Le Terminal de la morale
Exils # 243 (15/10/2026)
Salué par Kubrick, admiré par Malick, The Terminal Man (1974) dysfonctionne à l’image du principal personnage, informaticien spécialiste de « l’intelligence artificielle » soumis à des crises olfactives et homicides à la suite d’un accident récent, cobaye volontaire d’une opération pionnière, supposée le calmer. Moins mélomane que le traitement Ludovico d’Orange mécanique (1971), bien que Bach by Gould, la « psychochirurgie » d’électrodes dans le cerveau, computer au cou, « pile atomique » sous l’épaule, déconne en écho à l’ordinateur itou tueur et pareillement paranoïaque de 2001, l’Odyssée de l’espace (1968). Loin de liquider la colère, boucher les « trous noirs » de la mémoire, le système produit l’effet inverse, cercle vicieux de stimulations et de compulsions, transformant le temps de quatre journées le détenu dangereux en épileptique maniaco-dépressif au costume immaculé, en catholique athée d’autel désordonné. La traque sur terre et dans les airs se termine au cimetière, tombe ouverte et solaire façon Sueurs froides (1958), cortège et cercueil blanc d’enfant, gros hélico un brin orwellien. Déjà planté, Harry périt, deux projectiles suffisent au fond de la fosse. Monté sous valium par un collaborateur de Peckinpah, le petit exercice de SF pessimiste ne pouvait que contenter le contemplatif cinéaste de La Balade sauvage (1973). Le spectateur d’aujourd’hui se plaindra d’ennui, le cinéphile ne confond cette lenteur avec celle, existentielle, d’Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia (1974), idem cauchemar mental et macabre, où un homme se retrouve au côté du cadavre d’une femme, certes sans waterbed. La scène de frénétique « féminicide », à faire défaillir les féministes, constitue le clou du spectacle patraque, se déroule au ralenti, sous le regard impassible d’un volatile.
Clayburgh encore brune esquisse la silhouette d’une strip-teaseuse complice et taiseuse, en robe de chambre blanche et vernis à ongles noir, qui finit occise au milieu d’un lit, tandis que son sang s’écoule au sol, le long de rigoles, géométrie arty démunie de la moindre émotion. Si Segal se démène comme un beau diable, bousille une porte de salle de bains style Shining (1980), on peine un peu à le prendre au sérieux, rasé ou perruqué, contre-emploi ou pas. Tout ceci anticipe à présent le transhumanisme selon Elon Musk, provient en vérité d’un bouquin de l’abonné (et recalé) Crichton. Le film cacochyme paraît durer une éternité, pendant laquelle il opère au scalpel scolaire le motif de Frankenstein, de la créature contre le créateur, des limites du mind control, des tourments (dé)moralisants de la « machine molle » (soft affirme Burroughs en VO). « Science sans conscience » pourrait proférer la psychiatre critique, doigt d’honneur en prime, secourable et redoutable in extremis, parmi sa maison musée, aux monochromes vides à ravir Berri, débarrassée de sa robe de soirée ratée, alors que le reste du casting, lui-même assoupi, atteint de léthargie, les pieds sur le bureau, hâtons-nous mais pas trop, porte de noirs costards, comme les formes à peine humaines de la ritournelle (in)temporelle de L’Année dernière à Marienbad (1961). Après le réalisme vengeur de Get Carter (1971), le Britannique Hodges signe l’antithèse de l’énergique et ludique Flash Gordon (1980), adresse un clin d’œil TV à Des monstres attaquent la ville (1954), effleure une effeuilleuse noire, ô désespoir, cite la scientologie, s’occupe de psychose, d’addiction, de déréliction, transforme le technophobe en pantin de désir, de fou rire. Ponctué de répliques drolatiques, l’échec économique et critique révulsa la Warner, qui le distribua en catimini, ne valida la théorie de la violence en maladie. « Lésion » (cérébrale) ou non, ce premier essai US hélas ne tient point ses promesses.

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