Moschitto Coast

 Exils # 204 (03/06/2026)

Si, comme on dit, les bonnes intentions servent de pavage infernal, une bonne action peut vite s’avérer fatale. Hors corridor façon Fuller, bambin malsain à la Bava, ce Schock (2023) homonyme de tandem germanique en fait une démonstration démunie de dérision. L’ensemble souffre certes du syndrome Rosetta, caméra portée dans le dos du anti-héros en veux-tu en voilà, s’étire de pire en pire, rien ne révolutionne et de trop beau n’ambitionne. Il se suit cependant sans déplaisir, soigne assez ses personnages du « deuxième sexe », surtout la sœur, elle-même (in)soumise au malheur, prise au piège du déni des activités du mari et in fine d’une fusillade d’habitacle. Pour escorter cette descente effectuée par paliers vers une perte ultime et définitive, celle de l’âme, messieurs-dames, après d’autres professionnelles et personnelles, la bande-son esquive la fameuse performance de Keith Jarrett et se compose de techno teutonne – cancer à Cologne et non The Köln Concert donc. Le buono Bruno, ex-drogué divorcé, multiplie les tournées, médecin en sursis. Le capitalisme de combines, la nuit de la ville, la violence polyvalente, introduite via une scène d’arrachage de dents éprouvant, le contaminent au quotidien et le métamorphosent en exterminateur en froide fureur. Le pseudo père peu patibulaire s’assoit en coda, sonné par ce qu’il vient d’accomplir, de détruire, à moitié allemand roi Lear parmi des cadavres en écho à ceux des Chiens de paille (1971). Il faut en effet se méfier de l’eau qui dort, idem proverbe en contexte, des petits hommes qui implosent à cause de leur névrose, a fortiori s’ils portent une moustache fine à la Charlie Chaplin. Le simulacre d’une perfusion de trahison, au fournisseur sportif liquidé en coulisses, cristallise l’entreprise, de démolition, de déshumanisation.

Tandis qu’autour de lui tombent les êtres et les têtes, le toubib résiste, déjà mort à sa manière douce-amère, même s’il subit une confiscation de phalange du pouce polie à la lime, sommet de l’incarnation assumée du régime du film, à la fois véhicule – au propre et au figuré – narcissique d’acteur et créateur impliqué, exercice masochiste de retour du réel, voire du refoulé, sous le signe d’une réaliste corporalité. Jamais manichéen, cf. la demande sincère du beau-frère au sujet de sa femme, la bonhommie d’Italie du vieux mafieux malade, toujours inserein, Schock contraste de couleurs fortes une obscurité dédoublée, de milieu et d’intimité. Cruelle ironie, le conducteur doté d’un cœur doit au solde de sa déontologie de sombrer dans un océan de sang, seul et solitaire survivant, anesthésié sans antalgique par le massacre mécanique. Figure dépressive de film noir béhavioriste et fataliste, aux filigranes diaphanes, Bruno remémore Costello, suicidaire que son monde immonde indiffère, pétrifié par une pianiste plus sculpturale et spectrale que celui précité, Méduse métisse du tueur autiste. Samouraï avec masque à l’écart du serment d’Hippocrate, le protagoniste laconique traverse des avenues et des vies en travées de cimetière, en vain se met au vert. Malgré tous ces mecs à main armée, blessants et blessés, surgissent des instants de tendresse presque obscène, main tenue de la prostituée pathétique, allergique, envapée, enterrée, étreinte gentiment incestueuse de la sœur pas heureuse et précieuse. Délesté d’idéalisme, de sentimentalisme, muni de modestie, l’item ne romantise ses criminels, ne leur accorde aucun romanesque, n’en déplaise à l’appréciable Placido, car ce criminale romanzo molto tedesco se limite au diagnostic d’une leucémie métaphorique, le cas médical miroitant le cas social, constate une anecdotique et symbolique débâcle, chaos hors sanglots, impitoyable placebo, privé de thérapie, de traitement… de choc.

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