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Le Grand Restaurant : Soul Kitchen

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Mets réchauffé ? Plat sympa… Si Charlie Chaplin, à l’occasion du précurseur (courageux) Dictateur (1940), portraiturait un Adolf Hitler dédoublé, solitaire, destiné à perdre (la raison, un ballon), in extremis rédimé, au moins sous les traits de son imitateur (voire l’inverse) sémite, via un discours à l’humanisme lacrymal, Louis de Funès, dirigeant Le Grand Restaurant (Jacques Besnard, 1966), donne dans le bref, le modeste, le souvenir, le rire (vingt-et-un ans) après le pire. Ce projet personnel, pensé, repensé, retardé, concrétisé grâce à son statut de star , accessoirement co-écrit par les soins du principal intéressé, outre une satire (assez) savoureuse des mœurs d’un établissement gastronomique, en sus d’une méditation en action(s) sur la démission (présidentielle), constitue, en tout cas durant une scène (de recette) célèbre, une sorte d’avant-goût de La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966), comédie révisionniste sortie dans la foulée, la même année, vouée a...

Snatchers : Apocalyto

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La première fois, neuf mois, un lendemain, du presque rien… Souris un peu, cinéphile si malheureux, amuse-toi un chouïa, citoyen guère serein, avec, un soir, au hasard, cette comédie de SF horrifique, associant teen movie et monstrueuse maïeutique. Évidemment, ce Snatchers -ci (Stephen Cedars & Benji Kleiman, 2019) oublie le body , manque de substance, de corps et d’esprit, en dépit de ses bodies (ici, on dit « cadavres ») à profusion (de sang, bien sûr). Don Siegel ( Invasion of the Body Snatchers , 1956), Philip Kaufman ( idem , 1978) ou Abel Ferrara ( Body Snatchers , 1993) – pas vu la version d’Oliver Hirschbiegel ( Invasion , 2007) – peuvent dormir sur leurs deux oreilles (d’ alien ). Nous voici très loin, aussi, des sombres Inseminoid (Norman J. Warren, 1981) et Xtro (Harry Bromley Davenport, 1982), diptyque britannique, yes indeed  : dans Snatchers , de vrais-faux lycéens affrontent des clandestins mexicains, Donald Trump appréciera, ou pas, mena...

Freaks : Chloé

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Mutants débutants, résistants, mutatis mutandis , pardi... Doté d’un titre inutilisable, en tout cas très connoté, au moins depuis le film homonyme de Tod Browning – mais me plaît l’aspect pragmatique, poétique, de La Monstrueuse Parade (1932) –, Freaks (Zach Lipovsky & Adam B. Stein, 2018), s’il délaisse la poignante et impitoyable corporalité de l’ opus précité, parvient (en plein) à en conserver (l’esprit) le refus de la toujours suspecte « normalité », marotte démagogique d’un méprisable/méprisant ex -président de la République. Il s’agit, résumons fissa, d’une sorte de refonte du Firestarter (1994) de Mark L. Lester, donc d’un (mélo)drame familial et gouvernemental, à base de super-pouvoirs et au bord du désespoir. Le solide Emile Hirsch, jadis délicieux péquenot, au générique de Killer Joe (William Friedkin, 2012), semble s’inspirer, pour composer son personnage de paranoïaque papounet, de la folle (en effet) performance de Michael Shannon dans Bug (2007), sim...

Le Lac aux oies sauvages : Les Amants de la nuit

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Rien ne sert de courir, il faut mourir au moins… Deux couples bouclent la boucle, à l’introduction et à la conclusion, deux instants se répondent à distance, se renversent avec évidence : le jour succède à la nuit, l’arrosage à la pluie, le silence aux récits, le mouvement à l’immobilité, une féminité miroitée à un homme + une femme en reflet. Surtout, le sourire (de la complicité) remplace la tension (de l’altérité), sous-entend un horizon (délivré) ; instrumentalisées, maltraitées, par les flics, par les voyous, géographes du désastre, mise en parallèle explicite, on dit merci au Fritz Lang de M le maudit (1931), nos héroïnes, désormais richissimes, à présent émancipées, puisque dotées d’une récompense étatique, stratégique, médiatique, au masque comique, marchent dans la rue, presque bras dessous bras dessus, à peine suivies (ou absoutes) par un commissaire un peu amer. Auparavant, entre-temps, l’épileptique et la prostituée croisèrent la route d’un voleur de motos (humou...

Une étoile est née : Judy

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Renaissance d’Esther, victoire de Vicki… Remarquablement arrangée par Skip Martin et dirigée par Ray Heindorf, la (très bonne) chanson d’Ira Gershwin & Harold Arlen parle d’un homme parti, mais James Mason vient voir/écouter Judy Garland. Il s’avance dans la nuit, la caméra le suit, il ouvre une porte curieusement capitonnée, comme si ce Blue Blue relevait, peu ou prou, d’un asile (de doux fous) coloré, alcoolisé. Après le surcadrage précédent, le spectateur solitaire, costumé, se retrouve exactement au centre du « grand écran », du Scope en presque noir et blanc, où détonne une tache rouge de néon, enseigne sanglante au-dessus des chaises relevées. À ce tableau composé, clair-obscur en Technicolor, en profondeur de champ, dû au directeur de la photographie Sam Leavitt, par ailleurs éclaireur préféré de l’austère Otto Preminger, succède celui du groupe de musiciens, en train de répéter, de pratiquer per se . Le personnage de Mason ne pénètre pas la toile amicale,...

Judy : Frances

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La Môme de Marion ? La Reine de Renée… Biopic en partie britannique, Judy (Rupert Goold, 2020) bénéficie du savoir-faire insulaire, prière d’apprécier la précision de la reconstitution, sinon de l’interprétation, double acception. Ce mélodrame – sens étymologique, car la souffrance s’y chante, s’y danse – souriant, doté, Dieu merci, d’auto-ironie, se caractérise, aussi, par son tact, par sa retenue, à laquelle contribue la partition discrète du revenant Gabriel Yared. Endettée à L.A., sa Liza, festive, aperçue, l’ignore ou ne s’en soucie pas, ensuite exilée à Londres, à la fin des années 60, Beatles versus Stones, « Mademoiselle Garland » donne un spectacle, se donne en spectacle, essaie de garder le cap, essaie de conserver la garde de ses enfants, se fait, en cougar qui ne cesse de boire, courtiser, puis épouser, en sus se souvient du temps lointain, passé passable passé sur le set d’Oz et surtout sous les diktats de la MGM, nutritionniste attentionnée, co...

Mister Universo : Arthur

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Tizza Covi & Rainer Frimmel. Documentaire de déprime, fiction à frictions, Mister Universo (2017) séduit par sa modestie. On y suit donc un dompteur de lions, au cours de ses pérégrinations, parmi une Italie à transformer la Grèce humide, dépressive, de Theo Angelopoulos, en paradis touristique, à jamais ensoleillé. Si l’aspect parfois sinistre de la vie d’artiste, a priori « comique », n’échappa point au Federico Fellini himself documenté des Clowns (1970), Mister Universo renverse, voire retravaille, La strada (1954), puisqu’il s’achève sur le numéro de la contorsionniste, callipyge, souriante et bien vivante Wendy (Weber), bonne fée au dos fatigué, au chienchien acharné, aussi rousse que la chère Moira Shearer chez les Archers ( Les Chaussons rouges , 1948), certes moins suicidaire, qui veille à sa manière, voyage en parallèle, sur son Peter Pan à elle, le prénommé (et catho) Tairo (Caro...