Articles

The Whispering Star : Fragile

Image
  « Tu n’as rien vu à Hiroshima » mais tu aperçois Fukushima. Her lips are soft and moist With whisper, whisper, whispering whispers Elton John, Whispers Film feutré, film secret, The Whispering Star (2015) mérite son intitulé. La solitude et la finitude s’y expriment à voix basse, murmurent une messe idem de requiem à peine ponctuée d’un violoncelle, d’un aria d’autrefois. Infinité de l’espace, fin de l’espèce, pourcentage de désavantage, puisque 80 % d’intelligence artificielle contre 20 % d’humaine. Les cartons d’introduction et de condamnation prennent acte de la situation de science-fiction, du monumentalisme des errements, du minimalisme du temps restant. Si la science doit progresser, les bipèdes s’avèrent sur le point de s’éclipser. Le métrage millimétré, géométrique, sous l’influence mélancolique, claustrophobique, de Kubrick, celui de 2001, l’Odyssée de l’espace et Shining , adopte « l’amour » des hommes pour la distance et la ...

Flavors of Youth : Nouvelle cuisine

Image
Se retourner sur ses pas pour mieux aller de l’avant. Les crayons dans les cassettes Je rembobine, tu te souviens Calogero, 1987 À défaut d’être savoureux, ce dessin animé Netflix possède un certain goût doux-amer, celui de la nostalgie. Surplombés par une voix off réflexive, trois récits successifs de longueur inégale (15 minutes + 30 x 2) essaient de rattraper le temps perdu, y parviennent in extremis et jusqu’après le générique, lorsque nos personnages principaux se retrouvent dans la même salle d’attente du même aéroport, boucle bouclée de coda ouverte sur le ciel unique des possibles multiples. Des nouilles de riz, une robe rouge, une cassette obsolète : le passé se cristallise au moyen d’aliments et d’objets qui le retiennent et le ressuscitent, telle une fameuse madeleine proustienne. L’action du triptyque se situe en Chine, en 1999, 2002, 2008 ou 2020, mais la sensibilité (lumineuse) du regret arbore une nationalité nippone, de superbes cerisiers en f...

Crimes dans l’extase : Et mourir de plaisir

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jess Franco. Mélodrame hédoniste, Crimes dans l’extase (1971) se souvient de La mariée était en noir (1968) et immortalise la regrettée Soledad Miranda au sommet de sa beauté, de son intensité. Film d’amour, de mort, c’est-à-dire film au bord de la mer, élément tarkovskien à l’unisson des étreintes, des décès, ce métrage à l’intitulé sadien explicite, relisez Les Crimes de l’amour , accompagne une femme « normale » rendue criminelle par une excommunication suivie d’un suicide, ainsi que le résume avec justesse et justice le policier de service, incarné par le malicieux Horst Tappert, sur le point de se déguiser en Derrick, flic sociologique. Davantage qu’une apologie de l’orgie, il s’agit d’une œuvre sur la folie et la mélancolie, sinon la nécrophilie, dont la dimension sentimentale et morbide s’inscrit dans la culture allemande, au-delà du hasard de la co-production espagnole et du doublage inspiré...

El aviso : Drowning By Numbers

Image
Le 12 avril 2018 ? Le 30 juillet 2018. Téléfilm de luxe façonné par Netflix, qui semble se spécialiser dans ce type de produits, El aviso (2018) pouvait s’avérer une œuvre vertigineuse, la rencontre improbable et pourtant cohérente entre La Jetée (Chris Marker, 1962) et Le Nombre 23 (Joel Schumacher, 2007). Son argument intéressant associe deux temporalités principales, à dix ans d’écart, et ressuscite brièvement, en noir et blanc, trois autres époques. En Espagne, durant plus d’un siècle, à la même date, cinq fusillades se produisent sur un identique « lieu maudit », sorte de triangle des Bermudes spatio-temporel abritant successivement une banque, un hôtel, des pompes à essence puis une station-service. Hier, un trentenaire passé près, hospitalisé six mois pour schizophrénie, se convainc d’avoir découvert une suite mathématique et en arrive à vouloir éviter que le futur ne ressasse le passé. Aujourd’hui, un collégien harcelé, sur le point de fêter son dixiè...

Hunting Emma : Mortelle randonnée

Image
Dormir ou mourir, mieux viser avant de nous aviser. Emma Le Roux ne « balance » pas ses « porcs », elle les poignarde, dans le ventre ou le dos, elle leur lâche un gros rocher sur la tronche, elle les embroche, elle les plante, elle les envoie à terre à coup de fer (à repasser, à trépasser), elle les descend de ses deux mains armées, olé, le duel à la Sergio Leone survolé par une guitare espagnole. Après la fille de militaire et de chasseurs de Downrange (Ryuhei Kitamura, 2017), voici celle d’un ancien des forces spéciales spécialisé dans la reconnaissance. Afin d’éviter qu’elle les reconnaisse, qu’elle les dénonce à la police en tant que témoin de l’exécution initiatique d’un flic épris de ketchup , six lascars trafiquants de came, amateurs et professionnels, la traquent une centaine de minutes durant, au sein d’un désert sud-africain valant bien l’australien, éolienne de Razorback (Russell Mulcahy, 1984) en commun. Certes plus souple et plus blonde que ...

Biology 101 : Anatomie de l’enfer

Image
Réservé aux membres ? Minoré par l’anémie. Pourquoi passer/perdre sur PC l’épuisant ensemble de ses nuits ? Parce que « la vraie vie, ça craint », putain, pardi. Pourtant le père Pollard, pas si pervers ni polaire, que ne laisse pas de bois la plastique impeccable de Noelle DuBois, possède une planque, pardon, une place pépère, professeur universitaire + directeur de département, une épouse compréhensive, au physique plaisant, abonnée au sexe hebdomadaire, plutôt à son absence, à cause des connexions précitées, une fille certes adolescente, donc un chouïa chiante, mais au fond fidèle à l’innocence de son enfance pas tant à distance. Innocent, le bon Bill, victime immaculée d’un chantage au viol, d’une extorsion de microscopes devant lesquels se pâma son collègue dégarni, en blouse blanche ? Pas tout à fait, car il cache un pistolet dans son placard, car il insulte sa muse maquée avec un autre (que lui), car il s’en va trouver, armé, le couple soupçonné...

Downrange : American Sniper

Image
Pneu crevé ? Film essoufflé.                 I shot the sheriff, but I did not shoot the deputy Bob Marley Unité de lieu, de temps, d’action : six passagers d’un SUV subissent les assauts d’un tireur embusqué, sur un arbre perché, en pleine journée, le long d’une route rurale isolée. Une famille, père endormi, mère au volant, enfant volante, puis, de nuit, quatre policiers motorisés, armés, les rejoignent – dans la tombe. Comme selon la comptine macabre d’Agatha Christie, l’élimination numérique et mécanique se solde par une soustraction définitive, puisque l’unique survivante, victorieuse du bourreau délogé, doté d’un gros couteau à la Rambo, sa face camouflée fracassée à coup de crosse de fusil elle-même décorée du total de ses victimes, reçoit au creux de la gorge la dernière balle décoincée par sa colère, misère. Avec un tel argument solaire et linéaire, on pouvait espérer un survival abstr...