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La Tête contre les murs : Détraqué(e)s de ciné

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Caméra, camisole, huis clos et envol. Nous naissons tous fous. Quelques-uns le demeurent. Samuel Beckett, En attendant Godot (1952) Si, durant une seule seconde, on parvenait à penser l’impensable, chacun possède le sien, hier ou demain, on deviendrait cinglé, assuré. Il existe, heureusement, mille et un divertissements, pour néantiser notre néant, au moins un instant. Le ciné ne nécessite aucun effort particulier, il suffit de regarder, d’écouter, de lire à la va-vite des sous-titres. Divertissement d’épiciers, à la Pascal, démocratique et démagogique, le voici nous dérouter de nos ennuis, dissoudre nos soucis, nous donner à voir et à vivre d’autres vies que celle-ci, si brève, si décevante. Tandis que le X vide tes testicules de velléités révolutionnaires, l’horreur t’apprend à survivre, sublime tes intimes malheurs. Le temps passé à visionner s’avère autant perdu que retrouvé, Marcel Proust peut continuer à se coucher tôt, au creux de sa cathédrale de mots. La van...

La Peau douce : Hommage aux maquillages

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Le latex te laisse perplexe ? Revisite quelques classiques, épouvantables et sublimes. À la mémoire de Benoît Lestang. Le masque démasque, tandis que la nudité déguise, demandez aux comédiens grecs, japonais, aux hardeuses US. Le corps constitue l’effet spécial suprême, même lorsqu’il prend la pose, il ne cesse sa métamorphose. Si nos vies pouvaient se visionner en accéléré, burlesque grotesque, tragédie teintée de comédie, nous verrions s’accomplir pour ainsi dire à l’extérieur, dans toute son ampleur, la ruine quotidienne, ce processus assuré de destruction dont parlait Fitzgerald dans La Fêlure (1945), pas encore transposé par le Fincher de L’Étrange Histoire de Benjamin Button (2008). Les albums photographiques, recueils d’entomologie intime, en donnent une bonne idée, toutefois trop figée, trop proche du tombeau. Le cinéma, par définition art funéraire et embaumeur de bonheur(s), miroir fantomatique, spatial, temporel, ranime les rides, magnifie les maladies,...

L’Œil qui ment : Voir, savoir, pouvoir

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Perception de la phénoménologie, tant pis pour Merleau-Ponty.   Je voudrais une Histoire des Regards. Roland Barthes, La Chambre claire : Note sur la photographie Qui regarde quoi, au cinéma ? Que voit un regard caméra ? Quel vis-à-vis se situe hors-champ ? Questions stratégiques, tout sauf rhétoriques. À l’ultime plan monté, ensuite zoomé, immobilisé, des Quatre Cents Coups (1959), Jean-Pierre Léaud, coureur juvénile au bord de l’eau, avise-t-il le réalisateur François Truffaut, le directeur de la photographie Henri Decaë, l’opérateur Jean Rabier, lui-même d’ailleurs futur DP pour Claude Chabrol, le spectateur en salles, de festival, international, à domicile, désormais en ligne ? Rien de plus subjectif que de fixer l’objectif, de lui renvoyer, pour ainsi dire, sa focalisation d’oraison, puisque le cinéma momifie le mouvement, abonde André Bazin, dédicataire du coup d’essai aux abords de l’autofiction, car il faisait, en tout cas au sièc...

La Chambre claire : Note sur la photographie : La Pitié dangereuse

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Barthes, Bazin, l’air de rien, l’ aura du macchabée, l’identité de l’aimé(e).   Clair et court, modeste et illustré, l’essai dématérialisé, lu en ligne, hier soir, s’avère une conversation avec soi-même, une quête à la fois subjective et objective, à l’instar de l’être photographié lui-même, conscience réifiée. Barthes cite Sartre, hommage liminaire à L’Imaginaire (1940) inclus, Baudelaire, Blanchot, Kafka ou Nietzsche. Il écrit, il décrit, il se souvient, se suppose un destin, use du subtil latin, afin de formuler sa typologie jolie, sa théorie tressée à l’intériorité. Il se moque du mode d’emploi, ça ne l’intéresse pas, il laisse la sociologie aux psys, Dieu merci, il refuse les surprises de l’artifice et il manie le mystique, cf. l’extase de coda. La présence insistante, pénétrante et rayonnante de sa mère, morte, minote, rapproche La Chambre claire (1980) du Livre de ma mère (1954) d’Albert Cohen et de Ma mère du Nord (2015) de Jean-Louis Fournier. Ainsi davantag...

Olga’s Girls : Pusher

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Une cave sans Batman, une douche en dose de Psychose , selon un gynécée léché.   Tu ne connais pas Olga ? Tu devrais, car elle possède une poignée d’attraits. Sorte de Madame Claude pour camé(e)s, elle possède les traits d’Audrey Campbell, modèle mélomane et muse de Dan Curtis ( Dark Shadows ), sinon d’Andrew Sarris, grande brune trentenaire, austère, aux faux airs de Morticia Addams, un salut à Carolyn Jones & Angelica Huston. Lesbienne portée sur le SM, dealeuse vicieuse installée à New York, Mademoiselle Campbell ne s’occupe pas des soupes sérielles du contemporain Andy Warhol mais de dope , de coke en stock , point celle de Tintin, quoique, qu’elle refourgue dans sa piaule interlope à de pauvres salopes achetées, marchandées, à un proxénète peu princier. Avant de s’en aller quêter du client à quéquette tarifée, à cuillère chauffée, à seringue injectée, les esclaves sexuelles testent le produit à domicile, hilares et dociles. On ne s’emmerde pas chez Olga, s...

Un condamné à mort s’est échappé : Raccords et désaccords à propos du corps

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Cellule biologique et photoélectrique, cellules de l’esprit et des partis.    On le croyait consigné à l’obscurité, placé parmi les accessoires périmés, évacué par la virtuelle modernité, mais le corps résiste encore, sans trop d’efforts, au cinéma et au-delà. Certes, la silhouette sur l’écran relève du revenant, pas seulement celui de Leo, possède une abstraction in situ , y compris au cœur des imageries de l’horreur et de la pornographie, jumelles et conflictuelles, en priorité corporelles. Au ciné, le sang se transmue en gore et le sperme en record . Une fois filmée, la sexualité se travestit en sexe et les maquillages métamorphosent les outrages. L’alchimie du massacre (à la tronçonneuse) ou des automates (des performeuses) arbore sa propre beauté, son aléatoire intensité, sa finalité à la fois explicite et implicite, liée à la mort, grande ou petite. L’émotion de ces mythologies procède de leur pauvre trésor, de leur trésor de pauvres, même si La Nonne cartonn...

Manille : Adieu Philippine

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Lino Brocka. On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille On choisit pas non plus les trottoirs de Manille De Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher Maxime Le Forestier Tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles. Pangloss Une fille, la ville, l’exil. Surtout, une rue Miséricorde, une recruteuse Madame Cruz, un ange déchu appelé Paraiso, un ami prénommé Pol, l’inscription murale JESUS IS OUR SAVIOR, des retrouvailles ecclésiastiques, une séance du King of Kings (1961) de Samuel Bronston & Nicolas Ray. Ce chemin de croix sans foi ni loi, où chaque cercle infernal, banal, trivial, oblige Julio à tomber encore plus bas, jusqu’à son possible suicide, son lynchage probable, jusqu’à un terrible arrêt sur image en regard caméra, à peine contrebalancé par le souvenir ensoleillé d’une madone étranglée, ne pouvait pas ne point parler à un certain Martin Scorsese, notoire g...