Lettre d’une inconnue : Lisa et le Diable
Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre de Max Ophuls. L’œuvre débute là où s’achevait Liebelei : sur un duel, mais ajourné, prévu pour le lendemain, ce qui laissera la nuit entière au protagoniste masculin pour lire cette épître adressée par une femme dont il ne parvient pas même à se souvenir du prénom (son dévoué serviteur muet – comme Bernardo, l’ alter ego crypto- gay de Zorro ! – le lui notera aux premières lueurs du jour). On se croit donc, le temps de quelques minutes, en terrain connu, dans cette Vienne fantasmée par Ophuls autant que par Zweig, qu’il adapte après Schnitzler, avec une fraternité d’esprit naturelle . Il s’agit, en réalité, d’un leurre, et le film ne respirera jamais (et nous avec) ce parfum désuet de frivolité précédant les désastres, cette bohème sentimentale dans un univers clos, condamné à disparaître, joli comme un jouet enneigé (la boule à paillettes fracassée sur le seuil de Citizen Kane ), caractérisant une part de la fame...