Un homme à Rome
Exils # 165 (03/02/2026)
Ce beau salaud de Stefano s’occupe donc d’immigration, fi d’ICE polémique, à peine une Anglaise à écarter d’un héritier. Il se soucie aussi d’un pseudo-producteur de disque, descendu dès le début : la caméra sur grue dévie de l’avenue, va vers une fenêtre, cadre la discussion sans le son et capte l’impact, incipit un brin hitchcockien, façon Frenzy (1972), à la suite d’un générique où les enseignes électriques se mêlent aux décorations de Noël. Le sous-titre l’explicite, Belli ressemble plus à un « détective » qu’à un flic, à l’alter ego Baldo, sur ses traces et à ses basques. Désinvolte et tendu, facétieux et fiévreux, Franco Nero incarne un cousin pas si lointain du condé de Bouquet & Boisset, du Dirty Harry d’Eastwood & Siegel. Sous la cynique carapace se dessine une détermination sentimentale, itou motivée par la nécessité de sa propre peau sauver. Le « fonctionnaire de police » accro aux bakchiches n’y parvient pourtant point in extremis, (re)mis KO sur un capot par une balle dans le bide, le FINE d’image arrêtée doublement justifié. Car au bout du parcours et de la nuit Vera (re)voici, Faucheuse malheureuse et tueuse en série, à laquelle l’incontournable Bolkan prête ses traits altiers, son talent entêtant. Veuve noire vêtue d’abord en blanc, elle élimina le maître-chanteur en robe de chambre et le mannequin pas si mesquin, rédimée d’un amour candide à domicile. Exécutions (Guerrieri, 1969) décrit une fosse aux serpents qu’éclaire le soleil noir de l’argent, fait du tourisme classé sombre au sein d’une capitale humide et frigide. Ces marionnettes malhonnêtes, cadavres en vie, ne sauraient copuler, se prendre et se donner, sauf la Sandy précitée, lucide et sincère prostituée, à l’insu de son plein gré. Au final au téléphone, Stefano dit à Baldo tu parles à un type « pulito », hélas tous possèdent des mains sales, parce que la propreté, au contraire de la propriété, ne convient au capital.
Au terme de l’enquête duelle, celui qui « arrondit ses fins de mois » comme ça et tabasse à tour de bras, colère froide quasi cordiale, file vite à la pharmacie voisine, démasque la criminelle et surtout se découvre lui-même, épave de port provincial d’épilogue dépressif, en rime à l’homonyme du Professeur (Zurlini, 1972). Plutôt qu’un petit exercice expéditif et répétitif de misanthropie en milieu fermé, vicieux et vicié, ce vrai-faux poliziottesco dérive vers le whodunit, intériorise la violence collective des années estampillées plombées, saisit en sus un changement du temps. Face au féminisme à main armée, larmes motorisées, de la fatale Florinda, Brésilienne lesbienne à bossa de soundtrack, les hommes à la gomme tombent et succombent, avocat ou photographe, veuf ou fils. Parmi une Rome de cimetière en plein air, la guerre des sexes sévit à bas bruit, la dite domination masculine décline, l’aube livide ternit le désastre intime d’Un flic (Melville, 1972). Le samouraï sudiste, lui-même en écho démuni de libido, se laisse fasciner non plus par une pianiste, jazz de bon goût du bien nommé Fred Bongusto, mais par une femme fréquentable, effroyable, capable d’occire sa sœur et son docteur. La danse macabre immobile manque certes d’un certain style, séduit selon cette atmosphère de tombe ouverte, aux silhouettes suspectes, malsaines et humaines. Nero retravaille la figure funèbre de Django (Corbucci, 1966), anticipe l’Orphée (dé)pourvu de pitié du spectral Sudden Impact (Eastwood, 1983), accomplit, manipulé, dessillé, un chemin de croix laïc, de sa mort annoncée la chronique. Produit par le prolifique Mario Cecchi Gori (Les Monstres, 1963, Risi, La Légende du saint buveur, Olmi, 1988), caméo d’Antonelli blondie et non créditée compris, Exécutions ou l’oraison d’une société « démaquillée », titre alternatif, et d’une masculinité (con)damnée.

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