T’as pécho ?


Un métrage, une image : Ce plaisir qu’on dit charnel (1971)

À la suite d’un générique explicite, acoustique, à deux types, à double problématique, aimé, être aimé, en sus, bien sûr, baiser, être baisé, à l’arrière, la mélancolie d’après-guerre d’un fameux air de Glenn Miller, plus tard on percevra Amapola, longtemps avant Leone & Morricone (Il était une fois en Amérique, 1984), ça parle de personnages, de rôles sociaux, donc annonce une similaire discussion de El buen patrón (León de Aranoa, 2022), aussi placée sous le signe de l’incertitude d’identité, de surcroît quantique. Vers la fin, le coma d’â côté de l’amante émouvante, emmerdante, suicidaire, à défaut de cuisinière, Art Garfunkel en toubib à bout, au bout du fil, prophétise en situation Enquête sur une passion (Roeg, 1979). Quant à l’engueulade responsable, précédente, moins insupportable que poignante, de « prick » et de « gift », elle pourrait passer pour du Pialat, surtout celui de Nous ne vieillirons pas ensemble (1972), si la caméra ne pratiquait du champ-contrechamp d’antan, tandis que durant une partie d’invisible tennis, amitiés à Antonioni (Blow-up, 1966), elle carburait au plan-séquence, Cindy, Bobbie puis Sandy suivant des yeux la partie, métonymie d’un métrage construit comme du ping-pong dialogué, sans silence, SVP, aux (sur)cadres millimétrées, à la théâtralité assumée, digne du script d’origine. Le ciné de Nichols, on le sait, ne cassa jamais ses pattes au canard, ni au dauphin ses nageoires (The Day of the Dolphin, 1973), cependant il dirigea avec une modeste maestria des acteurs et actrices complice, au talent évident, cf. parmi sa filmographie Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966), Le Lauréat (1967), Biloxi Blues (1988), Working Girl (1988) ou Wolf (1994). Tel The Graduate, matrice apocryphe de la mode MILF, niche du X, acronyme d’onanisme, que popularisa paraît-il American Pie (Chris & Paul Weitz, 1999), il s’agit ainsi d’une comédie dramatique, d’une satire où sourire, certes superficielle, peu plurielle, au creux de laquelle un casting choral impeccable semble anticiper l’idem désenchanté Scènes de la vie conjugale (Bergman, 1974). Des hommes en binôme, cinq femmes fréquentables, fréquentées, épousées, divorcées, cela s’additionne, se questionne, participe à/d’une chronique ni historique, en dépit des décennies, ni sociologique, paresse du réflexe de la guerre des sexes. Pas une seule seconde « obscène », épithète de procès, érotique, malgré le décolleté, le fessier de la remarquable et remarquée Ann-Margret, bientôt mémorable maman de Tommy (Russell, 1975), Carnal Knowledge ne se soucie d’exciter, de produire du plaisir, n’en déplaise à l’intitulé français, davantage de donner à voir un savoir, son absence, au sujet de la chair, des chères, de mecs démotivé ou amer. Entre l’étau tragique et rigolo de l’idéalisme, du cynisme, la solution de saison de l’échangisme ? Hélas, impasse, impuissance, projection à la con, au vitriol, pas drôle, néanmoins l’ultime conquête, minette mignonette, Carol Kane (Terreur sur la ligne, Walton, 1979) la boucle, ne doit larmoyer, pas « Lassie », en effet, tant pis pour Liz Taylor, alors, encore (Fidèle Lassie, Wilcox, 1940). Père d’une « princesse » prénommée Wendy, salut à Shining (Kubrick, 1980), pourvoyeur de pension, notre anti-héros « kind » et « bastard » se console en coda auprès d’une prostituée, caméo érectile et à domicile de Rita Moreno, également plus âgée, actrice au carré de monologue camelote de surhomme adressé droit à l’objectif, sans doute écrit par l’accro, pitoyable scénariste en position de fatiguée fellation. De la patineuse à mater à la cheerleader à adorer (American Beauty, Mendes, 1999), quelque chose déconne au niveau des hormones et des sentiments d’un certain modèle masculin américain, mais le mal du mâle remonte à plus loin, on repense à Comme un torrent (Minnelli, 1958), mélodrame en reflet, plus coloré, plus incarné, pas moins lucide, dépressif. En définitive, Johnny & Sandy devraient devenir pédés...  

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