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Vivre sa vie : Notre histoire

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jean-Luc Godard. Modeste, narratif, guère distancié ( doxa paresseuse sur Godard), le film file droit comme une balle, pour toucher en plein cœur le spectateur et cette pauvre petite sœur de la nana de Zola, hélas ! Douze tableaux/chapitres, autant de stations (christiques) pour cette putain sans lendemain, Marie-Madeleine errante dans l’enfer hédoniste, pop et brutal (Algérie du Petit Soldat rappelée) de la société de consommation (sexuelle) advenue, sirène sublimée par la conscience réflexive/intertextuelle de la « modernité » au cinéma. Elle fume, elle refuse d’embrasser, elle se lave les mains, elle pleure devant Dreyer (nous itou), elle s’interroge sur le cadre législatif de la prostitution (il s’agit d’une œuvre d’adoration profane, non de dénonciation documentée ou documentaire), elle affirme, stoïcienne existentialiste, la quotidienne, triviale, continuité de la responsabilité, elle eng...

Les Lyonnais : Le Prix du danger

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Suite à son visionnage sur le service Pluzz de France Télévisions, retour sur le titre d’Olivier Marchal. L’aimable Marchal (apprécier à la TV son féminin Borderline , redécouvrir son très noir MR 73 ) passe de l’autre côté (de la loi) et vise à l’évidence l’opéra (omniprésence asphyxiante de la partition signée Erwann Kermorvant) : hélas, il rate la reconstitution historique et frise la paresse formelle et narrative (pas de canasson décapité façon Coppola, rien qu’un grand clébard noir pendu à une piaule d’architecte) ; ce ratage, toutefois honnête dans sa peinture de gens malhonnêtes, ce ressassement (tout sauf déplaisant) de morale illégale, d’amitié sacrée, de passé à conjurer, valent surtout pour une violence sèche, la belle présence (trop brève) de Valeria Cavalli et un intéressant (voire attachant) personnage de traître (remarquable Tchéky Karyo, par ailleurs voyou intense, théâtral, dans L’Amour braque ou émouvant flic coupable et estropié dans The Missing ,...

Viscères : Vipère au poing

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Vous qui entrez ici , dans ces 440 pages dévorantes et (vraiment) à dévorer, abandonnez , en effet, toute espérance …  Blonde et britannique (deux motifs de sympathie, sensuelle et anglophile), Mo Hayder ne craint pas les ténèbres (malgré son air angélique) ni les huis clos (pas ceux d’Agatha Christie, moins inoffensive qu’il n’y paraît, aux jeux de massacre feutrés, au Vallon mélancolique adoubé par un certain Houellebecq) et ses lecteurs (dont votre serviteur) l’accompagnent depuis désormais une quinzaine d’années, en amie de plume souvent inspirée, souvent inspirante, sur le marché en surproduction du thriller (variation « graphique » mais anodine du polar ricain et « dur à cuire » des années 30 et suivantes, quand le « genre » populaire proposait encore une vision politique du monde, pas réduit à une lecture de plage stéréotypée ou des sagas de briques nordiques, volontiers, de surcroît, réactionnaire, dans ses épilogues en forme de rem...

The Main Point: The Life and Work of a Porno Film Maker : Divergente

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Tu oublies ou négliges le point (G) principal, lui reprochèrent ses commanditaires… Cette biographie, fausse ou vraie (un récit de vie relève toujours de l’invention, plus ou moins volontaire, évidente, volumineuse), du mystérieux et marginal Bernd Töst, apparemment auteur de The Liebe Series (1958), Fick Alles (1965), Super Bitch in the Hall of The Sex Warriors (1969), The Absence of Real Desire (1971) et The Sick Room (1975), se lit (vite, agréablement) tel un roman historique et psychologique, avec pour protagoniste un pornographe cosmopolite, polyglotte, élevé dans des bordels puis à l’anglaise, bon fils amoureux (incestueux) de sa sœur (à demi, tant pis) et jamais remis du départ de Melanie (surnommée Minou, allez savoir pourquoi, elle inspira un film à son nom), davantage préoccupé de réaliser « des films sur le sexe », montrer sa joie, sa beauté, sa violence et sa laideur, parfois, que des bandes érectiles à vite consommer (ce qu’il fit aussi, car il faut...

La Cité de l’indicible peur : Préhistoire, Platon, pénurie

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Suaire ou chrysalide ? Sortir, s’en sortir, être hors de soi ; mourir immortel au cinéma…  L’art apparut dans l’utérus-tombeau d’une grotte à Lascaux (euphonique et lapidaire, la langue anglaise dit womb / tomb , différencie d’une seule lettre deux réalités vertigineuses). Voici une possible préfiguration de la salle de cinéma, car le musée, sédentaire, patrimonial, accueille davantage le jour, et gare à ne surtout pas confondre réalisation et peinture. Pour que surgisse et s’épanouisse, d’un seul geste collectif, cette production rupestre, troglodyte, anonyme, qui fascina tant Bataille, il fallait la lumière fragile du feu, la toile dure, naturelle et accidentée de la roche, les « pigments » broyés et maniés sensuellement, avec une habileté, une sûreté saisissantes. Production (définitivement humaine) et déjà reproduction, traduction du monde, immense et mystérieux, au-delà de la caverne. Les animaux de créent pas, ils se contentent de...

Cinéma : Le Professeur

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 « La voix (discutable, discutée) de son maître », comme l’affirmait un slogan d’autrefois, dans une collection À voix haute (malgré quelques baisses de régime épistémologique)… Dans dix ans ou quasiment, Gilles Deleuze se suicidera, peut-être à cause des problèmes respiratoires qui l’accompagnèrent sa vie entière ; pour l’instant, dans la France banlieusarde et mitterrandienne, il parle longuement à des étudiants, depuis un « baraquement » (disent les auteurs du coffret, Claire Parnet et Richard Pinhas) traversé par la circulation (du périphérique parisien) extérieure, tandis qu’à l’intérieur (un sifflotement égaie parfois les fantomatiques couloirs universitaires) circulent ses idées, ses notions, ses concepts, sa philosophie du cinéma (« l’image-mouvement » et « l’image-temps », évidemment, « avec un petit trait, un tiret », mais pas seulement) et ses indignations souriantes (un scandale, que l’épuisement du tira...

En attendant la mer : Le Bateau

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Bakhtiar Khudojnazarov. Ouvert par une prière, fini par une épiphanie, ce conte cinématographique, produit par plusieurs pays (Allemagne, Belgique, France, Ukraine), passé inaperçu ici, programmé à un horaire indécent par la chaîne franco-allemande (pour découvrir la création contemporaine, il faut donc être insomniaque ou posséder un ordinateur connecté à la Toile) et résumé à tort par celle-ci en drame écologiste, le (vraiment) dernier film de Bakhtiar Khudojnazarov, prématurément disparu à Berlin au seuil de la cinquantaine, formé à la TV, à la radio et au VGIK, remarqué en Occident dès 1991 avec Bratan, le frère ou On est quitte (1993, primé à Venise), s’apparente à une  «  comédie humaine  »  flottant au-dessus des grands fonds de la tragédie. Il ne faut guère beaucoup se pencher par-dessus bord ni attendre longtemps dans le déroulement, avant de voir s’avancer vers le bateau ...