Rappelle-toi Barbra

 Exils # 196 (06/05/2026)

La blondeur de Redford, le strabisme de Streisand, la musique de Hamlisch, les rimes des Bergman, un play-boy en uniforme (et en forme), une passionaria toujours là (où il ne faut pas), le Scope de Pollack, un zeste de Fitzgerald, sans omettre le communisme (à la sauce US), le maccarthysme (made in Hollywood), la judéité (donc les WASP en reflet) : si tout ceci ne vous suffit, rajoutons des allitérations (The Way We Were devenu en français Nos plus belles années, clin d’œil cinéphile aux Plus Belles Années de notre vie (1946), aperçu ici sur une marquise), deux Oscars mélomanes, un casting choral impeccable (mentions spéciales à Chiles & Woods, charmants, attachants), Chayefsky, Coppola, Trumbo (non crédités, OK) au scénario, dû en définitive à l’insider (autobiographique, sinon sociologique) Laurents, l’auteur de La Corde (1948), Vacances à Venise (1955), du musical West Side Story, l’éminente monteuse (aussi « superviseuse ») Margaret Booth et le dirlo photo Harry Stradling Jr. (Little Big Man, 1970, Le Convoi, 1978). Échec critique et réussite économique, à la production un peu chaotique, cf. la séquence explicite de projection prophétique, l’opus possède une structure épisodique, le temps passe, les sentiments se mettent en marche, traversent et se retrouvent dans une impasse, chronologie impressionniste reprise et corrigée, happy ending en prime, par Quand Harry rencontre Sally (1989). Selon cette reconstitution, pas de simulacre d’orgasme à table, mais une première nuit au lit tragi-comique, gymnastique automatique, amnésie alcoolisée davantage que rêve (humide) réalisé. Au « pays de la crème glacée » (titre symbolique d’un premier dernier roman bientôt adapté pasteurisé au ciné), de la (trop) grande « facilité », il suffit d’un fondu enchaîné pour se revoir enfin, sept ans (de marxiste malheur ?) après, filmer une fascination mimétique, puisque la vie s’empare de l’art.

Le béguin de Barbra crève l’écran (dévore l’acteur), lorsqu’elle admire Robert immobile, imbibé, immaculé, les yeux grands fermés, à l’instar de Sydney chez Stanley, Kubrick complotiste (Eyes Wide Shut, 1999). Auparavant, parenthèse universitaire idem douce-amère, l’antifasciste frémissait à ses talents littéraires, écho à la rousse (et rouge) outcast craquant pour un poème de Tommy, pareillement blondinet dansant (Carrie, 1976). Les home movies de Pollack n’anticipent les satiriques homonymes à la De Palma, reprennent le meeting victorieux et honteux, Katie pacifiste au fil des décennies, contre le franquisme et la guerre froide. Streisand (déguisée en Harpo guère coco) débuta au cinéma en drôle de fille (Funny Girl, Wyler, 1968, biographie avec Sharif), voire l’inverse, néanmoins ne s’amuse d’une blague à deux balles sur la veuve de Roosevelt. Pendant une explication à Union Station (retour de Washington, liste noire dare-dare), gare de LA au restaurant déserté, les amants par intermittence s’affrontent fissa, lucidité distanciée versus idéalisme social (et sentimental), « personnes et principes », gens et idéologie (frange recoiffée, cheveux « détendus »). Même transplanté, un palmier comparé peut apprécier sa place ; même séparée, la militante enfante une fille refusée par l’écrivain de TV, en coda recroisé accompagné. Moins homoérotique (Les Chasseurs de scalps, 1968), panoramique (Jeremiah Johnson, 1972, l’un des meilleurs rôles de Redford, merci Milius), nostalgique (Yakuza, 1974), paranoïaque (Les Trois Jours du Condor, 1975), malgré le micro du tableau, romantique (et exotique) (Out of Africa (1985), ethnographique (Yentl, 1983), la love story déçoit et séduit, comme un remake alangui, assourdi, inabouti, du mélancolique et mélodramatique Comme un torrent (1958) de Minnelli.     

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