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Conte de printemps : Viens chez moi, j’habite chez une copine

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Éric Rohmer. Bavard, Rohmer ? Conte de printemps (1990) commence comme Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), par un silence sonore de plusieurs minutes, d’introduction comportementaliste. Ensuite, le cinéaste semble relire ses Nuits de la pleine lune (1984), au moins le temps dune party pourrie, où s’emmerder en solo puis duo. Conte de printemps pouvait, pourrait s’intituler Ma nuit chez Natacha , car il retravaille en partie la philosophie de Ma nuit chez Maud (1969), Platon substitué à Pascal. Il remémore idem Le Genou de Claire (1970), cf. la scène de la tonnelle à réparer, la jeune fille sur son échelle juchée, face à son papounet improvisé jardinier. Ce jardin-verger reviendra lui aussi, sous une forme développée, paradisiaque, servira d’écrin naturel, sensuel, aux Amours d’Astrée et de Céladon (2007). Mais ici point de soleil, ou à peine, plutôt un printemps pluvieux, un huis clos du côté de F...

La Femme sur la Lune : Le Gardien du manuscrit sacré

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Fritz Lang. Elles, dans le suave La faiblesse des hommes, elles savent Que la seule chose qui tourne sur Terre C’est leurs robes légères Alain Souchon La Femme sur la Lune (1929) débute dans l’escalier de M le maudit (1931), se poursuit dans le bureau des Espions (1928), passe par la chambre à coucher du Tigre du Bengale/Le Tombeau hindou (1958-1959), puis s’achève sur la plage des Contrebandiers de Moonfleet (1955), justement, boucle bouclée avec le satellite sélénite, chic. Il s’agit, par conséquent, d’un film de Fritz Lang, d’une leçon d’astronomie, de géométrie, de cinématographie, où chaque putain de plan puissant stupéfie par sa capacité d’émerveillement, sa rigueur arithmétique. Voilà Lang en alter ego de l’entrepreneur du récit, voire l’inverse, les plans de la fusée mettent en abyme ceux du ciné. L’architecture radicale du métrage annexe un mobilier daté, localisé, carrément alleman...

Meurtre en 45 tours : Week-end

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Un aveugle à violon, une justice à l’unisson – DD sans Daredevil… On croit reconnaître vite la chanson des Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955), mais cette nouvelle adaptation du tandem Boileau & Narcejac ne joue jamais la même partition. En résumé, il s’agit d’un téléfilm inoffensif, commis par le méconnu Étienne Périer, ensuite, logique, reconverti à la TV. Celle-ci, qualifiée de « truc » par le musicien méprisant, peu soucieux de sa domesticité, formate le métrage et son paysage, s’incruste en incrustations de saison, en grosse caméra méta. Apparemment transparent, l’argument implique des transparences assez rances et surtout un ménage à trois entre bourgeois. La chanteuse amoureuse, l’amant désarmant, même armé, le compositeur à la froide fureur, petit plaisantin d’outre-tombe : le vaudeville vire vers le suspense paupérisé, la voiture s’envole vers un vrai suicide. Le spectateur patient apprend durant la dernière scène, par la bouche du commissa...

The Blade : Ringo Lam, in memoriam

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Les armes, les larmes, l’âme de Lam… Survenue in extremis en décembre, apprise au présent par votre serviteur, la mort de Ringo Lam (1955-2018) se reçoit en surface et symbole, dirait le Oscar Wilde de la préface du Portrait de Dorian Gray . En effet, outre terminer, autour de la soixantaine, une vie individuelle, elle met un terme à une filmographie, à une cinéphilie, c’est-à-dire à un écho collectif. Avec la disparition du cinéaste disparaît une part du cinéma de HK, de sa réception en Occident, au tournant des années 80-90. Jackie Chan, Stephen Chow, Tsui Hark, Sammo Hung, Wong Jing, Wong Kar-wai, Johnnie To, John Woo, Corey Yuen, chacun à sa (dé)mesure, contribuèrent à établir un imaginaire, mirent en images sa magie, en sa compagnie. Vingt-cinq films en trente-trois ans, cela vous semble suffisant ? Ceci ne satisfit l’intéressé, retiré des écrans contre sa volonté, de son plein gré, disons depuis une décennie, le segment de Triangle (2007, co-dirigé par Hark & ...

Infection : Hippocrate

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Des miroirs, des fantômes, une pomme rouge puis verte... Film choral et bancal, au formalisme économique, Infection (Masayuki Ochiai, 2004) démarre en drame social, devient un thriller dit d’horreur, puis délivre une conclusion de phénoménologie de la perception. Dans le naturel décor de la body horror , des soignants désolants, surmenés, désargentés, vont donc devoir s’occuper d’un grand brûlé, d’un mystérieux malade mobile et immobilisé, sans cesse annoncé à la radio par un ambulancier doté d’une sirène presque à la ZAZ, en sus d’un vieillard au pied fracturé, d’un adolescent casqué atteint de céphalées, d’un cancéreux désespéré, d’une senior sénile. Tandis que deux balançoires grincent sinistrement à l’extérieur du bâtiment, la peur se répand à l’intérieur, virus placé sous le double signe coloré du rouge et du vert, escorté par une bande-son bruitiste anxiogène. Fi du sens de l’effort, français ou point, piètre reproche macronien, la faute survient, médicale et létale...

The Kiss : The Story of Joanna

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Tante rebutante et sirène guère sereine… Débuté tel L’Exorciste (William Friedkin, 1973), le Congo belge alors substitué à l’Irak du Nord, poursuivi en rime à La Malédiction (Richard Donner, 1976), une traversée de vitrine à la place d’une décapitation vitrée, The Kiss (1988) inclut aussi des menstrues adolescentes à la Carrie au bal du diable (Brian De Palma, 1976) et une créature serpentine, de forme excrémentielle, qui rappelle un peu les sangsues scatologiques de Frissons (David Cronenberg, 1975). Ce shocker méconnu, en partie exotique, (re)connaît par conséquent ses classiques, cite Blonde Venus (Josef von Sternberg, 1932), mais il fait mieux que les refourguer, il les retravaille et développe son propre univers, dont la moralité de pérennité paraît dialoguer à distance avec La Féline (Paul Schrader, 1982) et La Nurse (William Friedkin, 1990), autres contes de fées défaits pour adultes, à base de métamorphose familiale, de sorcellerie sacrificielle, le second d’...

Dona Flor et ses deux maris : Marie-Jo et ses deux amours

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Fleur de secret en mode Almodóvar ? Fleur à effleurer loin du désespoir…   À la fidèle Gil Odara , cinéphile du Brésil La femme est le contraire du dandy. Donc elle doit faire horreur. La femme a faim, et elle veut manger ; soif, et elle veut boire. Elle est en rut, et elle veut être f… Le beau mérite ! La femme est naturelle, c’est-à-dire abominable. Aussi est-elle toujours vulgaire, c’est-à-dire le contraire du dandy. Baudelaire, Mon cœur mis à nu À la moitié de sa durée, l’œuvre se divise, adopte le dualisme de l’héroïne : le passé dépassé, retour au présent de la diégèse, le second mari substitué au premier, avant que ce dernier ne réapparaisse durant l’ultime demi-heure, fantastique psychique et physique, invisibilité en société, présence spectrale et amicale que ne parvient à conjurer la magie locale, qui fait pénétrer la fable féminine, à défaut de féministe, au royaume du réalisme classé magique, tradition littéraire sud-américaine d’ai...