Bram Boner
Exils # 215 (01/07/2026)
« The blood is the life, Mr. Renfield » dit Dracula au descendant dingo et puceau du « mangeur de mouches » (idem l’identifie l’infirmier). Le sperme et le sang s’équivalant ? En tout cas pas au cours de l’exercice de style plus méconnu que le « communautaire » Blacula. Sorti un an avant la version romantique de Badham, Dracula Sucks (1978) ne démérite au niveau de sa direction artistique et photographique, même si sa musique ne rivalise avec celle de Williams. Doté de décors et de costumes soignés, le film souffre cependant d’un tournage semble-t-il souvent improvisé. La question anecdotique, rhétorique, de tripatouillages de montage mise à part, le cinéphile horrifique jamais entièrement ne s’égare : revoici le cirque gothique et la panoplie du comte de Transylvanie, certes délocalisés au sommet d’un désert et dans le tombeau d’un château made in USA. Pour l’époque, on penche vers les années trente, yellow cab inclus, dialogues radiophoniques sur la bande-son des copulations. Si le doute temporel persiste, la certitude d’un échec à demi réussi va de soi devant ce Dracula(x) aux culbutes pour adultes. Moins mélancolique et satirique que celui de Morrissey, évanouie virginité, moins historique et sadique que celui de Salieri, classé X aussi, le métrage relève davantage de l’hommage que de l’outrage, en dépit de divergences évidentes. Le vampire voisine désormais avec un asile d’aliénés, les patients portent sa marque et Van Helsing (Nalder chez Hitchcock & Hooper), traité de nazi, porte des cicatrices sur le visage, un conducteur noir adepte du gospel mate une étreinte médicale d’habitacle, le docteur Seward, veuf et boiteux, se calme au contact maternel et sexuel de sa sœur, le fils de Renfield possède une tante et la déteste, Harker se fait traiter illico d’homo et Lucy décède sur le siège des toilettes, trépas trivial en rime au bidet ensanglanté d’Udo Kier.
À défaut d’être « jouissif », sauf si un imposant pénis blessé, rougi, vous ravit, le pastiche demeure roboratif, maîtrise son rythme, multiplie les péripéties. Incarné par un casting choral impeccable, qui rassemble les stars des blue movies de jadis, mention spéciale au stakhanoviste Gillis du rôle-titre, à l’accent guttural digne de la diction de Lugosi, à l’aristocratique, britannique et trentenaire Kay Parker, bientôt la mariée malheureuse et la mère incestueuse (bis) de l’interminable série à succès des Taboo, franchise féminine, Malle s’emballe, décennies d’audace assumée, tandis qu’aujourd’hui, moralisme oblige, les amours en famille se limitent aux belles-mères, aux belles-filles et tutti quanti, disclaimer compris, filmé de façon appliquée, il se conforme à son intitulé polysémique et programmatique. Dracula « suce », ou plutôt se fait sucer, en coda par la douce élue Mina, bien nommée Annette Haven, rencontrée à l’occasion de Body Double par un De Palma démoralisé de sa douleur, de sa lucidité, Dracula « craint » (nul ne le craint), moins amusant que promis, plus convenu aussi. Les interprètes littéraires du pavé de Stoker le transforment en roman érotique, témoin d’un temps puritain, mais le métrage de Marshak ne se soucie du « sociétal », d’une dialectique libidinale et sépulcrale, du désir de la « petite mort » que réalise et anéantit nuitamment la grande. Illustrateur respectueux de l’imagerie d’origine, donc de Browning, il s’avère un héritier de la Hammer au lieu d’un pornographe frondeur et ceci rapproche sa pochade recommandable du Frankenstein rajeuni de Brooks. Au final, retour à la normale, l’ordre des castes et des cocks se voit rétabli, le soleil incendie les amants réunis, la main de Dracula enserre celle de Mina, corps à corps par-delà le bien et le mal, la vie et la mort, derniers feux tristes et joyeux d’un bref « âge d’or » dont gémir encore.

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