La Poule et l’Œuf
Exils # 203 (02/06/2026)
Après J’ai épousé une extra-terrestre et La Mutante, voici donc un troisième alien blond, le même couple en (dé)route de Festen. Visiteuse venue de l’espace et mante religieuse anthropophage, en quête d’empathie paraît-il caractéristique de l’espèce bipède, chez elle règne la guerre, l’extermination à l’horizon, la remplaçante inquiétante, émouvante, prend possession d’un corps à l’abandon, endormi, en catimini, sorte de luciole louche pénétrant par la bouche ; plus tard, les petits passagers du car ouvriront la leur de stupeur, O collectif de cri mutique. Si les crayons du psy de service relèvent de la compulsion, celui de la vraie-fausse suppléante ressemble à un morne métronome, au battement inclément d’un temporalité entre parenthèses, projet européen et parisien balèze, qui s’arrêtera et reviendra en arrière, seconde chance laissée à la classe dans l’impasse, photographique et prophétique. Derrière le divertissement assez amusant, destiné aux adolescents, se (re)trouve en définitive le motif du fameux flûtiste de Hamelin, ravisseur calmement énervé de gamins. The Substitute (2007) inverse en sus le conflit pédophobe des deux Village des damnés : les élèves se rebellent versus une enseignante malsaine, étrange étrangère athlétique et cynique, actrice à mi-temps et séductrice de parents. Surnom en rime aux héroïnes de Brass & Kon, Paprika Steen excelle à exprimer des traits contradictoires et contrastés, ce rôle sombre et drôle constitue un cas d’école, une façon d’affirmer le maniement et le talent du métier. Sans sa présence, tout ceci risquerait de se limiter à un mélodrame bien œdipien, une œuvre sur le deuil, une parabole un peu folle, (dé)montrant comment surmonter la perte d’une maman, accident en noir et blanc, gros logo de Volvo, accolade paternelle et masculine en prime, premier baiser en coda demandé accordé.
Carl ne succombe à la pathétique représentation, lorsque l’extra-terrestre vole la voix et le visage maternels, admet sa mort en somme, devient un homme, dessillé, inséré, cheveux longs ou non. Sa virilité se fiche de la chevelure, décide de ne plus s’adresser au ciel, de bousiller le ballon autorisant l’envahisseuse astucieuse à s’adjoindre aussi sec la marionnette d’un ministre de l’Éducation de bon ton. Le climax prend place parmi la volaille, l’équipage du voyage à échelle lilliputienne. La version relookée de la marâtre de conte de fée n’affronte plus un transi chevalier mais une femme flic venant d’emménager à proximité, cycliste à fifille et in extremis némésis à main armée, féminisme soft face au féroce de la vorace invitée, dévoreuse drolatique du falot et phallo analyste. Si le cinéphile français ne manque de constater que le chœur local convaincant ne comprend que des Blancs, contrairement au psychodrame familial cité supra, à l’antiracisme en sourdine, de quoi mettre en colère la « nouvelle France » de LFI, Entre les murs en film de chevet, on peut le supposer, le cinéaste trame sa fable de résistance et de résilience, dédiée à la solidarité, « parole de l’enfant » à (ré)écouter, respecter, ersatz de téléfilm Netflix tourné au Danemark, nanti de teintes malades et verdâtres, aussi lisse qu’un film… alimentaire en plastique. Simulacre ironique, contre la morale pratique, il faut l’énergie de la jeunesse, la virtuosité de la maturité pour insuffler un semblant de vie, d’envie, aux images de notre âge, déjà mortes au monde, comme les dames du château de Sade, numérique autant, autrement. Monsieur Attal réclamait des cours d’empathie, les casseurs de samedi (en) ricanent, MM. Bardella & Mélenchon se frottent les mains, (dé)raisons et destins. Ni L’Invasion des profanateurs de sépultures ni Zéro de conduite, la modeste comédie noire demeure ainsi plus réussie que Le Veilleur de nuit (1997).

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