L’Odyssée de David
Exils # 232 (23/09/2026)
Executive producer, Carpenter s’occupa peu de Philadelphia Experiment (1984), en livra une variante avec Starman (idem), « film pour les filles », qu’interprète une autre (Karen) Allen. On devine vite que le voyage dans le temps n’électrise Raffill, cinéaste discret, scénariste invisible, qu’il n’accorde qu’une importance relative à ses conséquences intimes, a contrario du Zemeckis de Retour vers le futur (1985), où se pose la question suivante, excitante, inquiétante : si sa mère tombe amoureuse de Marty, en sus de l’inceste, ensuite comment naître ? Il se fiche de l’interférence, du vacuum, du vortex, lexique technique, alors que le ciel sur le point de s’ouvrir, d’aspirer tout pour le pire, rappelle le pareillement menaçant portail temporel de SOS Fantômes (1984). Rassurons l’horizon : le héros américain fait in fine tout rentrer dans l’ordre, accepte et pardonne, réponse optimiste à la fatalité de La Jetée (1962), boucle bouclée d’Orphée à Orly. Expulsé de Pennsylvanie, en Utah transi, David revient en Californie, chez lui, tel jadis Ulysse. Rebaptisée Allison, Pénélope l’accompagne en compagne, mais le beau matelot, le salue en souriant l’incarcéré travelo, débarque trop tard, une quarantaine d’années après, ne revoit son père qu’en photo. Quant à Jimmy vieilli, le voici converti au déni, à l’oubli, puisqu’un séjour en asile psychiatrique malmène la psyché, l’amitié. Au contraire de Nimitz, retour vers l’enfer (1980), le protagoniste voit et vit l’avenir à l’improviste, apprivoise la TV, ne parvient à ouvrir une canette de Coca-Cola, sponsor a priori vu le répétitif placement de produit. Le décalage horaire entre aujourd’hui et hier manie l’humour et l’ironie, alliances et adversités changeantes, blague sur Reagan, tandis que Crocodile Dundee (1986), encore rencontre désaccordée, couple hors et de ciné, carbure au culturel.
On parle la même langue, on finit par se (faire) comprendre, on corrige la catastrophe scientifique commise à deux reprises, figure du savant fou troquée contre un homme soucieux et doux. Dès le bal inaugural, la mélancolie s’installe, prolongée pendant la tournée de la troupe passant en camion sur un pont, traversant la ville, saluant l’épouse enceinte, celle du départ, de la quarantaine, de l’incertitude certaine. Dénué de rides, conservateur – pas d’enfant sans mariage – et candide, David assiste à une disparition, à une déperdition, et Pamela âgée doit à sa porte s’appuyer, devant le visiteur (re)venu d’antan et plus d’ailleurs, ange étrange à la gueule d’ange, scène assez superbe et intense de reconnaissance, d’épiphanie assourdie, qui doit beaucoup à Louise Latham, autrefois mère amère dans Marnie (1964). Raffill filme en fait une métamorphose, une main aux fesses devenue un cœur en détresse, offre à Paré l’occasion désirée de déployer d’un seul élan, d’un même mouvement, sa virilité, sa vulnérabilité, de pleurer sans capituler, à l’instar des acteurs qu’il admire, à savoir Brando & Dean. La vie imitant l’art, la romance de Michael & Nancy hors plateau se poursuit, irrigue leurs regards, répliques, baisers, fait de Philadelphia Experiment une (tragi-)comédie romantique en rime à New York-Miami (1934), hormis le drap d’une morale datée entre les lits toujours séparés. Co-produit par Corman via New World Pictures, clin d’œil aux Monstres de la mer (1980) inclus, ce succès en cassette (VHS) séduit grâce à sa modestie, son économie, y compris au niveau des effets spéciaux, fonctionnels et non essentiels, à l’opposé des passions humaines, de la déveine, de la bienveillance, de la seconde chance, du champ des possibles et d’un champ de vignes, survolé en hélico en signe solaire et dionysiaque de renouveau. Vrai-faux frère de Highlander (1986), l’estimable item en anticipe la fin heureuse et pas sirupeuse.

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