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Lemora : La Reine des damnés

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Le bleu est une couleur chaude dirait Clémentine/Adèle ; et Lila, dans tout ça ? Film désargenté riche de beauté(s), Lemora (1973) mérite vraiment son exhumation. Comme l’indique le sous-titre original, il s’agit d’un conte pour enfant à base de surnaturel, dont le possessif souligne la subjectivité : Lila Lee s’avère ainsi l’objet/sujet du récit, sudiste virginale vite égarée dans un univers de vampires à faire passer le futur Salem (1975) de Stephen King pour une pure villégiature. L’orpheline maternelle, fille de malfrat des années 30, traction française comprise, n’écoute que son cœur et s’en va rejoindre son papa épistolaire, laissant loin derrière un révérend accueillant bien que rétif aux manifestations d’affection et très troublé par la féminité miroitée de l’adolescente inconsciente. Treize ans et toutes ses dents, sans doute réglée à la Carrie White, matez-moi cette maison d’ American a munie d’une haie blanche iconique, Lila rencontre Lemora, femm...

La Femme bourreau : Les Triplettes de Belleville

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CRS ou SS ? Faux cils ou faucille ? Outrage ou ratage ?   Comme un anniversaire amer. Film unique à plus d’un titre, La Femme bourreau cristallise 1968 et Dieu merci s’en émancipe. Avant visionnage, votre serviteur apprend qu’Anatole Dauman le produisit en partie, qu’il ne trouva aucun distributeur, voilà son malheur, que son auteur, Jean-Denis Bonan, enseigna le cinéma – ne riez pas –, qu’il bossa au côté de Boutang, qu’après un premier court intitulé Tristesse des anthropophages (1966), interdit en compagnie de contemporains baptisés La Bataille d’Alger , La Religieuse , puis un passage par l’ARC, par les cinétracts, il s’orienta vers la vidéo, vers une carrière de documentariste culturel télévisuel, signalons un Marcel Carné (1994) commis pour ARTE. Contexte objectif de box-office oblige, ce métrage dans la marge, long d’à peine soixante-dix minutes, par ailleurs dû au monteur amical du Viol du vampire , au même moment exactement, ne pouvait certes ...

Cargo : Deux jours, une nuit

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Marche et démarche, histoire de couple au cube, promesse dépourvue d’ivresse. Cargo commence au crépuscule, heure en effet magique pour directeur de la photographie et métaphore pour un continent-Occident au coucher de sa destinée. « Un film original Netflix » ? Pas tout à fait, puisque développement d’un court homonyme et magistral millésimé de 2013, lui-même viral en bonne logique diégétique. Ben Howling & Yolanda Ramke viennent de la TV, de la télé-réalité ; ils viennent aussi d’Australie et leur premier long métrage ressemble parfois à un dépliant touristique, horrifique, survolé en drone et lesté de politiquement correct. Au menu du zombie flick peuplé d’infectés à la périphérie du récit, un double tandem père-fille, des paysages d’un autre âge, propice au temps rêvé local, quelques Aborigènes en survivants cléments, en gardiens communautaires, voire communautaristes, de la mimi Rosie, unique Blanche encore immaculée d’enfance. Une gamine s’occ...

Je suis un tueur : Le Petit Lieutenant

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Chat et souris, luxe et ignominie, air vicié de Katowice. Petit polar polonais un peu trop propret dans sa reconstitution d’une histoire vraie du passé vampirisé, Je suis un tueur oppose et rapproche un flic carriériste et un cocu barbu. En 1972, pour les trente ans de la République, un assassin épistolaire à la Jack d’Angleterre ne trouve rien de mieux à faire que de trucider trois dizaines de femmes de tout âge. En réalité, sa sinistre nécrologie en comptera une douzaine, avant qu’un mari « minable » ne se voit arrêté, inculpé, jugé, exécuté, grâce aux bons soins mesquins d’un « lâche » promis à se métamorphoser in extremis en taciturne major , à inaugurer-visiter le mini musée consacré à ses dérisoires exploits, à une affaire délétère. Boucle bouclée avec l’ incipit en plongée, l’ultime plan nous montre son visage superposé, presque effacé, sur la vitrine abritant le masque funéraire de son mutique compère : les aveux extorqués, dévorés, déchirés...

Génération perdue : Pédale dure

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Les Goonies contre Dracula ? Sans doute et bien davantage que ça. The Lost Boys débute où s’achève Sudden Impact  : sur un manège de chevaux de bois – le cinéma comme trauma , élucidation des ténèbres, parabole laïque, ludique et mélancolique. Itou tourné à Santa Cruz, Californie, éclairé par Michael Chapman (DP sur Taxi Driver ou Hardcore , signataire de l’estimable et préhistorique Le Clan de la caverne des ours ) substitué à Bruce Surtees, Génération perdue (un salut littéraire à Scott Fitzgerald) commence donc dans le même parc d’attractions qui vit Dirty Harry revenir d’entre les morts, fantôme magnanime (et maritime) pour tueuse en série auparavant violée en réunion. Telles des montagnes russes, le métrage désormais culte alterne effroi et joie, malheur et humour. La nouvelle vie des fils de divorcés s’apparente à une bande dessinée horrifique et sociologique. À l’instar d’Éric Rohmer, Joel Schumacher réalise des contes moraux et son quatrième effort s’harm...

The Woods : Films et Forêts

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Promène-toi dans les bois, au risque de t’y perdre-retrouver, d’y jouir-périr. La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L’homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l’observent avec des regards familiers. Baudelaire, Correspondances , Spleen et Idéal , Les Fleurs du mal Sitôt filmée, la végétation boisée cesse d’exister, existe d’une autre façon, pure représentation à l’orée de l’abstraction. Au cinéma, la forêt se transforme en fantasme, sinon en mystification, cf. les séquoias funestes de Sueurs froides (Hitchcock, 1958). Si La Forêt d’émeraude (Boorman, 1985) et Princesse Mononoké (Miyazaki, 1997) portraiturent la prodigalité d’une nature verticale tamisée par l’écologie et l’animisme, A Touch of Zen (Hu, 1971) en fait l’espace martial d’une chorégraphie-calligraphie et Rabies (Keshales & Papushado, 2010) le cadre ironique d’homicides fratricides. À l’évidence lié à Vendredi 13 (C...