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La Poupée : La Mécanique des femmes

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Ernst Lubitsch. MADELEINE. Mais comment est-elle devenue aveugle ! Elle devait avoir des yeux. Sophie ne disait rien ; elle regardait la poupée et pleurait. Comtesse de Ségur, Les Malheurs de Sophie There was no boy sitting in the chair. It was a doll. Human enough, damnably lifelike, with a foul distinctive personality but a doll. Only a doll. The eyes stared into mine without recognition, the mouth leered foolishly. I looked at Rebecca, she was watching my face. Daphne du Maurier, The Doll En découvrant, presque un siècle après sa sortie, La Poupée de Lubitsch, on ne peut pas ne pas penser au contemporain Cabinet du docteur Caligari , au proche Joueur d’échecs , au lointain Les Femmes de Stepford , davantage qu’à Hoffmann (le générique mentionne le scénariste Hanns Kräly et le compositeur Willner) ou à sa relecture superbe par les Archers (rajoutons que L’Homme au sable , matrice m...

Demain ne meurt jamais

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What if , à vif. Et si le cinéma n’existait pas ? Peut-être, alors, saurions-nous vivre. Et si Marey, Muybridge, Émile Reynaud disparaissaient, purement, simplement, de la préhistoire d’un septième art par conséquent ni art ni septième, pas même impur et complexe ? Et si l’incendie du Bazar de la Charité réduisait en cendres, de manière définitive, cette mécanique dangereuse, aux origines rupestres, prophétisée par Platon dans sa caverne aux illusions ? Et si le train arrivé à La Ciotat ne repartait plus vers Treblinka ? Et si, au lieu de se complaire dans la direction d’acteur puis de spectateur, le cinématographe, apocopé ou pas, prenait une autre direction, ne se souciait plus de pognon, de narration, de réputation ? Et si l’image animée restait, pour un temps, pour un instant seulement, immobile, fixe, debout, non au garde-à-vous, non inféodée à la TV, qui jamais ne se préoccupera de cinéma, qui ne cherche jamais rien d’autre qu’à se fournir en fic...

La Planète sauvage : Le Dernier des hommes

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de René Laloux. « On ne doute pas des vertus de La Planète sauvage  » écrivions-nous en novembre dernier, en conclusion de notre éloge de Gandahar  ; des vertus, des beautés, des enthousiasmes, ce long métrage d’une heure dix en possède, moins cependant que l’ultime volet de la trilogie apocryphe de l’émérite René Laloux, franc-tireur spatial et déplacé (donc délocalisé) au sein d’un cinéma français traditionnellement rétif à la SF, sinon à l’animation (on épargne au lecteur les deux ou trois noms d’exception d’une règle confirmée). L’œuvre restaurée (« avec le soutien du CNC » en 2016) débute à la Bambi , par un matricide, jeu cruel et innocent d’épuisement, de pichenettes puériles – la mère au format réduit du futur Terr n’y survivra pas, victime protectrice (elle enserre son nourrisson) de grands enfants, littéralement, à la peau bleue, aux yeux rouges, aux oreilles de sauriens et aux cr...

Loups-garous : Le Loup des steppes

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Voilà qui plaira (ou pas) à Hélène Grimaud, aux ados davantage qu’aux fans de piano. Tout, vous saurez presque tout sur le loup-garou, en dévorant cet agréable ouvrage à la fois sérieux et léger, textuel et illustré, assez British à défaut d’être exhaustif. L’auteur divisa son essai synthétique en cinq parties, rythmées par une série de courts encadrés. Sociologie de la bestialité, importance du motif dans la culture classée populaire, féminité de la monstruosité, interrogation à propos de sa véracité ( via un recours à la vérité des contes) plus quelques conseils pour s’en prémunir, si l’on rencontrait le pire… Ainsi se structure une étude folklorique autant qu’esthétique et psychologique. Le lecteur cinéphile restera certes un peu sur sa faim (de loup, of course ), même si des séries TV se voient évoquées. Rassurons-le : les classiques de George Waggener, Terence Fisher, John Landis, Joe Dante, Neil Jordan et leurs avatars modernes signés John Fawcett, Neil Marshall,...

La Tour du diable : Le Phare du bout du monde

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Jim O’Connolly. Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes, Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum , Sont un écho redit par mille labyrinthes ; C’est pour les cœurs mortels un divin opium ! Baudelaire, Les Phares , Les Fleurs du mal « Masturbation is so boring » affirme Nora, femme estampillée libérée de 1972, cougar avant l’heure, membre d’un quatuor de scientifiques échangistes. Ennuyeux, l’onanisme ? Cela reste à prouver, cela fait sourire (ah, l’humour britannique des joutes féminines verbales et vulgaires), surtout que le métrage exhumé désintéresse assez, amuse par indulgence. Pur (impur au niveau des intentions) produit d’exploitation à la con, Tower of Evil (le mal ? Le mâle) donne le ton (la caméra tourne en rond, littéralement) dès son générique, prend de la hauteur au-dessus de son phare phallique (maquette proprette), annonce la coul...

Visages d’enfants : Belle maman

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jacques Feyder. Presque centenaire (la pellicule brûle, comme dans Berberian Sound Studio ) et pourtant restauré (musique illustrative et sucrée superflue, vous voilà prévenus), Visages d’enfants donne envie de redécouvrir la filmographie de Jacques Feyder, irréductible à L’Atlantide , à Anna Christie , au Grand Jeu ou à La Kermesse héroïque . Pour faire court, il s’agit d’un mélodrame modéré, d’un film montagnard, d’une leçon de cinéma admirée des critiques (y compris au Japon, bon), boudée du public (banqueroute des producteurs incluse, après une sortie retardée par un différend de distribution). On sent, dès les premiers plans, qu’un vrai cinéaste se trouve derrière la caméra, qu’il ne saisit pas une claire cascade par hasard, que le cadre idyllique abrite aussitôt un deuil (Lynch maniera itou le chaud et le froid à l’ouverture de Blue Velvet ). Maître du cadre, de la direction d’acteur (on reverra Jean F...

Exil : La Déchirure

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Rithy Panh. He had the saddest eyes The girl had ever seen He used to cry some nights As though he lived a dream And as she held him close He used to search her face As though she knew the truth Lost inside Cambodia Kim Wilde, Cambodia À ma mère Film-cerveau et film-tombeau, Exil déploie dès le premier plan un Cambodge mental et iconique – image projetée, sacrée, spectrale, transcendante autant que « manquante » – qui nous évoque l’Annexie du duo Burroughs/Cronenberg ( Le Festin nu , 1991) : il ne s’agit plus de conjurer les démons à demeure ni le hasard accidentel, impitoyable, responsables de la mort d’une femme aimée, devenue la muse d’une écriture endeuillée, rageuse contre toutes les formes de contrôle, de coercition, de démission, mais de ressusciter une mère massacrée par un régime revendiqué de libération, et à travers elle de ranimer un pays, une époque, de conf...