Articles

St. Agatha : Intérieur d’un couvent

Image
Pratiques peu catholiques de huis clos trop anecdotique. Si l’on en croit les sociologues, la France se déchristianise, tandis que le ciné US, surtout classé horrifique, ressuscite les religieuses. Contemporain du piètre La Nonne (Hardy, 2018), St. Agatha (Bousman, 2018) miroite la mascarade du récit, puisqu’il s’agit d’un faux film de nunsploitation sis au sein d’un couvent contrefait, vous suivez ? Cinéphile avide de plaisante perversité, de lesbianisme immaculé, voire de féminisme fouetté, passe ton chemin, de croix. Fanatique du torture porn à la sauce Saw , disons les épisodes II (2005), III (2006), IV (2007) signés du similaire cinéaste, va vite assouvir ton sadisme ailleurs. Devant ce métrage in fine assez sage, en dépit de vomi (r)avalé hors-champ, une pensée écœurée pour l’ ex -performeuse Melissa Lauren, d’une langue coupée en deux temps, d’un pied amoché, on pense davantage à Annabelle 2 : La Création du mal (Sandberg, 2017), idem déroulé duran...

Tosca : Scarlet Diva

Image
Amoureuse meurtrière ? Expérimental somnifère… Produit culturel produit par l’inévitable Toscan du Plantier, ici escorté d’ARTE, ce film interminable et inanimé se souvient, un soupçon, de Losey ( Don Giovanni , 1979) & Żuławski ( Boris Godounov , 1989, DTP bis ). Hélas, le son direct et la dimension méta ne suffisent pas pour dynamiser une entreprise dépassionnée, quel étonnant malentendu, au vu et à l’écoute du matériau utilisé, transposé, cf. la mention « d’après ». Ce Tosca -là (Jacquot, 2001), ni le premier ni le dernier, inclut des ponctuations d’extérieurs en vidéo, en POV, au ralenti, rappelant l’amateurisme lucratif du Projet Blair Witch (Myrick & Sánchez, 1999) ; des enfants de chœur écarlate ; un duo de salauds gentiment homo, remember l’homologue de La Mort aux trousses (Hitchcock, 1959) ; un pâtre puéril en gros plan ; une lune illustrative, adaptée aux paroles ; un couteau de giallo, reflet du préfet offert ; un ...

Le Redoutable Homme des neiges : Les Nouveaux Sauvages

Image
Expédition de perdition, sauvetage de naufrage… On connaît l’admiration de Carpenter pour The Quatermass Xperiment (1955) et il me plaît de penser qu’il vit/apprécie aussi ce titre méconnu du même tandem , que The Thing (1982) lui doit une part de sa géographie, de son climat, de sa paranoïa. Transférée du petit carré originel au grand rectangle du « Hammerscope », la morale guère ne diffère, réfrigère : la vraie sauvagerie ne se situe plus du côté du yéti mais bel et bien du bipède, cet homme enneigé en effet abominable, désigné par le titre original à double sens. Entourés par les familiers Molly Arbuthnot aux costumes, Grant à la direction de la photographie, Searle à la musique, souvenez-vous de sa partition inspirée pour La Maison du diable (Wise, 1963), Guest & Kneale co-signent un opus à la fois poétique et politique, une satire en altitude, où se côtoient le spirituel et le spectacle, la mort et l’amour, l’écologie et l’amnésie. Les Britannique...

