresens, ne rend justice au symbolisme du titre d’origine, pragmatique et programmatique : jadis éclaireur biblique, aujourd’hui candide en jean , Caleb se situe aussitôt à proximité d’une double obscurité, celle de la nuit, à « écouter », lui intime l’intime Mae, comme son cœur ouvert, offert, à l’avide buveur, dont l’étoilée « clarté » va l’« aveugler », celle de l’esprit, sommé de se soumettre à un « instinct » malsain, de donner la mort démuni de remords. Mais l’amoureux malheureux veut/vaut mieux qu’une immortalité imposée, qu’une longévité galvaudée, à demi stimulée par un sadisme de meute endimanchée. Vrai-faux western , Near Dark retravaille la bataille entre sauvagerie et civilisation, force et droit, immen...

Beyond Barry

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  Caché derrière, à la Voulzy ? Dissimulé dedans, à la Barry… Des échos des BO de La Poursuite impitoyable (Penn, 1966), Vivre libre (Hill, bis ), On ne vit que deux fois (Gilbert, 1967), Macadam Cowboy (Schlesinger, 1969), La Randonnée (Roeg, 1971), Top Secret (Edwards, 1974), King Kong (Guillermin, 1976), Jeux érotiques de nuit (Vadim, 1980), Quelque part dans le temps (Szwarc, idem ), La Fièvre au corps (Kasdan, 1981), Frances (Clifford, 1982), Out of Africa (Pollack, 1985), Danse avec les loups (Costner, 1990), L’Expert (Llosa, 1994), Les Amants du nouveau monde (Joffé, 1995), Enigma (Apted, 2001) se déploient sur ce diptyque physique et métaphysique, personne ne s’en étonne, essence d’un style, aboutissement souvent saisissant, autant que testament stimulant. Le post -romantisme assumé du renommé, récompensé, compositeur/arrangeur parvient à une plénitude inédite, du cinéma, mythologies mimis, commandes excitantes, mesquine...

L’Incroyable Monsieur X : L’Illusionniste

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Curiosité datée, dépassée ? « Consultant psychique » à consulter, puisque épatant.    Celles et ceux qui s’intéressent à la cinematography , disons à la « direction de la photographie », devraient vite visionner The Amazing Mr. X (Bernard Vorhaus, 1948), va pour la VO non sous-titrée. Auteur d’un traité réputé, programmatique-pragmatique, intitulé Painting with Light , oscarisé à raison, à l’occasion du mémorable ballet de Un Américain à Paris (Vincente Minnelli, 1951), John Alton y donne, en noir et blanc enivrant, une somptueuse et stimulante leçon d’ombre et de lumière, démontre avec une admirable maestria son savoir-faire, confère au métrage méconnu, désormais dans le domaine public, disponible en ligne, sa magie majestueuse, soyeuse, vaporeuse. Le film commence par du fantastique féminin, maritime, alors l’on se dit que voici un ersatz désargenté de The Ghost and Mrs. Muir (Joseph L. Mankiewicz, 1947), un prélude paupérisé à Pandora ...

Froid comme la mort : Conte d’hiver

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Le rôle de sa vie, au risque du fondu au noir… Oh it gets dark it gets lonely On the other side from you Kate Bush Puisque l’on décèle ici des réminiscences de Chantage (1929), Une femme disparaît (1938), Rebecca (1940), Soupçons (1941), L’Ombre d’un doute (1943), La Maison du docteur Edwardes (1945), La Corde (1948), Le Grand Alibi (1950), Fenêtre sur cour (1954), Sueurs froides (1958), La Mort aux trousses (1959), Psychose (1960) et Complot de famille (1976), les critiques écriront « suspense hitchcockien ». Toutefois, Froid comme la mort (Penn, 1987) ne se réduit pas à ceci, s’inspire moins que plus du Calvaire de Julia Ross (Lewis, 1945), prénom de la victime et patronyme du toubib en rime, inclut une descente d’escalier à la Boulevard du crépuscule (Wilder, 1950), une audition annonçant l’homonyme de Miike (1999). Comme si tout cela ne suffisait pas, l’héroïne interprétée par Mary Steenburgen , elle-même vrai-faux sosie de Kate Bush, s...