L’Enfant du Président

 Exils # 171 (24/02/2026)

Prologue au téléphone, épilogue aux Goudes, entre les deux, une lettre volée, Marlowe à la place de Poe, la page de titre de Sans espoir de retour de David Goodis, je me tire littéraire et prophétie de Descente aux enfers (1986), mais aussi au domicile cinéphile une affiche du Journal d’une fille perdue (Pabst, 1929) et au-dessus d’une salle de ciné celle des Chiens de paille (Peckinpah, 1971). Giroud & Girod, encore une lettre (en)volée, retrouvée, la mise en images d’un roman édité chez… Mazarine. En dépit du script signé d’une initiée, puisque journaliste passée par l’Élysée, d’un carton de coda à la fameuse formule cette fois-ci de facto ironique, « toute ressemblance » telle une évidence, Le Bon Plaisir  (1984) ne s’assimile au portrait détourné, très chargé, d’un certain François Mitterrand, alors au pouvoir depuis trois ans, même si de courtes écoutes, un gamin adultérin, les médiatiques « chiens » (caméo d’Ockrent) évoquent quelques souvenirs lointains. Tandis que l’introduction et la conclusion manient le mélodrame, mesures délicates, immédiatement reconnaissables, de Delerue, à l’épouse duquel une Colette quasi homonyme (Delarue) adresse un clin d’œil, le reste s’apparente à une plaisante comédie des apparences, un concours de caractères, style La Bruyère, de ricains characters, remarquez l’harmonica d’Americana des scènes étasuniennes, davantage qu’une étude de mœurs, un divertissement documenté, romancé, substitué à l’opus politique ou monarchique promis par l’intitulé, le sujet. Le cinéaste désormais à moitié oublié, ainsi va l’amnésie des « professionnels de la profession », à nouveau sur le point de succomber à leur auto-célébration, ne perd son temps ni celui du spectateur, va vite, multiplie les ellipses françaises et suisses, les fondus au noir de vrais-faux définitifs au revoir.

Cet art franco-français du badinage en sourdine attristé, lesté de la mélancolie d’un confortable gâchis, esquive ainsi la radiographie d’un « petit pays », pour dessiner un petit groupe de personnalités, une complice promiscuité incapable de parler à la « polarisation » de saison de notre époque médiocre. Au siècle dernier, pas de « parti » précisé, de directeur de l’Institut du monde arabe poussé à démissionner, de « militant identitaire » dégommé, de député « antifasciste » auto-identifié, ni de « Beurs » ni de « Blacks », que remplacent des gendarmes en train de jouer à ballon prisonnier, voire à (beau) chat perché, ni de féministes accusatrices, dont on sait le peu d’estime que leur porte la principale actrice. Devant l’objectif agile et habile défile une troupe sans entourloupe, un casting choral impeccable, démuni de machiavélisme et de manichéisme, éclairé par l’expert Penzer, collaborateur de Blier sur Buffet froid (1979), périple plus cynique et onirique, d’une lumière solaire, à Paris ou Marseille, d’une douceur autarcique à rapprocher de la rêverie onaniste de Pulsions (De Palma & Bode, 1980). Deneuve décoratrice d’intérieur « butée », mère amusée, aux amants inexistants, l’invisible Mesguich en prime ; Trintignant « estropié odieux » et attachant, jadis doté de « grandeur », de vase étatique et de jeu d’échecs casseur ; Serrault « Pollux » à l’Intérieur, traître honnête ; Auclair âgé homo ranimé, suicidé, par sa « passion » pour le jeunot Girardot hétéro à moto, « bâtard » et traducteur point maître-chanteur ; Winter en dame première d’anthologique colère : tous entrent donc dans la ronde façon Ophuls, conduite via un observateur attentif et empathique, vacciné contre la caricature et délivré de l’idéologie. Contraste lucide et léger à l’austérité enténébrée du Promeneur du Champ-de-Mars (Guédiguian, 2005), Le Bon Plaisir fait souvent sourire et dépeint une poignée d’humains, au lieu de pantins macroniens ou mélenchoniens.

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