La Maison de la terreur : My Wonder Women

Image
Du défi à la folie, du « subconscient » à « l’hystérie »… Revoilà Valeria en jupe jaune pour huis clos de giallo. Elle succombe au cutter , elle meurt la première, elle sourit, elle irradie. Et Mademoiselle Cavalli, saisie dans l’éclat de sa juvénile beauté, s’autorise, magnanime, la laideur hitchcockienne d’une agonie, revoyez Frenzy (1972), ses lèvres, évidemment rouge sang, déformées par la souffrance, plaquées contre un grillage d’outrage. Ici, au sein de cette villa louée, avec piscine, trop tranquille, malgré un jardinier qui mate, découpe des titres de faits divers, on trépasse salement, on décède en série, puisque la musique de films ne saurait certes adoucir les meurtres. La seconde victime, au prénom angélique, se lave les cheveux dans la salle de bains à la suite d’un plongeon de saison. Hélas, l’assassin se tient dans la glace embuée, lui transperce la main et l’étouffe sous un sac plastique. L’emballage de tabassage s’ensanglante, le pauvre v...

La Fille de nulle part : Dora l’exploratrice

Image
Adoration de Dora ? Immanence du cinéma. Cinéaste de l’intime et de l’intimité, au risque de la polémique et du procès, Brisseau (se) filme désormais à domicile, en toute indépendance, comme j’écris sur mon PC ces lignes laudatives. Sur le sien, un essai critique consacré aux croyances chimériques, des reproductions de tableaux bibliques ; dans son passé raconté, un ami membre du Parti communiste, suicidé à la suite du fiasco utopique de Mai 68. Dans l’escalier de l’immeuble parisien aisé, à peine quitté le temps d’un crochet au distributeur automatique de billets, d’un café payé, d’une course alcoolisée, d’une promenade amicale, sinon médicale, en bordure de quai, agrémentée d’un tandem de jeunes femmes à la robe éventée, presque à la Tinto Brass, l’ancien professeur de mathématiques découvre une blondinette livide et ensanglantée, qui vient de se faire tabasser par un sac de merde masculin, figure triviale et impitoyable du Destin, de retour in extremis pour dév...

The Monster : Mon bébé

Image
Femme au volant, amour au tournant… Why don ’ t you love me, Mama? Tippi as Marnie Une mère, sa fillette, leur voiture, la forêt, de nuit, sous la pluie et, tout autour, la peur provoquée par la présence d’un prédateur. Aucune aide à attendre des secours, dépanneur sympa ou ambulanciers retardés. Des souvenirs amers, violents, parsèment le présent, comme si le monstre du titre, du récit débuté en voix off enfantine, après un carton de comptine anonyme, renvoyait aussi vers la génitrice juvénile, malhabile, maltraitante, bouteilles vides et gifle rapide comprises. À la fois Fantine & Thénardier, la femme ne se lève plus, finira définitivement couchée, vomit, se fait dévorer, ne voit pas, ensommeillée, le couteau sous sa gorge tenu par sa gosse, enragée. Durant sa dernière apparition, post - mortem , réminiscence-rêve, elle caresse Lizzy au lit, protégée par le drap, elle encourage son visage, tu deviendras tellement meilleure que moi, crois-moi, elles partagent de...

Un vampire à Brooklyn : Max mon amour

Image
Mélange médiocre ? Leçon d’identification.  Une œuvre « véhicule » pour Murphy, avant La Musique de mon cœur (1999) composé pour Meryl Streep ? Une comédie horrifique dans le sillage sarcastique de Freddy sort de la nuit (1994), en présage de mauvais voisinage à Scream (1996), diptyque méta ? Oui-da, mais surtout le dernier volet d’une trilogie apocryphe consacrée à la « question noire », motif constitutif de la psyché US, de son imagerie cinématographique, depuis Naissance d’une nation (Griffith, 1915) jusqu’aux récents Black Panther (Coogler, 2018) et BlacKkKlansman (Lee, idem ). Dans L’Emprise des ténèbres (1988), Craven visitait Haïti sous Duvalier ; dans Le Sous-sol de la peur (1991), il accompagnait à L.A. un petit cambrioleur « de couleur ». Ici, notre estimable cinéaste, souvent lucide observateur avéré de sa contrée, se déplace au milieu de la Grosse Pomme, sur les traces guère dégueulasses d’un Dracula des...