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Shaft’s Big Score : Assurance sur la mort

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Un film de/avec/pour « les Noirs » ? Un incipit explicite de franc « film noir ».  Une voiture, une bombe, la ville, la nuit : l’ouverture de Shaft’s Big Score (1972) revisite bien sûr celle de La Soif du mal (1958), mais point de plan-séquence intense ici, ni même de suspense en effet « explosif ». Le réalisateur/compositeur Gordon Parks reprend du service, ne se prend pas Orson Welles, délaisse la sensation de temps réel, abandonne la durée au profit de la binarité, du montage alterné, comme au bon vieux temps des pionniers du ciné US, surtout d’un certain David Wark Griffith. Ce prologue met en parallèle la mobilité du privé au volant et l’immobilité agitée d’un quidam de magasin, l’attention du premier, la tension du second. Les trajectoires se tissent, déjà complices, accompagnées sur la bande-son par une theme song en assez bonne imitation du supérieur Isaac Hayes, ersatz dû à Parks himself , où O.C. Smith chante plutôt ...

Madame Bovary : La Dernière Valse

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  « I wanna dance with my wife » dit Charlie de celle qui fiche illico le camp… Redécouvrant la valse de la Bovary selon Minnelli, je repensais au slow de Carrie, conviée comme on sait, en français, « au bal du diable », amen . De multiples correspondances unissent en effet ces deux métrages de danses, d’errances, de miroirs, de robes du soir, d’illusions, de désillusions, de féminités très tourmentées, de vertiges en travellings circulaires, à l’instar des cercles du proche enfer, trahison pour Emma, humiliation pour Mademoiselle White. Sidérée par ses menstrues, merci Maman, Carrie, après avoir dansé au bras de l’aimable Tommy, va se recevoir un seau de sang porcin sur tout son corps, chacun s’en souvient encore. Ici, Mrs. Bovary risque de défaillir, de s’évanouir, grisée par l’instant parfait mais épuisant. Qu’à cela ne tienne, à la MGM, les fausses fenêtres se cassent fissa, en studio, rien de trop beau, surtout à destination de la sublime Jenn...

Rambo: Last Blood : Au nom du père

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Un item pour Marlène Schiappa – ou pas… « Tu t’es perdu, vieil homme ? » demande de manière rhétorique le frère infernal, proxénète over the top , amitiés à Menahem Golan. Cette question, le spectateur, même nanti des meilleures intentions, pourrait la poser au cher Sylvester, dont le character d’ailleurs se définit, en voix off , en conclusion, en « homme perdu ». Lesté d’un scénario risible, d’une interprétation à l’unisson, affreusement téléfilmé, Rambo: Last Blood (Adrian Grunberg, 2019) mérite la majorité de ses mauvaises critiques, décochées en tandem des deux côtés de l’Atlantique. Mais il s’agit aussi d’un film à sa façon féministe, qui se confronte aux fameux « féminicides », qui souligne l’importance, sinon « l’innocence », du « deuxième sexe », salut à la sartrienne Simone. Je ne reproduis pas mon propos à propos de Rambo (Ted Kotcheff, 1982), je pointe plutôt du doigt la pietà de Paz Vega – à plusieurs pas...

Susan Slept Here : Debbie Does Dallas

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Délicieuse-dédoublée Debbie… In memoriam of Carrie Fisher Un oiseau de (Vanessa) paradis relooké par (Jean-Paul Goude) Héctor Babenco ? Davantage un « dream ballet » en forme de moralité. Pas encore incarcérée par décence de policier, par magnanimité de Noël, Susan Landis déboule au domicile de Mark Christopher, scénariste US   oscarisé, pourtant incapable de rédiger un récit au sujet – d’actualité, au ciné, cf. La Fureur de vivre , Nicholas Ray, 1955 ou Graine de violence , Richard Brooks, idem – de délinquance juvénile et, rapetissée, se met à rêver… d’une cage, à défaut d’une cellule, annonçant, bien sûr sans le savoir, les déboires molto cosmiques, poétiques, philosophiques, de L’Homme qui rétrécit (Jack Arnold, 1957). La mineure vient d’assommer un marin, alors elle « déplace », terme freudien, elle déguise son logeur de malheur puis de bonheur, mécanisme (d’attraction/répulsion) commun de la comédie sentimentale américaine, d’abord agi...

Sic Transit Gloria Mundi : Marseille

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Une vi(ll)e, une mort, se (dé)battre encore, au bord d’un port pétrifié, désespéré… Pour Henri, projectionniste perspicace J’aime depuis longtemps le cinéma de Robert Guédiguian, pas seulement en raison de mes origines marseillaises, mais j’imagine que Monsieur Emmanuel Macron, apparemment ému par Les Misérables (Ladj Ly, 2019), n’appréciera pas Sic Transit Gloria Mundi ( idem ), au titre explicite, prophétique. Peu m’importe, puisque je n’écris pas pour lui, ni pour ses amis, puisque je me remémore pour des morts, je poursuis pour des survivants. Un Robert à proximité, Daniel n’écrit que pour lui-même, déclare n’avoir rien à cacher : son carnet noir accumule les haïkus, moments parfaits à voix haute rédigés, immortalisés. La poésie, aujourd’hui, qui s’en soucie ? Bruno peut s’en chaut, queutard carburant à la coco, comme autrefois Tony Montana selon Brian De Palma ( Scarface , 1983), encore un petit capitaliste improvisé, in fine liquidé, il croyait que le m...

Noura rêve : Triangle

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Fermer les yeux puis les (r)ouvrir, rester ou partir, aimer au lieu de maudire… Thriller tunisien au suspense sentimental, Noura rêve (Hinde Boujemaa, 2019) aussitôt séduit par son sens du cadre, de la durée des plans, de la simplicité-intensité de son argument. Une femme, deux hommes, trois enfants, quatre jours à divorcer, cinq ans à condamner, gare à l’adultère, mes chers, ou dix ans d’emprisonnement pour l’innocent criminel, au moins du vol de matériel : en quatre-vingt-dix minutes épurées, dépourvues de pathos, la réalisatrice et co-scénariste parvient à peindre trois portraits pertinents, prenants, à cartographier en creux un pays, le sien, à éviter avec habileté tous les obstacles du médiocre film à message sur la condition féminine maghrébine, amen . Féminin plutôt que féministe, jamais misandre malgré un viol entre mecs à la Délivrance (John Boorman, 1972), Noura rêve propose une tapisserie sombre et cependant point morose de mœurs géométriques, une sorte de...

Berlin Falling : Berlin Undead

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Chute de dictateur ? Dernier battement de cœur…   À Brieuc Le Meur, d’ici, d’ailleurs Un vétéran d’Afghanistan croise la route, littéralement, d’un terroriste allemand : résumé ainsi, Berlin Falling (Ken Duken, 2017) ressemble à un road movie venu de Germanie, voire à un huis clos (motorisé) sado-maso ; il s’agit, en réalité, d’un thriller méta, qui divise et fait dialoguer deux personnalités, pour mieux dépeindre le contemporain européen, lui-même dépressif, sinon suicidaire. Au générique de Inglourious Basterds (Quentin Tarantino, 2009), l’acteur-auteur-réalisateur-producteur possède assez de générosité afin de mettre en valeur son auto-stoppeur/ravisseur, drolatique et pathétique Tom Wlaschiha, vu dans Walkyrie (Bryan Singer, 2008). Deux hommes, une voiture, une bombe + une ex -femme (Marisa Leonie Bach, épouse du cinéaste) et une fillette à bord d’un train, roulant tous vers Berlin – au carrefour de la folie, du désamour, on se délecte de l’ins...