Robin des Mers
Exils # 159 (21/01/2026)
Qui résiste à un steak cuisiné par Kevin ? Pas ceux, nombreux, qui firent, naguère, le succès en salles d’Une bouteille à la mer (Mandoki, 1999). Éclairé par Caleb Deschanel tel un dépliant touristique, dirlo photo toutefois émérite, collaborateur de Lucas (THX 1138, 1971), Cassavetes (Une femme sous influence, 1974), Gibson (La Passion du Christ, 2004), Friedkin (Killer Joe, 2011), Sheridan (Dream House, 2011), McQuarrie (Jack Reacher, 2012), par ailleurs réalisateur de trois épisodes de Twin Peaks, d’un de Bones, la série de sa fifille Emily ; musiqué de manière peu inspirée par le Gabriel Yared oscarisé du Patient anglais (Minghella, 1996) ; co-produit par la lectrice (extra-)lucide Denise Di Novi, partenaire de Tim Burton, rempilant pour Pitof (Catwoman, 2004), Message in a Bottle, précédent stimulant de The Police, se voit lancé la même année qu’un autre mélodrame hollywoodien, sur lequel je ne reviens, le moins maritime et davantage « interracial », audace US, Anna et le Roi (Tennant, 1999), Caleb again. Chez le très WASP Nicholas Sparks, première fois au cinéma, les hommes (du Maine) ne murmurent à l’oreille des chevaux, s’occupent de construire des bateaux, (re)cadrer un dabe jadis imbibé, se bagarrer avec un beau-frère vénère et bien sûr retomber amoureux, deux ans suivant un décès douloureux, celui de « sainte Catherine », parturiente « évanescente », peintre accaparée, rédactrice altruiste. Documentaliste puis journaliste à Chicago, vacancière à Cape Cod, Theresa désirait écrire itou, l’en dissuada l’infidélité de son ex-époux, désormais remarié, papounet décuplé. Une partie de la critique, souvent cynique, ici quasi à juste titre, ne manqua pas le film infime, d’occasions manquées, vide intime, correspondance (épistolaire, identitaire) et confiance éphémères, puisqu’in extremis disparues en mer, coda ricaine d’héroïsme traumatique et sacrificiel, la romance adulte conclue en catharsis de tumulte.
Remarquez aussi au registre climatique la pluie en rime aux larmes durant la découverte des lettres, petit côté Diamants sur canapé (Edwards, 1961), Sur la route de Madison (Eastwood, 1995), comme si le ciel devait s’y mettre afin que les types s’autorisent in fine à se mettre à pleurer, déclaration tacite d’amour mouillé. Tandis que les estimables Paul Newman & John Savage s’activent un instant, characters secondaires et presque acteurs de complément, que Costner récupère d’un second naufrage, celui de son Postman (1997), modèle de masculinité tendre et endeuillée, l’ancienne Madame Sean Penn à notre bon souvenir se rappelle, ravive le bien que l’on pense d’elle, depuis Princess Bride (Reiner, 1987) jusqu’à Wonder Woman (Jenkins, 2017), en passant par Forrest Gump (Zemeckis, 1994), Crossing Guard (Penn, 1995), Perfect Mothers (Fontaine, 2013) et Le Congrès (Folman, 2013), film hybride, fable réflexive, plus que jamais d’actualité, mis en musique par le master Max Richter, son rôle le plus étonnant, le plus émouvant. L’acteur tourna Robin des Bois : Prince des voleurs (Reynolds, 1991), alors enceinte, Robin Wright ne put hélas y être Marianne. Huit années après, la trentaine sereine, le talent évident, la revoici en culotte (et nus pieds) près de la flotte, fragile et forte, femme fréquentable au contact de mecs aimables, dont le rédac chef connu au long cours, épris à demi, surprise de sa vraie-fausse « enquêtrice ». Doté de transparences à La Croisière s’amuse, d’un atelier intact de « chambre verte » truffaldienne, signé d’un cinéaste mexicain anodin, ce téléfilm inoffensif dessine une élégie (trop) jolie, dont le romantisme démuni de bougie (pourvu de bouche, de douche) (dé)mine l’idéalisme, invite à partir, incite à « choisir », (se) consacrer le (au) « quotidien », Kevin & Robin le valent bien…

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