Articles

Le Maître des illusions : Le Cœur des hommes

Image
Truffaut and Co. dorment en paix : la politique des auteurs, devenue évidence, n’agite plus guère le landerneau critique, et n’importe quel tâcheron hollywoodien, simple rouage de l’usine à (mauvais) rêves, voit son nom affublé de la mention, souvent mensongère, « un film de ». Pourtant, à l’ère du cellulaire et autre  selfie , peu de films révèlent autant leur réalisateur que celui-ci, portrait impudique et attachant de l’âme tourmentée, sensuelle et solitaire de Clive Barker. Lorsque parut, au milieu des années 80, le premier volume des Livres de sang , un vent nouveau sembla souffler dans la chambre obscure, à l’air vicié, de la littérature d’horreur contemporaine, morne plaine surplombée par la tour du Roi planétaire des cauchemars sur papier (ou écran, puisque l’on ne compte plus ses adaptations pour le cinéma et la TV). Stephen King lui-même – qui d’autre ? – adouba le jeune écrivain anglais par une formule lapidaire, presque un slogan  : ...

Entre Ciel et Terre : Le Cinéma de Julien Duvivier

Image
Nous admirons depuis longtemps Julien Duvivier, et nous trouvons en bonne compagnie, puisque Renoir, Welles ou Bergman le prisèrent également. Ce survol d’une filmographie riche de soixante-dix titres environ, étalée sur cinquante années, en soulignera quelques caractéristiques essentielles. Notre rencontre avec le cinéaste lillois, au père marchand de chaussures, à la réputation de despote, honni par les critiques-réalisateurs des  Cahiers du cinéma  (même si Truffaut se montrera nuancé sur certains titres, dont  Voici le temps des assassins , qui cite curieusement Rimbaud) mais réputé à l’étranger, collectionneur d’échecs ou de succès commerciaux, au nom, semble-t-il, à jamais lié au cinéma français des années 30, dont Jean-Pierre Jeancolas disait justement qu’il dura quinze ans, et auquel la Cinémathèque française consacra un rétrospective en 2010 (avec une bonne présentation du passionné Jean-François Rauger) – notre découverte de Duvivier, donc, se fit, com...

La Main au collet : Correspondances entre Psychose, Pulsions, Irréversible

Image
      Ressuscitons, le temps de quelques lignes et à travers trois films, le genre littéraire du blason, en vogue au seizième siècle, représenté notamment par Clément Marot et Théophile de Viau, qui célébrait l’anatomie féminine en fragments volontiers érotiques et produisit son contraire, le contre-blason, satire du corps autrefois désiré, désormais livré aux outrages de la pornographie, pour tisser des correspondances entre trois grands moments du cinéma moderne, interrogeant la figure de la femme et la représentation de la violence à l’écran : tendons la main à trois actrices resplendissantes mais à l’agonie.   Bartolomeo Veneto,  Portrait de femme  (détail ; 1520-25) LE BLASON DE LA MAIN O doulce Main, Main belle. Main pollie, Main qui les cueurs fait lier et deslie, […] O digne main qui jusque au ciel approche, Main qui fait honte à la neige et reproche, […] Main que Pallas choisiroit pour escrire, Main qui...