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Le Sud : Le Retour

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Fernando Ezequiel Solanas. Film mental et musical, sensuel et mémoriel, de décor et de remords, Le Sud , co-production franco-argentine primée à Cannes (en 1988) pour sa « mise en scène » (expression à l’occasion idoine, tant la théâtralité du métrage s’affiche dès l’ouverture), semble ressusciter, une cinquantaine d’années après, le « réalisme poétique », l’associer à une subjectivité tarkovskienne (celle du Miroir , dont l’espace-temps intime se jouait de la linéarité narrative majoritaire) et se placer volontiers sous l’influence de Fellini (un cargo blanc rouillé adresse un modeste clin d’œil au paquebot onirique d’ Amarcord lors d’un numéro sur le port peuplé de plaisantes putains). Nous voici parmi les « esprits » non plus de Juliette mais de Floreal, « prisonnier politique » libéré à la chute venue des urnes de la dictature argentine en 1983. Dans...

Le Trésor : Le Trou

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Corneliu Porumboiu. François Truffaut, à propos des romans (poignants) de William Irish, parlait de « série blême » et non plus noire ; on pourrait ainsi qualifier Le Trésor de « comédie grise » car nul, assurément, ne s’esclaffera devant cette co-production franco-roumaine (ou l’inverse) – Sylvie Pialat personnifie Les Films du Worso et… Julie Gayet sa société Rouge International – baignée dans une grisaille propre aux pays de l’Est, comprendre, à leur représentation audiovisuelle majoritaire. Oui, cela ne rigole guère du côté sinistré de Bucarest et des environs, la (trop) célèbre crise sévit là-bas (et surtout) aussi. Quoi de mieux, dès lors, pour conjurer le sort économique, qu’une chasse au trésor entre adultes d’abord réticents puis finalement partants (littéralement, deux heures de bagnole), endurants, fervents ? Le costaud (et grand, un mètre quatre-vingt-...

La Source

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L’encre, le manque, Bergman & Craven, une adolescente et la vieillarde. 1 Mais qui jamais saura dire l’infinie mélancolie des cinémas fermés le matin ? Les cimetières n’effraient pas ; ils accueillent, ils apaisent, ils permettent d’apprivoiser la mort par leur silence unique, par la lenteur de leurs chemins d’oubli. Les morts se moquent de nos hommages, les morts ne quémandent aucun témoignage.   Sur l’écran, dans la salle vide, d’autres morts ressuscitent durant le temps millimétré de la projection, dans l’éclat eugéniste du numérique. Dans les rues de province, sur les artères des capitales, tu croises des spectres de pur présent, fantôme fatigué des images, conscience de chair en marche vers le soleil. Il faudrait pouvoir écrire sur les figurants, les seconds rôles, les doublures. Que ces mots s’adressent d’abord à ceux qui ne les liront pas, qui se foutent du cinéma, qui vivent avec la maladie, la vieillesse, la solitude. ...

Le Hérisson : Calligraphie d’Anouk Grinberg

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Passage, pastel, plurielle. Vu/entendu hier soir en replay accéléré le visage et la voix d’Anouk Grinberg dans un épisode du Sang de la vigne (on y croisa aussi autrefois Laure Marsac, cf. naguère son énamouré portrait). Immédiatement intenses et tragiques, les traits de la comédienne-actrice possèdent une capacité d’attraction singulière, excèdent allègrement, sinon dangereusement, la fiction inoffensive qui leur sert de cadre (régional et supposé policier). Dieu (ou Yahvé) merci, Mademoiselle Grinberg sait sourire et rire (raconter des blagues), à l’écran et au-delà. Mais d’elle, de son corps de femme en train de jouer, pourtant nimbé d’une aura d’enfance, émane une sidérante énergie noire avérée. Comme une tasse de porcelaine sur le point de se briser, comme une poupée coupant elle-même ses fils fragiles. Précisons : derrière le drame inaccessible plus ou moins intime, au creux de cette fêlure constitutive se déploient également une lumière et une puissance qui n’ap...

Le Journal d’un photographe de mariage : L’Homme à la caméra

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Nadav Lapid. Le mariage, le cinéma, la société israélienne ? Oui, sans doute, certainement, mais pas seulement et bien heureusement. Présenté à Cannes l’an dernier, projeté à Paris dans une salle unique, le dernier film de l’auteur du Policier , vanté ici, ne se limite pas à un traité filmé sur l’amour ou le désamour, à une réflexion méta sur le statut et le pouvoir de l’image, à une cartographie réduite, emblématique, d’une part de la jeunesse urbaine, glamour et supposée argentée d’Israël aujourd’hui, bien qu’il se nourrisse aussi de tout ceci, qu’il se prête à ces trois interprétations principales, d’ailleurs faites par les rares commentateurs numériques du moyen métrage. Par sa durée, par son sujet, par sa forme, Le Journal d’un photographe de mariage se distingue aisément du tout-venant, peut captiver ou irriter, désarçonner aussitôt un public, une critique, majoritairement peu habitués à cela, à cet...

Le Général du Diable : La Femme de l’aviateur

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Helmut Käutner. Il s’agit, avant tout, d’un film superbement éclairé par Albert Benitz, dont la longue carrière (plus de quatre-vingt-dix entrées au compteur, apparemment) débuta en compagnie de la chère Leni (Riefenstahl, who else  ?) dans les fameux « films de montagne » conçus et appréciés dans l’Allemagne des années 20 et 30, celle de Weimar et Hitler, donc, leur obscurité en miroir inversé de la blancheur des cimes escaladées-escarpées (qu’allaient donc chercher sur ses sommets souvent de studio tous ces alpinistes de la caméra, sinon la chute fantastique, disons diabolique, d’une nation entière dans le gouffre faustien d’une idéologie suprêmement meurtrière ?). Nous voici en décembre 1941, les portraits officiels des criminels décorés de guirlandes de Noël, dans une nuit diaboliquement expressionniste, danse macabre figée par six années de RFA. Christian Petzold, l’auteur estimable mais...

La Gifle

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À la tablée bourgeoise, tabou du papotage à propos de politique et de religion. Pas celle, pourtant, de Lino Ventura, infligée à sa fille de cinéma nommée Isabelle Adjani (Claude Pinoteau, 1974), non, plutôt celle d’un jeune Breton, assénée assez mollement mardi, au sortir de la mairie, à un ancien Premier ministre récent, en déplacement électoral à Lamballe. Alors en compagnie du responsable des armées, l’intéressé, peu de temps avant (et ailleurs) « enfariné » (sans gluten ), accessoirement adepte hargneux de la virilité constitutionnelle du 49.3 – vive la République, vive la France, vive la démocratie ainsi réduite au silence –, l’esquiva, ne tendit pas l’autre joue, porta plainte, obtint du gogo, plaqué fissa au sol devant la caméra de campagne (l’aréopage de « visages pâles » dut probablement réjouir celui qui, naguère, en réclamait davantage dans le champ à une brocante d’Évry), un réclamé euro dit symbolique de « dommages et intérêts ». De ...