Le Mari et la Coiffeuse

 Exils # 233 (24/09/2026)

Les scénaristes en tandem – dont celui qui devait diriger, remercié au terme d’une semaine – de Pensées mortelles (1991) virent-ils Garde à vue (1981) ? Et celle de Thelma et Louise (1991), Keitel en commun, encore en flic compréhensif ? Histoire d’interrogatoire, de mariages naufrages, succès en salles, méconnu désormais, le huis clos ponctué de retours en arrière moins doux qu’amers débute et se termine sur des films de famille, deux gamines de home movies, boucle bouclée d’abord d’accord joli, ensuite de nostalgie. Une trompette mélodique et mélancolique humanise soudain et en douceur la partition métallique, presque mécanique, de Mark Isham, comme si la décision ultime de l’anti-héroïne de revenir parmi la police et sur ce qu’elle dit, d’avouer ce qu’elle fit, lui permettait de sauver son âme, de ne pas trahir une amitié, au risque de perdre ses enfants et sa liberté. Au départ, une femme entre dans le champ au ralenti, pénètre dans une pièce, occupe de son plein gré le cadre d’une caméra vidéo. L’œuvre s’achève à nouveau sur ce visage, cette image, en noir et blanc, au bord de l’abstrait, énigme en abyme, tandis qu’en voix off se fait entendre une dernière question, rhétorique et technique : « Prête ? » Le film fini, la vraie confession (re)commence, pourtant le spectateur possède un temps d’avance, la révélation finale, au passage improvisée la veille de son tournage, vite devinable, n’invalide la totalité du récit, permet d’en cerner le central non-dit, assure quelques certitudes. Si Cindy aime son mari, occis a priori par sa meilleure amie, si l’émotion l’interrompt, si sa colère paraît sincère, sa déposition repose sur un essentiel mensonge, que la coda corrigera, mutique et explicite, non péché originel au moralisme in extremis, mais meurtre accidentel et homicide utile commis entre filles.

Sur fond de fête foraine funèbre façon Le Sang du châtiment (1987), dans un van aussi poisseux que celui de La Putain (1991), la MILF égorge au cutter le boulet alors alcoolisé, voulant la violer, qui pique dans la caisse, carbure à la coco, maltraite sa moitié dès la soirée en robe immaculée. Or en écho à Hitchcock, il ne saurait exister de crime parfait, le frère du défunt s’en mêle, s’en va au volant du véhicule malhonnête à force d’être net, tendance Norman Bates, les disputes s’accumulent, la tension accompagne chaque (ré)action, jusqu’à l’assassinat prévisible, n’en déplaise au déni. Doté d’un titre piqué à Shakespeare, de l’idée désirée à l’irréversible réalité, il suffit d’une soirée, de se motiver, de se menacer, de se taire, de survivre en enfer, voici un conte de Noël dépressif, irrigué en privé, en public, par une violence visible ou en sourdine, celle des gestes, du texte. Plus près de Bergman que de Friedkin, même si sa théâtralité jamais théâtrale évoque le davantage satirique Killer Joe (2011), l’ancien assistant d’Altman filme des scènes de la vie conjugale malade, de manière agile, habile, attentive au casting, pendant l’espace et la durée d’un plan-séquence ou le déséquilibre dramatique de plans débullés. Forcé à l’oisiveté plutôt qu’opportuniste, ainsi va la vie de l’artiste, Rudolph accepte l’offre de Taylor Hackford, ne frime, ne sacrifie à l’arty, donne à (re)découvrir le meilleur de Demi, co-productrice impeccable et implacable, que consacra la sortie de Ghost (1990). Bien entourée par Bruce – la scène d’assaut sexuel atteste d’un professionnalisme complice, plus solide que celui du couple en déroute Cruise & Kidman (Eyes Wide Shut, 1999) –, Keitel & Pankow, bien épaulée par la regrettée Glenne Headly, l’actrice s’avère excellente, investie à chaque réplique et silence, porte un personnage plein de substance. De quoi donner envie, au lieu de réévaluer sa filmographie, assez anecdotique, de saluer sa performance ici, à la fois puissante et subtile.                           

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