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La Planète des vampires : Le Cauchemar de Darwin

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Mario Bava. Richesse de l’arte povera au cinéma : avec une maquette en plastique, un lexique ésotérique, des murs de faux métal, des costumes de motards, du brouillard, des éclairages verts, rouges, violets, des rochers en carton-pâte, des maquillages de barbaque, Bava réussit son space opera aux allures de cimetière sous acide. La Planète des vampires ( Terrore nello spazio affirme l’intitulé original, moins précis, plus pascalien), surtout dans sa version restaurée, supervisée par le fiston Lamberto, présentée par un certain Nicolas Winding Refn, s’avère un survival sidéral assez sidérant, une guerre des espèces placée sous le signe du darwinisme, de la sélection naturelle interplanétaire. Pas de « monstres » ici, comme le dit l’indigène invisible, à peine matérialisé par des boules lumineuses, feux follets aussi colorés que les bulbes-moteurs des vaisseaux échoués, rien qu’un peuple en t...

La Cité des morts : The Witch

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Sauvez la sorcière, miserait Michelet – perforez la jeune première, propose Moxey… Sorti en 1960 avant Le Masque du démon , Le Village des damnés et Psychose (incontournable trinité), La Cité des morts partage avec ses parfaits contemporains des éléments évidents : la sorcellerie (à travers les âges, rajoute le sulfureux Benjamin Christensen), la communauté (maudite), la disparition (intempestive de l’héroïne). Comme Marion Crane, Nan Barlow roule vers sa mort et la trouve dans un motel (la version américaine, expurgée du prologue, s’intitule d’ailleurs Horror Hotel ), plus précisément dans une auberge nommée en clin d’œil au corbeau de Poe (Raven’s Inn). Le (tout premier) film de John (Llewellyn) Moxey, monteur de formation, documentariste d’occasion (durant la Seconde Guerre mondiale), bientôt installé à la TV pour y diriger d’innombrables épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir , Le Saint , Mission impossible , Mannix , Hawaï police d’État , Kung Fu , Drôles ...

Opération peur : 20 ans d’écart

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Mario Bava. Il faut parfois se fier aux intitulés : Opération peur constitue l’équivalent d’une opération à la fois militaire ou policière et chirurgicale. Bava pratique en effet le déploiement (de cadavres) et le découpage (d’un « genre »). Mécanique et analytique, le film prolonge/annonce l’arithmétique meurtrière de Six femmes pour l’assassin et 5 bambole per la luna d’agosto ( aka L’Île de l'épouvante ), autant qu’’il poursuit le sillon méta de La Fille qui en savait trop et des Trois Visages de la peur (justement). Comme Shyamalan, le maestro Mario ne réalise pas des films de peur mais des films sur la peur (« Savez-vous ce qu’est la peur ? » demande l’ingénue jaquette de mon DVD collector ). Heureusement et contrairement à l’Américain petit malin, il ne surplombe pas son sujet, il ne se gausse pas du spectateur. Longtemps, la critique (surtout péninsulaire) l’ignora, ...

La Jetée : Juste la fin du monde

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Tu ne vois rien à Orly, alors que les avions envisagent ton compte à rebours…   Un « photo-roman », malicieuse inversion de saison soulignant la dimension sentimentale et le « temps scellé » déployé par surprise dans ces imprimés enterrés, ou presque ? Plus tarkovskien que Tarkovski – et dix ans avant l’interstellaire Solaris (1972) –, plus hitchcockien que Hitchcock – femme défunte, fantomatique, appât, séquoia, chignon, profil de médaille, musée, cimetière et même oiseaux, bruyants, empaillés –, Chris Marker ne se contente pas de relire brillamment L’Invention de Morel et, accessoirement, le motif fané du voyage dans le temps. Il signe un vrai poème audiovisuel, une œuvre dotée de l’éternelle beauté dont parlait Keats. Il parvient à rendre un commentaire écrit au cordeau,  a priori narratif, objectif, lu par le comédien/metteur en scène Jean Negroni, proche de l’incantation, du monologue intérieur, bien aidé par le lyrisme de la ba...

Funny Games U.S. : L’Arroseur arrosé

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On ne fait pas d’omelette (suspecte) sans casser des œufs (malheureux), pas vrai, Michael ? En vérité, je vous le dis, dommage pour les iconoclastes et les nostalgiques des dictatures (« Police de la Pensée », muselage des images) – rien de plus moralisateur qu’un fils de pasteur, surtout quand il pond un sermon sur la « pornographie de la violence » au cinéma (américain, de Kubrick à Tarantino, Eli Roth arrivé en retard, tant pis pour lui), amen . Dix ans après (puisqu’il s’agit itou d’un auto- remake arty à la Van Sant psychotique), Haneke fait comme s’il ne comprenait pas que la violence n’existe jamais au cinéma, que les films déploient seulement sa représentation, talentueuse ou non (cf. la précieuse préface du Portrait de Dorian Gray , où Oscar Wilde affirme à raison, sous forme d’aphorismes : « Un livre n’est point moral ou immoral. Il est bien ou mal écrit. C’est tout » + « L’artiste n’a point de sympathies éthiques. Une sym...

Le Cuirassé Potemkine : Little Odessa

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Sergueï Eisenstein. Passons (vite) sur une sonorisation (doubleurs allemands, L’Internationale et La Marseillaise à la trompette, chouette, crescendo musical durant la bataille navale avortée) et une « colorisation » (oh, le beau drapeau rouge hissé sur le cuirassé) de saison (parlant émergent) dont le film se passe sans peine, et nous idem  : te revoilà, camarade cinéphile, à Odessa. Que fais-tu là, que viens-tu chercher dans l’été russe reconstitué (par une troupe de troupes théâtrales), loin (par l’espace et le temps) de ton automne humide, assez glacé, du règne transparent, désolant, de Poutine (et Trump et Macron) ? La révolution ? Elle s’apparente à un rêve, celui du film et celui de son récit, qui l’encadre de deux sommeils de marins vite réveillés (de leurs songes personnels, de leurs illusions d’union) puis emprisonnés en… Roumanie, eh oui. Le lyrisme avoué viendra (bientôt)...

Maya : La Rue sans joie

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La réalité ? Du cinéma. Cette femme-là ? Un mirage d’images… Il existe des films – et des livres, si l’on accrédite la « légende urbaine » rattachée aux Souffrances du jeune Werther – qui vous invitent au suicide ; Maya fait partie de ceux-là. En surface, l’ouvrage, sorti en 1949, paraît ressusciter le « réalisme poétique », son imagerie exotique, portuaire, sentimentale, funeste. En réalité, il enterre tout ceci, il séduit par la radicalité de sa cruauté. Inutile ici de chercher une échappatoire au-delà du trottoir – la chambre d’hôtel respectable, plus « de passe », louée par Jean (Jean-Pierre Grenier, venu de la scène, modeste et juste) pour Bella donne explicitement sur… un cimetière, comme dans Sous le sable , autre récit de deuil à la lisière du fantastique féminin. Viviane Romance, notamment remarquable et remarquée chez Duvivier ( La Belle Équipe + Panique ) ou Verneuil (caméo clin d’œil de Mélodie en sous-sol ), produit c...