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Lettre d’une inconnue : Lisa et le Diable

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre de Max Ophuls. L’œuvre débute là où s’achevait Liebelei  : sur un duel, mais ajourné, prévu pour le lendemain, ce qui laissera la nuit entière au protagoniste masculin pour lire cette épître adressée par une femme dont il ne parvient pas même à se souvenir du prénom (son dévoué serviteur muet – comme Bernardo, l’ alter ego crypto- gay de Zorro ! – le lui notera aux premières lueurs du jour). On se croit donc, le temps de quelques minutes, en terrain connu, dans cette Vienne fantasmée par Ophuls autant que par Zweig, qu’il adapte après Schnitzler, avec une fraternité d’esprit naturelle . Il s’agit, en réalité, d’un leurre, et le film ne respirera jamais (et nous avec) ce parfum désuet de frivolité précédant les désastres, cette bohème sentimentale dans un univers clos, condamné à disparaître, joli comme un jouet enneigé (la boule à paillettes fracassée sur le seuil de Citizen Kane ), caractérisant une part de la fame...

Rouge baiser : Les Trois Vies de Marlène Jobert

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Cocteau lisait dans le nom de Marlene Dietrich une caresse muée en cravache  ; nous voyons à notre tour en Marlène Jobert un alliage antinomique, de tendresse et de douleur…    Dans le cinéma français des années 70, bourgeois, libertaire et déjà « en crise », à l’image de la société du temps, Marlène Jobert éclaira de sa grâce mutine, sensuelle et tendre, des drames ou des comédies qui la révélaient bien plus forte que ses partenaires, amants, tourmenteurs masculins, dans une redistribution sociétale, mais sans militantisme, des rôles sexués « traditionnels », et des stéréotypes fictionnels allant de pair, sous l’influence contradictoire de l’essor des mouvements féministes et de l’acmé du film pornographique. Ni divinité, comme ses consœurs du muet ou du noir et blanc d’avant-guerre, ni fille d’à côté , encore moins femme-enfant, deux étiquettes un peu vite collées à sa persona , cette Fée Clochette et femme actuelle au caractère affirm...

La Fille du Sud : Éclat(s) de Jacqueline Pagnol

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Actrice, épouse, égérie, mère, puis témoin d’une époque révolue et fidèle gardienne des morts : évoquons au présent une femme bel(le) et bien vivante… Jacqueline Bouvier (oui, telle la veuve joyeuse de JFK), désormais Jacqueline Pagnol pour ses admirateurs et les dictionnaires de cinéma, connut une carrière éphémère, brève et intense comme un coup de mistral , à jamais liée à celle de son célèbre mari : douze films en quatorze ans, signés pour la plupart d’ artisans oubliés, à l’exception de Pierre Prévert & Henri Verneuil. De cette « maigre » filmographie, on retient assurément sa présence dans Topaze (auto- remake en deux temps, comparable à la refonte de L’Homme qui en savait trop par Hitchcock) et surtout la seconde trilogie « apocryphe » composée par Naïs , La Belle Meunière et Manon des sources , tous trois réalisés par l’écrivain-cinéaste, contrairement à sa sœur « officielle », estampillée marseillaise , narrant les amours ...

Les Morsures de l’aube

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Les crocs du vampire dans les encoches de la pellicule… Sur le vampirisme au cinéma, vaste sujet en miroir , on peut,  sans crainte ,   conseiller ces quelques titres, parmi d’autres : La Marque du vampire , film méta qui démasque Lugosi ; Hercule contre les vampires , curiosité psychédélique signée Bava ; Le Survivant , adaptation agréable mais inégale, avec l’impeccable Charlton Heston, du grand roman de Matheson ; Rage de Cronenberg, nanti d’une inoubliable Marilyn Chambers ; Les Vampires de Salem , d'après Stephen King, pour la télévision et par le drolatique Tobe Hooper ; Entretien avec un vampire , de Neil Jordan (qui remit le couvert avec Byzantium ), plutôt agréable même si l'on reste assez loin de la sensualité existentielle et tragique d'Anne Rice (le personnage de la petite Claudia métaphorisait un drame personnel) ; Dracula, mort et heureux de l'être de Mel Brooks, à rapprocher, quitte à prendre un pieu en plein cœur, du bal funèbre de Polanski ...

Coppola et le Nouvel Hollywood : Entre mythe et nostalgie

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Le fantôme « enjolivé » d’une époque et le déclin des anciens démiurges…  Le culte nostalgique du Nouvel Hollywood, qui comporte aussi sa part maudite (cf. l’épouvantable Épouvantail ), veau d’or d’une certaine cinéphilie contemporaine, procède parfois d’une idéalisation sentimentale : pour la génération des quadragénaires, célébrer cette « parenthèse enchantée » équivaudrait un peu à retrouver son enfance. Outre des facteurs « extérieurs » tels que le débarquement sans merci de La Guerre des étoiles ou la sensibilité particulière d ’un public rajeuni ,  son échec réside surtout dans ses propres débordements, ses exigences adultes, son hubris aussi – forme et sujet chez Friedkin, Cimino et Coppola (le réalisateur de Killer Joe intitule d’ailleurs de ce terme l’un des chapitres de ses récents « mémoires »). Les métamorphoses de la comédie musicale depuis quarante ans mériteraient un long développement ; on se contentera de pr...

Secrets et Mensonges : L’Invraisemblable Vérité

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre de Mike Leigh. L’œuvre s’ouvre sur un enterrement, en écho à celui qui bouclait Mirage de la vie de Sirk, autre mélodrame « racial » et maternel. Hélas, la ressemblance s’arrête ici, tant l’ensemble, long et factice, enquille les vains dialogues jusqu’aux éventées révélations finales. Frears, Loach et Parker firent bien mieux dans leurs comédies prolétaires douces-amères. Rappelons deux évidences : une distribution homogène – même si Brenda Blethyn, en mère immature, sanglote beaucoup et abuse de darling et autres sweetheart – ne suffit pas à faire un bon film, et l’improvisation peut parfois déboucher sur la banalité, voire l’apathie (comparez avec l’énergie et l’intensité des titres de Cassavetes, à la troupe moins « libre » qu’il n’y paraît, incarnant de merveilleuse et inoubliable façon les scénarios écrits du réalisateur). Dans la série « grand déballage en famille », on peut largement préférer Festen , dépourvu d’un...

La Voie lactée

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L’homme aux deux visages… Les productions de Johnnie To dans le giron de sa société Milky Way, à l’image du cinéma de Hong Kong et d’ailleurs, principalement en Asie, se caractérisent par une dichotomie « grand public »/festival : The Heroic Trio (le titre désignait Maggie Cheung, Anita Mui et Michelle Yeoh – que demande le peuple cinéphile ?), sympathique film d’action fantastique au féminin, cité dans Irma Vep  et Mad Detective , co-écrit/co-réalisé avec Wai Ka-fai (porté par l’excellent Lau Ching-wan, remarqué chez Lam), troublant polar pirandellien avec personnalités multiples, ou encore l’intense et spectaculaire Lifeline (ridiculisant Backdraft ) et le virevoltant Sparrow , avec ses clins d’œil aux Parapluies de Cherbourg . L’inoubliable plan-séquence introductif de Breaking News , par sa violence explosive , résonnait avec celui de La Soif du mal , signé par un autre artiste écartelé entre l’art et l’industrie (« panouilles » pour financer de...