Lavande volante

 Exils # 170 (12/02/2026)

Production indépendante à financement participatif, Valensole 1965 (Filhol, 2025) corrige le comique archaïque du Gendarme et les Extra-terrestres (Girault, 1979). Le sujet, on le sait, relève du fait divers stellaire, comme le démontrent les cartons en conclusion, NASA & CNES à la rescousse, extrait du reportage in situ, que le métrage à l’identique reconstitue, archivé via l’INA, inclus en coda. Ce désir assumé de traitement au premier degré esquive le cynisme, lui substitue un céleste sentimentalisme. L’opus évoque en vitesse de plus connus et reconnus ancêtres, Take Shelter (Nichols, 2011), Rencontres du troisième type (Spielberg, 1977) et 2001, l’Odyssée de l’espace (Kubrick, 1968). Pas si à la masse, Maurice Masse, massif Matthias Van Khache, ne s’occupe d’apocalypse, de sculpter sa purée, n’accomplit aucun trip psychédélique et pourtant éprouve à son tour un révélateur parcours, aux prises avec l’indicible, l’incrédible, le risible et l’effondrement de famille. Commencé au provençal paradis, plantes à respirer, ruches à chouchouter, le conte scandaleux et douloureux dévie vite vers un itinéraire d’enfer, à cause de l’indiscrétion d’un débitant de boissons. Accoudé au bar, abasourdi et assourdi à la suite de la matinale épiphanie, sifflement compris, utilisation du son style Friedkin (French Connection, 1971), lui-même spécialiste en santé mentale (Bug, 2006), le « plouc » l’ouvre, ne se doute de la déroute, proche chemin de croix laïc où se succèdent gendarmes plus ou moins aimables, journalistes intrusifs, pléonasme de rapaces, hippies enfumés et enfumeurs d’abeilles à écarter, à tabasser, in fine ufologue éclairant, écoutant, compatissant, aux allures de Frank Langella dans The Box (Kelly, 2009). La galéjade devenue mélodrame, le « mystère » s’avère amer, personne n’accorde foi au tandem d’infantiles visiteurs venus d’ailleurs, à leur soucoupe au look de « Dauphine », fichtre. 

« L’agriculteur » apprécié, admirateur du maire, bon vivant offrant des croissants, père un peu inquiété par le projet de sa fifille sur le point de s’émanciper, se transforme fissa en paria pour médias, « bête curieuse » malheureuse, affabulateur inoffensif interrogé par des autorités dissimulatrices. Il faudra tout l’amour de l’émouvante Vahina Giocante, toute la tête de Jeannette, vaporisée plutôt qu’évaporée, rationnelle mais maternelle, pour que le témoin, estimé par tous incertain, hormis deux étrangers à l’opposé, militaire menaçant et scientifique empathique, ne souffre plus d’« hypersomnie », reprenne le rythme de sa « vraie vie », montre au poignet aux aiguilles rapides enterrée, alors que le père du Petit Prince a dit (Pascal, 1992) perdait la sienne de son plein gré, en compagnie de sa fillette en sursis. Valensole 1965 s’achève sur une unité retrouvée, filmée au carré, car le gamin immortalise le papa avec sa caméra, héritage d’images délesté de la perversité du Voyeur (Powell, 1960). Loin des « Parisiens », de la presse soupçonneuse, au regard de classe et magot de maquereau, l’ancien résistant ressent sa renaissance parmi le champ de lavande, se souvient « émotionné » de la « bonté » des voyageurs étoilés. La séquence de montage mutique et en musique, sous le signe des travaux itou épiques, écologiques et cosmiques de Reggio, s’apparente ainsi à une purgation de visions, une catharsis de l’incompréhensible, le CV accéléré d’une « galaxie » de tragédies et de merveilles aussi, au creux de laquelle l’esseulé baptisé d’église désertée semblait flotter au fond d’un fondu. Téléfilm anonyme de métaphysique façon Malick, dû à un documentariste thématique, essai de ciné éclairé Ricoré, autant contrefait que l’accent adopté, l’entreprise d’emprise déçoit et séduit en ratage réussi, échec honnête, infime intime.

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