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Insiang : Moi, Tonya

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Lino Brocka. Le prologue porcin annonce le poignard assassin, le boucan de l’abattoir contraste avec le silence définitif du boucher décédé : dans Insiang (1976), l’héroïne le formule elle-même, les rôles s’inversent, nuit de souffrance, jour de vengeance. On pense, bien sûr, à Douglas Sirk & Rainer Werner Fassbinder, on se souvient aussi de Lolita (Stanley Kubrick, 1962) et de Pas de printemps pour Marnie (Alfred Hitchcock, 1964). Je disais de Manille (1975) qu’il s’agissait d’un « mélodrame sexuel davantage que [d’une] démonstration marxiste », muni d’une « mère mégère », mais dépourvu de « manichéisme », de « misérabilisme ». Je le redis au sujet de ce film majeur, d’ailleurs à l’origine destiné à la TV, plus tard adapté en pièce par le co-scénariste Mario O’Hara, d’abord sans surprise censuré, ensuite mal reçu en salles, puis consacré à Cannes ; le « ...

Salt and Fire : Queen of the Desert

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Werner Herzog. On a vu souvent Rejaillir le feu D’un ancien volcan Qu’on croyait trop vieux Il est paraît-il Des terres brûlées Donnant plus de blé Qu’un meilleur avril Jacques Brel Le planétaire Werner, aujourd’hui converti à l’écologie jolie ? Mieux : le cinéaste au service de la douceur, puis de la tendresse, dès le thé au coca, encagoulé, presque cosy , après la tension de l’avion, le piège du kidnapping . Tel le volcan du récit, Salt and Fire (2016), très froidement accueilli par la critique, mais qui s’en soucie, brûle d’un feu discret, possède son propre sel. Certes, on retrouve l’exotisme et l’individualisme de Herzog, réalisateur-explorateur, adepte du défi, d’aventuriers souvent au bord de la folie. Cependant, en persistant, en se reconnaissant, son cinéma se transforme et devient féminin. Pour la première fois de sa filmographie, voici une œuvre focalisée sur une fem...

Les Caves du Majestic + Le Coupable : Grand Hôtel + Séduite et abandonnée

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Les enfants, les parents, l’air du temps, étouffant ou changeant… 1 Coda de Continental écrite par Charles Spaak emprisonné, Les Caves du Majestic (1945) permet d’apprécier Albert Préjean habillé en Jules Maigret. Son commissaire dynamique, sarcastique, lui appartient, lui revient, rien à voir avec les avatars de Jean Gabin & Bruno Cremer, le davantage obscur Harry Baur ( La Tête d’un homme , Duvivier, 1933), les ponctuelles et surprenantes incarnations de Charles Laughton ( L’Homme de la tour Eiffel , Meredith, 1949) & Rowan Atkinson. Bien entouré par Mesdames Denise Grey, Gina Manès, Suzy Prim et Messieurs Jacques Baumer, Fernand Charpin, Jean Marchat, l’acteur-personnage s’intéresse peu au coupable, « capitaine » de cuisine, « contrôleur » malfaiteur, maître-chanteur puis tueur de mère vite (dés)armée, guère aimée. Il préfère explorer le milieu hôtelier, débusquer ses secrets, se faire désigner, identifier, chaque ustensile, puisque l’innoce...

Femmes en prison : Les Invisibles

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Portée d’infâmes ? Portraits de femmes… En plus de procurer le plaisir un peu pervers d’apprécier la dear Ida Lupino en salope pénitentiaire, pur rôle de composition, sinon de dénonciation, à nouveau accompagnée de son Howard Duff adoré, couple au carré, cf. Jennifer (Newton, 1953), Women’s Prison (1955) permet de découvrir un vrai réalisateur, en l’occurrence le sieur Lewis Seiler, prolifique pour amnésique. Co-écrit par Crane Wilbur & Jack DeWitt ( Un homme nommé cheval , Silverstein, 1970), monté par Henry Batista ( Ouragan sur le Caine , Dmytryk, 1954), produit par le spécialiste de la série classée B Bryan Foy, alors embauché à la Columbia, ce métrage méconnu s’avère une réelle réussite, qui anticipe, certes en moins politique, le sarcastique Shock Corridor (1963) de Samuel Fuller, autre sommet désargenté, d’insanité institutionnalisée. Exit le journaliste au jeu dangereux, bienvenue à la conductrice infanticide ; comme le futur conte de la folie sans B...

Le Cheval de fer : Le Convoi des braves

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Ford for ever , à cheval ou à vapeur… Ford before Ford, Ford déjà Ford, pour une fresque ferroviaire fameuse. Comme dans La Piste des géants (Walsh, 1930), la transhumance se mâtine de vengeance, au sein d’un western œdipien, où l’assassin paternel, capitaliste machiavélique, pléonasme, dissimule sa main droite amochée, matérialisation de son âme mauvaise, se grime en « renégat » pas sympa, scalpe un pauvre papa, rêveur amateur, où Lincoln, lui-même bientôt trucidé, apparaît en père par procuration, en père de la naissante nation, en Notre Père à nous tous, Américains cosmopolites, de melting pot épique, épuisant, que les syndicalistes (et les racistes) aillent se faire voir autre part, le discours patriotique d’une « dame » suffit à évacuer la grève, à essuyer sa sueur de bon cœur. « A romance of the East and West » affirme une affiche de la production Fox/Ford et l’on confirme ce résumé ; « The Iron Horse blazing the Trail of Love ...

Paradis perdu + Croisières sidérales : Belle Époque + Une merveilleuse histoire du temps

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Der des ders, mobilis in mobile , nostalgie de l’avenir, près du pire… Le cinéma français sous l’Occupation pratiqua souvent l’évasion – on peut le lui reprocher, on peut le lui pardonner. Tout le monde ne s’appelle pas Clouzot, quel cran de commettre Le Corbeau (1943), y compris pour la Continental ! Mais même des divertissements supposés innocents, voire insignifiants, a fortiori atteints d’amnésie, portent quelque chose de l’époque, puisque l’esthétique, surtout le cinématographique, procède de l’économique, du politique. Paradis perdu (Gance, 1940) et Croisières sidérales (Zwobada, 1942) se situent dans le passé, le futur, en partie dans un fort, en partie parmi l’espace, comme s’il fallait doublement fuir la France nazifiée. Toutefois, le scientifique l’affirme à raison, nul ne se fuit lui-même, peu importe la couleur du ciel, l’écart temporel, et le peintre transformé en couturier se voit vite mobilisé, tandis que les « explorateurs », les « expl...

L’Homme au complet gris : Les cadavres ne portent pas de costard

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L’habit, la panoplie, la routine, la déprime, la rémunération, la rédemption… Énumérons les quatre raisons qui légitiment le visionnage des cent cinquante-deux minutes étirées de L’Homme au complet gris (Johnson, 1956) : l’interprétation de Gregory Peck & Jennifer Jones, la partition de Bernard Herrmann, la thématique autant traumatique qu’économique, une scène singulière, comme un écho à la coda du davantage SM Duel au soleil (King Vidor, 1946), déjà porté par le pareil couple plaisant. L’estimable scénariste de Je n’ai pas tué Lincoln , Les Raisins de la colère , La Péniche de l’amour , Le Renard du désert , Les Douze Salopards , réalisa huit films en six ans, et The Man in the Gray Flannel Suit se situe au milieu de son éphémère filmographie. Il s’agit, en surface, en profondeur, d’un film sur le fric, dialoguant en tandem , à sa manière, avec le plus austère, auteuriste et adoubé L’Argent (Bresson, 1983). L’annotateur du « cinématographe » transposait...